[GJ Acte IX] À la fin c’est le débordement qui gagne

Ce samedi, un cortège massif a une nouvelle fois défilé dans les rues de Dijon. Au terme d’un parcours laborieux dans des quartiers excentrés, les gilets jaunes ont finalement regagné le centre-ville, où les plus déterminés se sont affrontés avec les forces de l’ordre.

Le début de cette manifestation est particulièrement enjoué, il y a plein de monde (plus de 3500 personnes selon certains décomptes), un orchestre, plein de sifflets : c’est vraiment joyeux. On sent qu’après neuf samedi on prend enfin nos aises dans les rues. Ou peut-être que ce sont les dernières déclarations de Macron sur les Français qui n’ont pas « le sens de l’effort » qui motivent tout le monde ?
On peut lire sur un dos de gilet jaune « j’ai le sens de l’effort , je vais aux manifs ».
Des gens font des tag, et ca ne choque plus grand monde : « il faut marquer le coup » disent certains, d’autres viennent prévenir les tagueurs que des gens les prennent en photo. Tout le monde a de toute façon constaté que les tag sont effacés dès le passage de la manif’, et comprend qu’ils sont juste un moyen de laisser quelques traces de notre passage, relativement éphémères. Ça reste des moyens d’expression directe, où une parole du mouvement peut surgir dans l’espace public sans être distordue par des journalistes, et une manière d’affirmer politiquement un imaginaire commun.

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Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

On fait le tour du centre-ville : Trémouille, Liberté, Chabot-Charny, Wilson. Jusqu’ici tout va bien, mais c’est à partir de cette place que des doutes apparaissent. Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Et si oui où veut-il nous emmener ? Les gens à la tête du cortège, avec une banderole, nous emmènent rue Charles Dumont, puis le long des boulevards extérieurs. On commence à voir clair dans leur jeu : ils cherchent avant tout à faire de notre manif’ une marche plan-plan, inoffensive, invisible. Les petit-chefs ont déjà pris des réflexes de syndicalistes en laisse, leur comportement pue le parcours négocié avec la préfecture.

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SOS d’un cortège en détresse

Alors qu’ils commencent à nous emmener nous perdre vers la zone commerciale de Chenôve, une bonne partie de la manif’ cesse de les suivre, et ils se retrouvent rapidement esseulés au milieu du boulevard, obligés de faire demi-tour.

Première victoire sur les pacificateurs. On remonte vers Suquet [1], tandis qu’au loin un gros barrage de gendarmes mobiles (GM) se met en place. Certains veulent aller se friter avec eux, d’autres préfèrent contourner ; la seconde option l’emporte. Rue de l’île, un groupe commence à chanter « qu’est ce qu’on fout là, à nous le centre-ville » et remonte tout le cortège pour s’élancer vers le centre via la rue Monge, suivi par tout le reste de la manif’.

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Arrivé.e.s place Bossuet, rebelote, la banderole de tête tente à nouveau de prendre le contrôle de la manif’. Alors qu’une partie des manifestantes veulent avancer vers la Liberté, les « organisateurs » s’interposent et bloquent le reste du cortège derrière leur banderole, pendant que des GM se déploient rue de la Lib’. S’ensuit une empoignade : pas de coups échangés, mais ça s’engueule, ça se bouscule, ça tire sur la banderole de chaque côté, jusqu’à ce que les pacificateurs s’écartent et que la manif’ puisse avancer, vers la ligne de GM... qui s’ouvre elle aussi dans la confusion, laissant passer un cortège joyeux et déterminé.

