Gilets jaunes acte III : L’assaut de la préfecture

Pour son troisième samedi de mobilisation, le mouvement des gilets jaunes a laissé s’enflammer sa colère. Plusieurs centaines de personnes ont assiégé la Préfecture, occasionant plusieurs heures d’affrontements intenses avec les forces de l’ordre.

Si vous (ou un de vos proches) vous êtes fait arrêté·s, ou si vous cherchez de l’aider pour porter plainte sur à des blessures, n’hésitez pas à contacter la Caisse de Solidarité contre la Répression au 07 60 63 50 83.
Et pour vos témoignages, écrivez à contact[at]dijoncter.info, ou proposez-vous directement un article !

N’importe quoi dans le calme

On est parti à 13h30 de la République, on était 2000. Y’avait toute sorte de gens, beaucoup de personnes âgées et des milliers de têtes jamais vues dans une manif’.
Des tas de slogans, plus ou moins chouettes.

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Et deux femmes qui tiennent une banderole vierge : « On ne sait plus quoi dire... » nous disent-elles.

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Un homme prend un mégaphone.
Il crie : Nous avons deux possibilités, soit on dit notre parcours aux flics, ils ont dit qu’ils accepteraient à peu près tout ce qu’on leur proposera.
La foule : Noooonnn
L’homme : Ou alors, on fait n’importe quoi, et on leur dit rien.
La foule : Ouiiiiii
L’homme : Ok, alors on part vers la place Darcy, vu qu’on leur a dit qu’on partait dans l’autre sens. On fait ce qu’on veut, mais dans le calme !

Et tout le monde part.

On avance vers la préfecture, face à un cordon de police. Les gens lèvent les bras et crient « la police avec nous », « cassez-vous »,...
Les flics nous gazent très rapidement.

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On se rend compte que les gens sont venus avec des masques à gaz. Des personnes absolument improbables. Une femme blague : « Martine, elle est venu équipée, elle sent rien du tout, faut la mettre en première ligne ! ».
Les flics lynchent un type qui est arrivé vers eux de dos, les mains en l’air. Ils se sont acharnés à 4 sur lui puis l’ont laissé repartir.
Tout le monde repart sur Darcy, en marchant sur les lignes de tram.

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Puis on s’engouffre dans la rue de la Lib’.
Incroyable, la rue de la lib’ est traversée pour la troisième fois par une manifestation massive, un jour de shopping... Les gilets jaunes se mélangent aux gens qui font leur course, en silence, ce qui nous donne un sentiment assez étrange. Des gens protestent : « Ah ouais, ils sont là les 84 % qui nous soutiennent, ils préfèrent juste faire les magasins ».

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Le cortège s’allonge dans la totalité de la rue de la lib’, retourne à la prefecture et se sépare en trois groupes. De façon à arriver par plusieurs rues.

Digression Gare

L’un des cortèges reçoit l’information erronée que les autres sont à la gare, et s’y dirige donc. 200 personnes se retrouvent alors à bloquer la gare pendant une trentaine de minutes, sur les rails, sans voir le moindre policier.

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À noter aussi, une autoréduction agréable des toilettes de la gare : « On manifeste pour payer moins, y’a pas moyen qu’on lâche 80 cts pour pisser ».

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Comme il ne se passe pas grand chose, on rejoint les deux autres cortèges restés autour de la pref’.

Le grand assaut de la pref’

Les deux autres cortèges sont restés autour de la pref’.
L’un est resté un bon moment rue d’Assas.
On y a vu les flics lancer des lacrymo dans les vitres de plusieurs voitures. Des gens prendre des poubelles pour se protéger et avancer sur les flics, donnant lieu au premier gros affrontement.
S’ensuit des séries de charges/contre-charges.
Un homme-statue qui posait rue de la lib’ s’est pris de passion pour les gilets jaunes et s’avance sur les flics mains en l’air. Les flics l’ont gazé et défoncé : aucun respect pour cet art si unique en son genre.
Au moins 6 personnes se prennent des LBD (Lanceur de Balle de Défense, plus communément nommé « Flashball ») dans les pieds dont une personne qui n’arrivait plus à poser le pied par terre et s’est faite soignée entre deux jets de lacrymo.
À chaque jet de lacrymo, l’espace est entièrement brouillé, et s’ouvre un moment de folie où tout le monde s’active et monte des barricades.
Une grosse charge finit par chasser les gens de la rue d’Assas, rejoignant ensuite la place de la république où se trouve déjà le dernier cortège.

