Échographie d’une faiblesse

Partir de soi pour rencontrer l’autre dans le cadre des luttes, ce n’est pas lui imposer nos règles, mais au contraire, accepter de s’engager, de laisser une part de soi dans la relation qui se noue. Au carcan étouffant du safe, nous ne pouvons qu’opposer le frisson collectif qui s’exprime lorsque nous osons ensemble affirmer nos volontés.

Marquis de Sade, Justine

La faiblesse est cet état que chacune a désagréablement expérimenté à un moment ou à un autre de sa vie. Elle est cette fatigue qui peut pousser à baiser, parce que c’est plus facile qu’argumenter pour dire non, elle est cette résignation ponctuelle qui fait ignorer la main au cul dans un bar, elle est dans toutes ces situations où le réel renvoie brutalement chaque femme à sa condition de corps mis à disposition. Mais au-delà des vécus singuliers, la faiblesse est le produit de la différenciation sexuée et est construite comme une propriété intrinsèquement féminine. Justifiée anatomiquement par la béance du sexe féminin par les médecins, renforcée politiquement par l’idée d’un état de minorité des femmes, elle vient légitimer l’ensemble du fonctionnement patriarcal.

La faiblesse féminine est l’ensemble de la caractérisation du féminin : s’appuyant sur l’idée d’une fragilité biologique et sociale, d’une inconséquence toute féminine, elle est ce qui fait des femmes des petites choses fragiles qu’il s’agit de protéger.

Elle est par conséquent au cœur du régime politique hétérosexuel : en imposant l’idée de la nécessité de protéger les femmes d’elles-mêmes, en les renvoyant au biologique et à leurs fonctions reproductrices, elle pose la dépendance au(x) pouvoir(s) chargé(s) de les prendre en charge et les cantonne à la sphère domestique. L’idée de faiblesse, en ce qu’elle suppose une incapacité au gouvernement de soi, appelle à la régulation des comportements. Elle est la mise à disposition des corps féminins à la puissance masculine car lorsqu’il s’agit de protéger, il s’agit également de dompter. Pour le résumer brièvement, la faiblesse féminine est ce qui dépossède les femmes de leurs vies et les rend gouvernables.

Louis-Georges Tin, Qu’est-ce que l’hétérosexisme ? Précisions sur un mot important

Les capacités d’adaptation infinies du libéralisme lui permettent d’intégrer simultanément hétéronormativité et féminisme dans les techniques de gouvernementalité. La faiblesse, en ce qu’elle offre une prise sur la vie nue, permet donc de protéger, réprimer et réguler. Or, la faiblesse se constitue en force politique à prétention hégémonique.

Cette dialectique performative que nous appelons politique de la faiblesse est l’expression d’un certain féminisme libéral, dont nous savons pertinemment qu’il n’est ni le seul, ni majoritaire. Dans la multitude hétérogène, des individus aux identités singulières et aux oppressions spécifiques se regroupent et se déchirent, s’allient et se haïssent.

Dans cette addition de « je » incapables de former un « nous », la faiblesse devient une ressource politique et l’être victime un statut social porté en étendard. Toute la force de la faiblesse, toutes ses possibilités d’hégémonie en microcosme militant [1], reposent sur les tentatives de renvoyer toute prise de position politique déviante à une violence infligée et insupportable. « Tu me fais violence » et « je me sens mal » étouffent toute potentialité conflictuelle et féconde. Et dans un espace où la légitimité politique repose sur l’identité, toute voix dissonante est nécessairement celle de l’ennemi, de l’oppresseur, systématiquement singulier puisque tout est toujours une question d’individu.