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On pourrait s’affliger de voir des GJ s’engueuler, se bousculer, mais faisons un autre pari. L’unité des GJ est un mythe auquel personne ne croit vraiment. Certains ont des idées plutôt de droite, d’autres plutôt de gauche, d’autres plutôt d’ailleurs. Certains veulent des manifs pacifistes, d’autres acceptent ou font des tags, de la casse, d’autres s’affrontent avec les flics. Il y a même des gens qui crient encore « la police avec nous » (c’est dire !). Bref, on a plein de divergences entre nous, c’est un fait. Mais on n’a pas besoin de se prendre pour le Parti Unique pour savoir qu’on doit manifester toutes et tous ensemble pour être fortes, ou pour savoir que quand des gens veulent récupérer le mouvement (en déposant le nom « Gilets Jaunes » comme l’a fait Philippot, ou en s’affichant comme des portes-paroles comme le font Jacline Mouraud ou Benjamin Cauchy) ils deviennent d’office nos ennemis. Donc prenons acte et organisons nous avec nos proches, allions nous avec les gens qui ont des points de vue qui nous plaisent, et n’hésitons pas à affronter les gens dont les points de vues mettent en péril le mouvement. C’est ce qui s’est passé ce samedi. Un petit groupe qui tentait d’imposer sa vision des choses à été débordé, d’abord par un autre groupe déterminé à rendre la manif plus offensive, puis par tout le reste du cortège qui a choisi son camp. C’est parfaitement sain pour notre mouvement, c’est une preuve de sa vitalité, loin de le mettre en danger c’est ce qui le préservera de la sclérose.

Bouquet final

La suite de la manif’ tout le monde en connait les grandes lignes, puisque qu’elle s’est à peu près déroulée de la même manière que pendant les actes précédents : affrontements devant les grilles anti-émeutes de la préfecture, gazage, avancée des flics sur la place, barricades impressionnantes avenue du Drapeau et dispersion.
On notera quand même que les flics se déploient et agissent de plus en plus vite. Ce samedi, il n’a pas fallu 10 minutes pour qu’ils se mettent à nous gazer massivement. Ils nous ont aussi rapidement pris à revers en balayant le boulevard de la Trémouille, et on s’est encore une fois retrouvés dans l’avenue du Drapeau, là où il serait plus judicieux d’aller de l’autre côté de la place, vers le boulevard Thiers et la place du 30 Octobre, d’où on pourrait plus facilement continuer la manif’ et bloquer les boulevards.

Évidemment, de notre côté aussi la réponse devient plus assurée. Ce samedi, les prouesses pyrotechniques et feux d’artifices en tout genre on régalé ceux qui pouvaient encore ouvrir les yeux malgré les gaz. Les flics, qui étaient au premier rang pour assister au spectacle, en ont été d’autant ralenti dans leur progression. Ils n’ont pas pu empêcher l’érection de plusieurs barricades, ni la mise à feu de quelques Autolib’ et panneaux publicitaires.

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Perspectives

Encore une fois le débordement a gagné, reste à transformer ces petites victoires tactiques en grandes victoires stratégiques.
La semaine dernière nous constations déjà un certain désœuvrement du cortège. L’explosivité de la journée n’avait été du qu’à un hasard opportun : le passage devant la caserne de gendarmerie et les provocations imbéciles d’un cow-boy en flashball.
Le samedi ne doit pas continuer de se ritualiser, au risque de sombrer dans l’impuissance des manifestations symboliques. Le samedi doit rester une journée de mobilisation populaire, une journée d’action collective. Il y a quelques semaines encore plusieurs cortèges se formaient, les uns allant bloquer la gare pendant que les autres visaient les institutions. Il faudrait parvenir à convoquer à nouveau cet état d’esprit. Pourquoi ne pas appeler à partir de plusieurs points différents avant de se rejoindre tous par exemple ?
Si l’on veut sortir de la dichotomie entre ceux qui veulent se confronter à la police et ceux qui veulent empêcher à tout prix cette situation, il s’agirait également de trouver des cibles logiques, diverses, qui peuvent convenir à tout le monde.

[GJ Acte VII] Plus chauds que la météo

Après 7 semaines de mobilisations les gilets jaunes dijonnais sont toujours aussi déterminés. Un millier de personnes étaient présentes, et des affrontements ont eu lieu à quelques rues du commissariat et place de la République.

6 mars
[GJ Acte VIII] les Gilets Jaunes vous adressent leurs meilleurs vœux !

Malgré les multiples tentatives d’épuiser la mobilisation, notamment par la répression, la détermination est toujours au rendez-vous. Les forces de l’ordre, qui s’immiscent systématiquement entre le mouvement et ses objectifs, en ont fait les frais à Dijon.

6 mars


Notes

[1Là où se trouve le commissariat central

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