Dijoncter et le réseau Mutu

Une courte histoire des médias libres du réseau Mutu, et de la création de Dijoncter.info.

Le réseau Mutu et la renaissance des médias libres en France

Depuis 2013, une quinzaine de sites d’information locale et anti-autoritaire se sont développés en réseau, marquant un renouveau des médias libres sur Internet. De Paris à Marseille ou de Rouen à Lyon en passant par le Limousin, des collectifs autonomes s’activent pour diffuser les idées et les pratiques qui agitent leurs territoires. Compte-rendus de manifestations, reporta­ges sur les piquets de grève, témoignages des victimes de la police, présentation d’initiati­ves radicales en matière de soins ou de logement, critiques des politiques métropoli­taines qui se déploient d’une région à l’autre… Le réseau Mutu constitue une réponse décentralisée et radicale au contrôle de l’information par les pouvoirs économiques et politiques.

À la fin des années 90, peu de personnes s’organisent sur le web mais un collectif se fait remarquer : Samizdat. Il s’organise depuis 1994 sur des bases techniques et politiques, et regroupe des personnes qui s’intéressent au développement des technologies de communication avant l’ère des fournisseurs internet grand public. Cette petite bande connaît un essor important avec les grèves de 1995. Elle crée la première liste mail autonome pour coordonner l’action contre le plan Juppé, puis bien d’autres, aux usages divers. Elles servent autant d’outil d’organisation interne que de propagande. Mais c’est le site lui-même, samizdat.net, qui en 1996 produira une vraie révolution en proposant une modération a priori, c’est-à-dire que n’importe quel·le internaute peut proposer une publication qui sera modérée par les administrateurs·rices du site. Cela annonce le changement qui fera mondialement évoluer le web militant à l’ère de l’altermondialisme vers le modèle Indymedia.

Les sites web participatifs, au contenu généré par les utilisateurs·ices, sont rares. Ce qu’on nommera le web 2.0 est encore embryonnaire, les plates-formes de blog ne se développeront qu’après 2000. Il y a donc peu d’outils pour relater la mobilisation contre l’OMC et le FMI en décembre 1999. Qu’à cela ne tienne, il faut les créer ! Divers organismes indépendants, alternatifs et militants lancent l’initiative d’Indymedia pour couvrir les manifestations à Seattle. Un Centre Médias permet à des journalistes d’échanger et d’envoyer en temps réel des renseignements, articles, photos, bandes audio et vidéo pour couvrir les mobilisations. Le modèle fonctionne et donne envie aux militant·es du monde entier. Au cours de l’année suivante, à travers un réseau décentralisé et autonome, des centaines d’activistes ouvrent des Centres de Médias à Londres, au Canada, à Mexico, à Prague, en Belgique, en République populaire de Chine, en France et en Italie. Des Centres de Médias Indépendants (IMCs) sont créés sur chaque continent. À son apogée, le réseau Indymedia comptera 167 sites à travers le monde. L’organisation repose sur l’utilisation de serveurs autonomes qui garantissent l’anonymat et la confidentialité sur le web et sur un fonctionnement en publication ouverte, c’est-à-dire que chacun·e peut écrire et publier un texte sans avoir besoin de s’inscrire. Une équipe de modération vérifie que le site est conforme à une charte antiraciste, antisexiste et anticapitaliste. Ce procédé n’a pas d’équivalent et bouleverse non seulement le milieu libertaire mais aussi le web qui ne verra l’arrivée des réseaux sociaux que presque 10 ans plus tard.