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La politique de la faiblesse, en ce qu’elle est un produit du libéralisme, est une politique du ressenti individuel.
En effet, se concentrer sur l’individu en le désincarnant de tout lien n’a rien de très original, c’est le cœur du libéralisme. Par ailleurs, l’imaginaire libéral de l’individu entrepreneur de lui-même se retrouve en plein dans le rapport que la politique de la faiblesse entretient avec l’identité. Là où les luttes féministes et LGBT précédentes, dans toutes leurs diversités, ont pensé les catégories politiques (femmes, hommes, lesbiennes, gays, trans, etc) comme des produits des rapports sociaux, comme catégories d’explication et de luttes, la politique de la faiblesse prône l’auto-définition. Les identités politiques, dans les luttes féministes au sens large, peuvent être le lieu de la rencontre entre des personnes aux vécus communs et peuvent représenter ce par quoi il est possible de se rapporter à une lutte. Il ne s’agit pas de nier ce que les identités politiques peuvent porter en terme de subversion de la norme, ce qu’elles ont permis et permettent encore dans la construction de communautés d’accueil pour les personnes marginalisées en raison de leurs identités de genre et sexuelle. Toutefois le corollaire de la définition identitaire peut être l’enfermement dans des luttes spécifiques relevant plus de l’aménagement des rapports existant que de la remise en cause d’un cadre normatif, politique et économique global. Il n’en reste pas moins que ces identités se construisent par rapport au réel et à partir de l’être. Alors que dans la politique de la faiblesse, l’individu n’est plus homme / femme / gay / trans / lesbienne / bi / non-binaire, mais « il se sent ». Si nous laissons les exemples les plus caricaturaux aux conservateurs et aux réactionnaires qui n’ont rien d’autre pour tenter de légitimer leur critique du féminisme, on ne peut que constater que cette politique du ressenti individuel est simultanément le résultat et une des causes de la faiblesse des luttes. Elle en est le résultat, car quand les luttes n’ont plus la force de proposer un commun partagé, il devient difficile de se sentir lié à une puissance collective, et ne subsiste plus que l’individu, tristement seul face à lui-même et à un monde désolé. Quand la possibilité de se rattacher à un « nous » palpable aux incarnations concrètes s’effrite, le libéralisme offre des identités d’autant plus confortables qu’elles sont réduites à leur expression minimum et à leur abstraction maximum. Peu importe que nos pratiques soient hétérosexuelles, il suffirait de se sentir pansexuel pour rejoindre la communauté des opprimé·es, rompre l’isolement qui nous caractérise et se sentir à nouveau lié à quelque chose, fut-il concrètement inexistant. Mais ces identités désincarnées deviennent la cause de la faiblesse des luttes lorsque l’expression de soi en devient la fin et le moyen. S’il est évident que les luttes se doivent d’être réellement plus inclusives, cela ne peut se faire qu’in situ et non en théorie. Casser les codes de l’AG pour penser une fluidité de la parole est un impératif. Le faire par un ensemble de règles qui viennent alourdir un dispositif qui l’est suffisamment tendrait à produire l’effet inverse, en excluant quiconque n’en maîtrise pas les codes. D’autant plus quand est posé en préalable le présupposé de vérité absolue de toute parole dominée. Ce qui, dans un mouvement où l’identité n’est pas pensée à partir du réel, mais du ressenti, tend à engendrer, de fait, un surinvestissement du ressenti malheureux, afin d’acquérir une légitimité à parler.

