102.2, la radio libre des Lentillères pendant la fête !

Pendant toute la fête des Lentillères, le collectif Nghe diffuse les sons et musiques du Quartier sur 102.2 FM, mais aussi sur Dijoncter !

Quelques membres de l’équipe de modération de Dijoncter ont interviewé des membres de Nghe, venu·es de Bruxelles. Un média qui en interroge un autre, c’est toujours un peu cocace. C’était le 18 avril, au milieu de l’installation de la fête des 9 ans d’occupation du Quartier Libre des Lentillères qui aura lieu tout le week-end et dont vous trouverez tout le programme en ligne.

Éric de Nghe : Vous voulez nous dire quoi en fait ?

Dijoncter : Ben y’a ce site... Dijoncter... et on aimerait bien pouvoir parler de la radio dessus et dire à tout le monde « allez-y, c’est parti, écoutez ! » Et on pourrait même mettre le flux de la radio sur le site... Du coup on aimerait bien savoir qui vous êtes, ce que vous faites, tout ça quoi... On se demande un peu comment vous vous êtes retrouvé·es à faire de la radio dans une cabane à jardin sur le Quartier des Lentillères...

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Éric : Ben y’a un lien entre Bruxelles et la Quincaillerie à Venarey [1]. Nous à Bruxelles, on a une médiathèque alternative, qui existe depuis 3 ans, on trafique beaucoup de son, et de musique. Il y a deux ans, on faisait une résidence à la Quincaillerie, et on s’est renseigné sur la manière de faire de la radio. On a acheté un émetteur et on a commencé. Finalement on a fait que ça pendant quinze jours, et quand on est rentré chez nous, on a continué à faire de la radio pirate une fois toutes les deux semaines. Ensuite, on est aussi allé faire de la radio à la Parole Errante, à Paris, pendant plusieurs jours. Ça avait vraiment bien marché.

Dijoncter : À Bruxelles, vous faites de la radio dans la médiathèque ?

Éric : Oui, c’est une médiathèque alternative. Enfin, alternative je sais pas... on aime pas trop ce mot, plutôt subjective.

Léa de Nghe : Oui c’est ça, on essaie de créer un autre rapport à la musique, enfin de le permettre. C’est une médiathèque de vinyles et de cassettes.

Éric : On la nourrit grâce à des échanges avec des petits labels, qui sortent leurs propres disques, les disques de leurs potes. Ils nous les donnent ou on les achète pas cher. On a créé une collection maintenant, chaque fois que des gens viennent faire des concerts à Bruxelles, on achète leurs disques. C’est ultra important que les labels indépendants existent. Ça permet de faire survivre tout un domaine dans la culture ou dans la musique, et de laisser place à la solidarité, des gens qui s’entraident. Les salles sont très importantes, parce qu’il y en a beaucoup qui sont squattées. Et en France c’est ultra riche, toutes les semaines tu as un nouveau groupe qui se crée et qui est surprenant. Toute la culture anglo-saxonne a imposé des codes : une chanson c’est ça, avec un refrain, quand tu veux faire du rock tu fais ça, quand tu veux faire du rap tu chantes comme ça, et là c’est plein de gens qui se réapproprient tout ça, qui font tomber les codes et qui inventent d’autres choses.

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Dijoncter : La majorité des labels viennent de Belgique ?

Éric : De Belgique, de France, et de Suisse. Un peu d’Italie. On a aussi fait des cycles portugais, polonais, serbe... où on a fait venir des petits labels de là-bas. On va chercher des choses surprenantes, un peu fragiles aussi. Des choses qui nous plaisent et qu’on a envie de partager.

