Bâtir les universités que l’État refuse de créer

Un collectif d’étudiants, de lycéens et d’universitaires se lance dans le gros oeuvre.

Arrestations en masse de lycéens à Arago, évacuations méthodiques de toutes les universités en grève par la police, baccalauréat qui arrive à grand pas : tout est fait pour que la mobilisation contre la loi ORE et Parcoursup se disloque sur les plages estivales. Comme souvent, aux périodes d’ébullition, de tension et d’ouverture de possibles succèdent un certain abattement, une certaine torpeur.

Génération après génération, toutes celles et ceux qui se sont retrouvés pris dans les mouvements de contestation ont vécu l’âpreté du retour à la normale. S’opposer, revendiquer, réclamer, de surcroît face à un gouvernement aussi insolent et qui joue constamment son va-tout, c’est risquer de se heurter à ses propres limites, de n’avoir d’autre horizon que la conservation. Retenir l’effondrement, à bout de bras et de souffle.

Le 31 mai dernier, un collectif d’étudiants, de lycéens et d’universitaires à lancé dans les pages du Monde un singulier à appel à « bâtir les nouvelles universités que l’État refuse de créer ». Quoi que l’on pense des milieux universitaires, il y a là un souffle et un contre-pied au défaitisme ambiant. Plutôt que de s’indigner et de quémander, ils appellent à s’organiser :

"Nous appelons celles et ceux qui le souhaitent — architectes, maçons, charpentiers, ouvriers, universitaires (précaires ou non), lycéens, étudiants, parents ou simples citoyens — à bâtir ensemble ces universités qui seront les biens communs de la société que nous ambitionnons de construire. Retrouvons-nous à Vincennes pour poser symboliquement la première pierre d’une université renouvelée et en asseoir les fondations. Nous profiterons de ce moment pour débattre et affirmer que nous préemptons notre droit au savoir et que nous sommes déterminés à nous mettre en chantier, c’est-à-dire, avant tout, à faire. « Faire » est une qualité ; « faire » c’est envisager l’autre comme acteur, actrice, de son propre dépassement ; « faire », c’est juguler la fragmentation, l’isolement, l’individualisme et l’anomie qui dévitalisent notre société tout entière ; « faire », c’est mettre en chantier en engageant sa vie de la première pierre jusqu’à la fête inaugurale, dans un débordement permanent."

Dès le 2 juin 2018, la nouvelle Université expérimentale de Vincennes était symboliquement inaugurée.

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P.-S.