Monique Wittig, La pensée straight

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La politique de la faiblesse se construit sur un paradoxe fondamental : revendiquant une logique guerrière contre les oppresseurs, l’identité politique ne se constitue pourtant qu’en négatif, par ce qu’autrui a fait. Dans ce rapport dialectique, seules deux figures peuvent exister : celle de l’opprimé, ici les femmes et celle de l’oppresseur, les hommes. Or, là où le féminisme matérialiste a au moins le mérite de poser la contradiction en termes collectifs (la classe des hommes vs celle des femmes) et d’envisager la résolution sous un prisme structuraliste, la politique de la faiblesse pose le problème en termes individuels. Tout cela ne serait qu’anecdotique si cette prétention hégémonique ne tendait à nous enfermer dans une ré-essentialisation des identités politiques, qui s’affirme comme le nouveau mode de discrimination de l’ennemi. Ainsi, toutes celles qui refusent de se ranger dans la catégorie opprimée sont systématiquement renvoyées à l’oppresseur, au masculin. Dans cette perspective, le discours féminin part nécessairement d’une position de victime et ne peut s’exprimer que dans le ressenti, l’affect, le sensible, le singulier et le sentimental. Il y aurait donc une seule manière légitime d’être femme, qui se définirait à partir de l’impuissance. Or, le geste fondateur de Simone de Beauvoir, ce qui en fait toute la puissance, est bien d’affirmer qu’être femme n’est pas une essence mais se construit dans l’existence, avec les possibilités de subversion que cela offre. Logiquement, si toute transgression à la norme portée par la politique de la faiblesse est conçue comme une rupture avec le féminin, la catégorie « femme » ne peut que se réduire à son expression la plus pauvre et la plus triste, celle de victime du patriarcat. Par conséquent, nous cesserions donc d’être des femmes dès que nous refusons de nous définir à partir d’un statut de victime, qui ne pourrait que signifier le constat de notre défaite par ce que cela laisse comme prise sur nos vies. Lorsque nous choisissons notre puissance collective comme point de départ, et non notre faiblesse, nous cherchons à nous extraire du rapport dialectique au masculin, et nous affirmons alors notre indépendance. Cette affirmation d’indépendance, si elle ne nous extrait pas pour autant des rapports genrés, est la condition de possibilité d’un rapport à la lutte qui ne soit pas une réaction perpétuelle aux agressions subies, mais au contraire l’affirmation de nos volontés. S’il ne s’agit pas de contester qu’en régime politique hétérosexuel, la position féminine est tout sauf enviable, il s’agit de refuser de nous y laisser enfermer. Et si, dans ce régime politique précis, et non dans un absolu qui n’existe pas, il paraît difficile de totalement déserter la catégorie « femmes », ne serait-ce que parce qu’elle produit des effets concrets sur nos vies, il s’agit au moins de ne pas l’essentialiser. Lorsque Wittig affirme que « les lesbiennes ne sont pas des femmes », elle précise que c’est en ce qu’elles se soustraient à la norme hétérosexuelle. Par conséquent, ce qui peut être un point de départ (une position subalterne et la légitime révolte face à des rapports de pouvoir s’exerçant sur nos vies) ne peut ni être un point d’arrivée, ni se résoudre par un simple renversement de la norme, fondés sur la morale du ressentiment. Or, c’est bien ce qui se produit lorsqu’on définit l’ami et l’ennemi dans un essentialisme binaire.