En France, le réseau se développe d’abord via un site unique. Indymedia France suit les mobilisations altermondialistes mais devient vite compliqué à gérer. Les différentes réalités nationales s’affrontent, ce qui amène des collectifs à ouvrir des Indymedia à vocation locale. Des sites verront le jour à Nantes, Grenoble, Nice, Toulouse, Lille, Paris, en Suisse romande… En 2006, Indymedia Paris est la pierre angulaire du mouvement contre le CPE. En effet, en période de mouvement, la publication ouverte offre une solution pratique : spontanéité et rapidité de l’info­rma­tion, possibilité d’ajouter des commentaires… Malheureusement, les trolls et les divers problèmes de gestion mettront un terme à cette belle dynamique vers 2008. Il faut dire que le modèle Indymedia est insatisfaisant en plusieurs aspects. La publication totalement ouverte qui fait que les articles ne sont pas retouchés (selon la charte d’Indymedia) et la transparence totale de la modération amène à l’infiltration par des personnes armées de mauvaises intentions ainsi qu’à des polémiques diverses qui rendent l’outil de moins en moins appropriable. Fruit de ces critiques, des militant·es libertaires lyonnais·es, soucieu·ses·x de lancer un site local, choisissent de se passer du réseau Indymedia. Ils·elles proposent en 2005 un nouvel outil : Rebellyon, site modéré par un collectif qui peut retoucher aux articles et travailler sur l’édition du projet. Ce modèle perdure à Lyon et inspire en 2013 l’apparition du même genre de sites à Toulouse, Paris et Tours. Le réseau Mutu est né. Il est rejoint par des collectifs de Rouen, Angers, Brest, Grenoble, Rennes, Limoges, Saint-Étienne, Montpellier, Nancy, Marseille, Reims et essaime en Suisse. Les sites du réseau ont une autonomie locale, mais adhèrent à une charte générale qui garantit les grandes visées du réseau.

La charte de Mutu

1. N’importe qui peut se créer un compte et proposer un article.
2. Le collectif de modération propose une relecture, des conseils sur la mise en page et alerte sur des problèmes de syntaxe, de lisibilité et de vocabulaire. L’article produit est le résultat d’une interaction entre auteur·rice et modérateur·rice.
3. Le réseau est pensé comme un espace de rencontre entre diverses luttes et pratiques d’autonomie. Il se veut le lieu d’expression de réflexions diverses et espère construire des liens avec les personnes en lutte.
4. L’objet du réseau est de permettre l’expression de ceux qui luttent pour un changement radical de la société dans un sens émancipateur. Il est fermé aux contributions qui véhiculent des formes de dominations liées au sexe, à l’origine sociale ou culturelle, à la couleur de peau, …
5. Nous réfléchissons à la manière de faire circuler au maximum les articles publiés en travaillant sur l’apparence des sites, les contraintes de lecture, l’utilisation des réseaux sociaux, la manière de rattacher des articles entre eux et la mise en place d’un portail reliant les différents sites du réseau.
6. L’équipe d’animation du site essaie de se maintenir en contact étroit avec le contexte politique local. Le site diffuse une lecture des événements locaux pensée comme une contre-offensive au monopole des médias piégés par leurs accointances économiques et politiques.
7. Relayer l’info locale tout en faisant parti d’un réseau témoigne de notre volonté de mutualiser les ressources, croiser nos expériences de lutte, les mettre en lien et échanger sur nos pratiques.

De Blabla à Dijoncter

À Dijon, un journal libre, indépendant et gratuit - Blabla - naît dans la foulée du mouvement contre le CPE en 2006. L’année suivante, c’est après le premier mouvement contre la LRU qu’un collectif proche de Blabla lance brassicanigra.org, site d’information locale qui s’inspire d’Indymedia mais qui propose un modèle de publication plus proche de Rebellyon. En 2012, après 15 numéros, Blabla cesse de paraître et brassicanigra.org n’est plus alimenté. Changement de temporalité, le site s’essoufflera avant l’émergence du réseau Mutu. Mouvements après mouvements, ren­con­­tres après rencontres, le manque d’organe indépendant et coopératif de diffusion d’info­rmations finit par motiver un petit collectif à mettre en place dijoncter.info qui apparaît sur la toile en avril 2018, à l’occa­sion du mouve­ment étudiant contre la loi Vidal et de l’occupation de la fac de Dijon.
Site du réseau Mutu, Dijoncter.info fonctionne comme tous les autres sites du réseau : les articles sont proposés par toutes sortes de person­nes, et sont modérés par le collectif d’anima­tion.
Depuis un an, plus de 1000 articles ont été publiés.

Retrouvez toutes les informations sur Dijoncter, et sur la manière de publier des articles sur le site :

Dijoncter, qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ?

Dijoncter est un site participatif, c’est-à-dire que nous avons besoin de toutes celles et ceux qui sont en lutte pour qu’il devienne un relai, un outil d’organisation et de réflexion collective ! Quelques précisions sur le fonctionnement du site, et la manière d’y prendre part.

26 mars

Tous les sites du réseau :

Et toute l’actualité de Mutu sur : https://reseaumutu.info



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