Arrivé·es place de la république, les gens se prennent la tête. Bloquer ou non la route, retourner ou non à la pref’, soutenir ou non le bordel ambiant... Mais le cortège finit par reprendre la route de la pref’.
C’est là, que des affrontements vont alors avoir lieu pendant des heures.
Charges et contre-charges, barricades enflammées, jets de pavés contre des flashball tirés préférentiellement au niveau de la ceinture,... Quelques tirs tendus de lacrymo...
On est resté là pendant très longtemps, dans les rues qui bordent la préfecture.
Des barricades sont érigées à plusieurs reprises, et des voitures sont en feu. Les flics sont complètement dépassés, incapables de tenir tous les points de mobilisation. Ils ne peuvent que défendre comme ils peuvent la Préfecture, repoussant les assauts et tirant à tour de bras. Aucune de leurs charges ne saura démotiver les troupes, qui ne désemplissent pas avant plusieurs heures.
L’ambiance était incroyablement détendue, on a vu des familles blaguer sur qui se colle la prochaine charge. On asphixie, on s’éloigne, on respire un coup et on y retourne « tous ensemble, tous ensemble ! ». Comme si bloquer les rues, les tram, et prendre d’assaut la préfecture était devenu une forme de jeu collectif, un sport comme un autre.
Il faudrait bien-sûr y lire la revanche de chacun·e sur l’humiliation quotidienne et le mépris de celles et ceux qui nous dirigent.

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À 18h, Rebsamen annonce qu’il annule les illuminations de Noël :

A lire sur Twitter

Qu’à cela ne tienne, les gilets jaunes, repoussé·es place de la République, illuminent eux-mêmes
le marché de Noël : tout y passe, sapins, rembardes, poubelles,... Il faudra plusieurs heures d’affrontements intenses pour dégager les gens de la place.
C’est seulement à 19h que quelques centaines de personnnes décident de retourner en centre-ville par la rue Jean-Jacques Rousseau. Les illuminations continuent, cette fois-ci aux entrées du palais des Ducs, et le cortège repart avant même l’arrivée des policiers. Il se disperse quelques minutes plus tard dans les rues du centre-ville, la police à ses trousses.

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Brouillard politique

Les manifestations passent, et nous n’y voyons guère plus clair.
À la fois, nous sommes heureux d’avoir moins entendu la marseillaise que d’ordinaire, et beaucoup plus de slogans contre la police. Il semble que tout le monde commence effectivement à la détester, après trop de matraquages les bras levés.
Le fait que la Préfecture devienne une cible évidente pour tout le cortège, à tel point qu’il y reste avec détermination pendant plusieurs heures, nous réjouit.
Une hargne évidente monte, on a entendu à de multiples reprises des déclarations sans ambiguité à propos de la police, de l’illégalité, des dégradations,... Un consensus tacite rassemble : il faut foutre le bordel pour être entendu !
Rue de la liberté, on a entendu pas mal de personnes se moquer des « bourges du centre-ville », de celles et ceux qui vont consommer aux Galeries Lafayette. Les « Allez-y, consommez ! » nous ont rassuré sur le fait que les gens ne sont pas dupes du piège du « pouvoir d’achat ».

À côté de ça, nous avons lu et entendu des slogans dégueulasses.
On n’en peut plus des « Macron, baise ta vieille plutôt que ton peuple », et des blagues salaces sur le fait que pomper c’est tromper. Non, Macron n’est pas une salope, ni un enculé, ni un pd.
On ne sait pas si c’est un sexisme de façade, celui que partage la plupart des gens qui ne font pas partie de la gauche engagée, ou s’il s’agit des preuves évidentes que la réaction du mouvement pourrait se faire dure et cruelle. On n’ a pas toujours osé aborder les gens en leur demandant s’ils étaient racistes...
Au milieu des gaz, le doute nous ressaisit. Un ami nous livre les siens, il revient du Brésil, il a peur de ce que le populisme porte : Et si tout ça renforcait un pouvoir fasciste ? Et si nous sortions de tout ça plus affaibli·es ?
Nous n’avons pas vu de fasciste assumé, aucun drapeau, aucun slogan. S’ils sont là, ils avancent dans l’ombre et ne se montrent pas.
Les drapeaux rouges, les tracts écolos, les slogans anti-capitalistes semblent par contre les bienvenus, et sont relativement repris par la foule.

Un tract circulait pendant la manifestation. Un appel à rejoindre la marche pour le climat.
Il y a fort à parier que cette journée sera décisive. Beaucoup de choses dépendront de la rencontre de ces cortèges, de l’invention d’une écologie par et pour les pauvres - qui, rappelons-le, seront les premières victimes des dérèglements climatiques.

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Rendez-vous le 8 décembre.

[Mis à Jour] Gilets jaunes acte II : lacrymos et barricades à Dijon

Après une première manifestation massive le 17 novembre, les gilets jaunes se réunissaient à nouveau en centre-ville de Dijon ce samedi. Le cortège a rapidement été attaqué par des forces de l’ordre débordées.

28 novembre
Chantage vert, colère noire, gilets jaunes

Récit et analyse subjective de la manifestation dijonnaise des « gilets jaunes ».

20 novembre


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