Friedrich Nietzsche, La généalogie de la morale

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La morale du ressentiment se noue dans la dialectique du maître et de l’esclave. En effet, dès le moment où nous construisons notre position sociale subalterne comme identité politique, nous nous définissons toujours à partir d’autrui, et à partir de ce qu’autrui nous fait. Comme il ne peut y avoir de maître sans esclave, pour exister, la figure de l’opprimé a besoin de l’oppresseur. Et par conséquent, il ne peut y avoir d’oppresseur s’il n’a d’opprimé sur lequel exercer son oppression. Or, si d’un côté la politique de la faiblesse n’envisage comme seule ligne de fuite que la résolution classique de la contradiction dialectique où l’esclave prend la place du maître ; d’un autre côté, elle tend paradoxalement à figer les figures de la victime et du bourreau en les extrayant de tout rapport d’oppression. Dans nos luttes, cela s’incarne dans une morale affaiblissante où tout ce qui est exprimé à partir d’une position minoritaire tente de s’imposer, en dehors de toute incarnation concrète, comme vérité et comme norme absolues. La figure du « dominé » devient ainsi celle de l’innocence originelle, étalon de mesure du Bien et du Mal, dépossédée de toute responsabilité dans ce qui se joue, au nom de la culpabilité du dominant. Quiconque parle à partir de son ressenti se doit d’être entendu, quitte à mettre en péril toute potentialité collective. Évidemment que le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie ne devraient plus avoir de place dans les luttes, évidemment qu’ils doivent être visibilisés pour que nous puissions avoir prise sur les processus. Pour autant, la recherche constante du plus petit dénominateur commun, trop souvent sans lien avec le réel, réduite à des déclarations d’intention ou à un concours de virtuosité dans la maîtrise des codes militants, tend à produire plus d’exclusion que d’inclusion en freinant toute possibilité de rencontre ou d’élaboration commune. S’il est essentiel de remettre en cause les logiques de nos milieux et ce qu’elles peuvent avoir d’excluant, cela ne doit pas paralyser toute possibilité d’action. Or, c’est ce qui se produit dès l’instant où on considère que le ressenti individuel doit donner la mesure à l’envie collective et que toute posture un peu ferme ou élaborée, ne s’appuyant pas sur un « je suis victime », est d’une violence insupportable. D’autant plus, qu’en cas de désaccord, il n’y a pas vraiment d’autre perspective que le concours de « qui a la plus grosse oppression », ce qui est non seulement d’une médiocrité affligeante, mais met en concurrence des vécus singuliers au lieu d’offrir une perspective commune. L’égalitarisme par la faiblesse et la fragilité, la mise en scène d’identités individuelles qui s’entrechoquent dans un espace de luttes, s’opposent factuellement à une politique active de la construction de liens qui ne soient pas basés sur la pitié, et nous empêchent de prendre réellement soin les uns des autres. La reconnaissance de la douleur d’autrui n’est pas un geste politique en soi, il est au mieux un préalable à un geste qui ne soit pas désincarné du réel. Se satisfaire de son rôle d’allié attendant bravement les instructions est une dépossession politique totale, et plus merdique encore, une déresponsabilisation absolue. Il sera toujours facile pour un mec d’apprendre les codes du discours non-oppressif, de mettre publiquement en scène sa déconstruction, de se taire en AG et de soutenir les propositions portées par des meufs. Obéir à la morale, suivre les règles, participer à la reproduction de la norme, même si cela s’opère dans un renversement normatif, tout ça n’a rien de très subversif et ne vient rien bouleverser, si ce n’est vaguement des postures singulières. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, sous prétexte d’être inclusif, égalitaire, et de ne faire violence à aucun ressenti, la répertoriation des comportements « problématiques » et la focalisation sur des normes, le plus souvent langagières, a, la plupart du temps, pour seul effet d’opérer une distinction entre ceux qui savent et ceux qui « ne sont pas déconstruits », et in fine de rejeter hors de certains milieux militants ceux qui n’en maîtrisent pas les codes. La déconstruction individuelle a, en plus de permettre d’occuper une place en montrant qu’on maîtrise les codes d’un milieu, ceci de très pratique qu’elle n’oblige en rien à se confronter à l’action politique. Faire la liste de ses « privilèges » n’est en aucun cas une action sur quoi que ce soit, elle ne met en jeu que soi-même... face à soi-même. Et face à l’altérité, elle ne peut relever que d’une opération de communication, une manière de se vendre similaire à l’établissement d’une liste de compétences sur un CV. Comme l’individu moderne va soigner son moi, son ça et son surmoi en culpabilisant sur le divan du psy, le militant 2.0 s’offre sa propre introspection en se déconstruisant devant son ordinateur. Cela permet par ailleurs de se laver les mains de toute prise en charge collective des questions de sexisme au nom de la priorité « aux premières concernées ». C’est même parfaitement compatible avec le fait d’être un connard en privé, mais ça permet d’être un connard conscient d’être un connard. Il ne s’agit donc pas de pleurer sur une supposée perte de pouvoir des hommes, qui pourrait nous réjouir, mais nous ne pouvons ni désirer, ni nous satisfaire que notre seule perspective politique soit l’inversion de la norme.