Léa : On organise aussi beaucoup de concerts. Dans notre local ou hors les murs. Maintenant on a un nouvel espace, qui donne sur la place du quartier, à Molenbeek, un quartier très populaire, très mélangé avec des communautés algériennes, marocaines,... c’est super riche. On travaille beaucoup avec le quartier. On s’ouvre beaucoup parce que le quartier est en pleine gentrification, et que comme plein d’artiste, on est des gentrificateurs. On a envie de transformer ce qui pourrait être un conflit en rencontres. Donc des fois la médiathèque ça devient le gros zbeul, avec des gamins partout, qui font des jams, qui passent des fois à la radio. Et ça part dans tous les sens, pleins de gens débarquent dans la radio parce qu’ils l’ont écouté et qu’ils veulent répondre à des choses qu’ils ont entendu. Ça circule beaucoup. Y’a quelqu’un qu’on a rencontré pendant qu’on faisait de la radio sur la place, quelqu’un qui habitait le quartier, et qui voulait absolument faire de la radio à Bruxelles. Et on lui a dit de venir faire de la radio avec nous, et maintenant il a un créneau de deux heures, entièrement en arabe. Dans le quartier, y’a beaucoup de personne qui ne parle que arabe, dont des femmes qui restent beaucoup chez elles, donc on essaie de faire des ponts.

Dijoncter : Et là, vous êtes venus aux Lentillères, vous avez fait un studio... ?

Léa : L’idée c’était d’avoir un endroit tranquille, un peu isolé. On a créé un espace avec toutes les cassettes, qui sont des copies des vinyles de la médiathèque. Donc la musique qui va passer pendant 3 jours ce sera celle de la médiathèque. Et on aime bien mettre les vinyles en entier !

Éric : On aime bien aussi présenter les artistes, on est pas des spécialistes, mais on aime bien parler de ce qui nous a plu, de la manière dont on a découvert la musique, essayer d’expliquer pourquoi elle nous a touché.

Léa : Et on invite tout le monde à venir faire pareil à la radio, à venir avec sa musique, nous la faire écouter et nous expliquer pourquoi elle lui a plu.

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Dijoncter : Vous avez un plan de ce que vous voulez diffuser ?

Léa : On a fait des petites interviews à propos des jardins, on va faire des lives, on invite les gens à venir nous parler.

Éric : Il faut dire qu’à la Quincaillerie, on avait prévu tout un plan avec une grille très précise et ça s’est tout cassé la gueule parce que tout le monde déboulait au hasard pour faire un truc. Et on a beaucoup aimé ça, le fait que ce soit très organique, et que les gens aient tous des histoires à raconter.

Léa : À un moment, on est rentré dans le studio à la Quincaillerie, et il y avait juste une enfant de 4 ans, qui faisait du synthé toute seule, et les micros étaient allumés !

Dijoncter : Vous faites des trucs avec les gosses ?

Léa : Pas spécialement, mais on essaie d’y penser oui. On a fait de la radio avec des enfants il y a quelques jours, et on aime bien que les enfants puissent passer et prendre le micro.

Éric : À Molenbeek, ça marche bien avec les enfants. Parfois avec les ados c’est très longs et très compliqué d’avoir la confiance, etc. Alors qu’avec les enfants c’est très facile, chacun·e vient et lance direct son truc.

Léa : Et ensuite ça fait aussi des liens avec les parents.

Éric : Et par rapport aux Lentillères, nous on est ultra content d’être là. C’était déjà une surprise que ça fonctionne à la Quincaillerie, pareil à la Parole Errante. Ce sont des lieux très politiques, très engagés. Nous dans notre collectif, la plupart on est un peu paumé là-dedans... On commence à politiser notre démarche, mais parfois on se sent pas du tout légitimes de venir faire tout ça. On se dit que d’autres gens pourraient le faire mieux que nous.

Dijoncter : Mais je crois que l’esprit des fêtes des Lentillères c’est souvent ça, des rencontres qui amènent les gens à débarquer et à découvrir l’endroit.

Éric : Avec les labels avec qui on travaille, c’est souvent ça aussi qui est mis en avant : c’est des réseaux de rencontres. Je sors ton disque, pas parce que c’est le meilleur disque du monde mais parce qu’il y a quelque chose qui m’a touché, parce qu’il y a eu une rencontre. Et cette manière de fonctionner consrtuit tout un monde, qui est de plus en plus grand... Et nous on est très touché d’être là !

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Notes

[1Un lieu de fête, de travail artistique et politique à Venarey-les-Laumes

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