Comme un doute

Se remettre à douter. Emprunter à nouveau les chemins qui faisaient peur. Y trouver des bouts de soi qu’on arrive maintenant à s’avouer, des parcelles du monde qui nous sont pour la première fois visibles.

Assise, je regarde le chat de la maison. Il sursaute sans raison apparente et observe alentour d’un air perplexe. Je lui dis alors.

On se ressemble, nous aussi on est perplexe. Certes on se construit des outils pour appréhender le monde et des théories pour calmer notre besoin de cohérence. Mais on reste toujours perplexe devant le tableau du monde.
Ce qui est un problème, c’est que contrairement à toi, nous nous sentons parfois si submergé·es par cette perplexité que nous cherchons des embarcations réconfortantes pour éviter de nous y confronter. Nous trouvons trop souvent la consolation de réponses absolues plutôt que la modestie de rester à observer et questionner avec perplexité.
Notre besoin compulsif de réponses absolues est-il seulement dû à la fatigue qu’apporte le doute ?
Ou bien ce doute n’est-il pas assez viril à nos yeux qui recherchent certitudes et réconforts ?

Et il faut se montrer fort·e. Ne pas douter.
Car douter est une faiblesse, n’est-ce pas ? Et être fort·e c’est avoir peu de faiblesses, non ?
Il faut avancer des certitudes, conforter l’autre dans l’idée que l’on est fort·e.
Alors on cache ses faiblesses aux autres, à soi-même. On en vient à s’interdire de penser ses faiblesses, de les connaître, les travailler.

Douter de soi. Éclater cette certitude qu’on est fort·e.
Refuser de se réconforter avec cette illusion.
Admirer ce qui est fragile, ce qui balbutie en nous, qui initie des chemins qui nous gênent, qu’on voudrait taire à soi-même.

Continuer d’être fort·e. Ne surtout pas craqueler le moi.
Tout au plus modeler notre représentation du monde. Mais ne jamais changer de pâte.
Rester intact·e.

Puis sentir la distance se creuser.
La pâte qui sèche, inévitablement se craquelle.

Se remettre à douter.
Emprunter à nouveau les chemins qui faisaient peur. Y trouver des bouts de soi qu’on arrive maintenant à s’avouer, des parcelles du monde qui nous sont pour la première fois visibles.

Changer la recette de la pâte.
Remodeler.
Découvrir la joie du séchage.
Attendre avec hâte les prochaines craquelures.