Premiers pas sur une corde raide

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D’autant plus que cette inversion toute discursive des normes se fait surtout performative lorsqu’elle impose au groupe des formes « inclusives » de règlements intérieurs, et une régulation d’autant plus forte des comportements qu’elle se veut incontestable. Quiconque a vécu une occupation récente de fac a de fortes chances d’avoir été confronté, au mieux dans un espace déterminé, au pire dans tous les espaces occupés, à la liste des comportements proscrits dans le lieu. Au nom du safe, c’est à dire littéralement, de la sécurité. Et c’est peut-être l’un des points les plus insupportables de la politique de la faiblesse, qui tente de concilier simultanément un discours s’appuyant sur une position de dominée qui nécessiterait un agencement spécifique et une logique pseudo-guerrière contre la classe des hommes. Sa traduction concrète s’accomplissant trop souvent dans des mesures sécuritaires, suite logique de la perspective dialectique, nous ne pouvons que constater que c’est ici que se rejoignent, de manière criante, libéralisme et politique de la faiblesse. Créer sans cesse de nouvelles catégories toujours plus étroites, resserrer à l’infini le quadrillage, proscrire les comportements déviants, réguler chaque geste, réaffirmer de manière coercitive de nouvelles normes, tel est le propre des formes de pouvoir libérales que la politique de la faiblesse vient réinvestir sous couvert de subversion. Corollaire de l’injonction libérale au bonheur, le bien-être devient la finalité des luttes, sans que ne soient jamais pensés les bouleversements positifs qui s’opèrent lorsqu’on ose se mettre en jeu dans le collectif. Le cocon confortable de l’espace safe tue de fait l’expression de nos désirs collectifs, leurs développements et leurs affirmations politiques. Les nouvelles formes de police viennent rappeler à l’ordre quiconque tente de briser la routine de luttes fades et sans saveur, normées, codifiées, qui ne viennent que déplacer dans d’autres espaces la grisaille du quotidien. Elles viennent recréer les prisons normatives que nous nous attachons à attaquer sans cesse. Paradoxalement, alors que les espaces de luttes pourraient être ceux de nos rencontres sur des bases volontaires et non subies (comme à l’école ou au travail), les polices du comportement oppressif tendent à recréer les institutions qui nous enferment ordinairement. À ne s’attacher qu’aux micro-agressions, à traquer chaque mot déviant, on annihile la fluidité d’une réaction en contexte, et proportionnée à la gravité des faits. Tant que tous les actes seront mis sur le même plan, que chaque propos sexiste sera traité comme une agression sexuelle, nous ne pourrons agir ni sur l’un, ni sur l’autre. En outre, s’il est illusoire de croire que la norme et la coercition pourront réguler tous les comportements, cela ne peut en aucun cas être désirable. Partir de soi pour rencontrer l’autre dans le cadre des luttes, ce n’est pas lui imposer nos règles, mais au contraire, accepter de s’engager, de laisser une part de soi dans la relation qui se noue. Au carcan étouffant du safe, nous ne pouvons qu’opposer le frisson collectif qui s’exprime lorsque nous osons ensemble affirmer nos volontés.

C’est la saveur de chacune de nos victoires, celle du lieu arraché à sa fonctionnalité première pour devenir un espace d’expérimentation, celle de la force des marches de nuits non mixtes permettant d’affirmer une présence dans des espaces qui nous étaient refusés, celle d’une complicité de fait dans le danger partagé.

C’est la joie intense qui nous saisit lorsque nous nous laissons happer par l’envie commune, au lieu de sans cesse tenter de la dompter au nom de la morale. S’affranchir des codes moraux, accepter de s’abandonner à la situation, penser nos réactions en contexte et non dans un absolu théorique vide de toute signification, c’est se laisser la possibilité d’agir de manière concertée, et d’autant plus forte qu’elle est en prise avec le réel.

bell hooks, Ne suis-je pas une femme

Ce texte est paru dans le 21e numéro du journal rennais Harz-Labour, republié par lundimatin.