Lorsque læ sage montre le sapin, l’imbécile regarde son smartphone

Le journaliste Jean-Michel Bourgeois a interviewé une étudiante de l’Université Populaire du Sapin de Nancy en mai 2018. REPORTAGE !

Le journaliste : Nous voici dans l’antre de la contestation sociale nancéienne, lieu de savoir occupé depuis 1 mois : la faculté des lettres ! Je suis actuellement avec Deborah.
Bonjour Deborah !

Deborah : ‘jour’.

Le J : Alors Deborah, vous et vos amis avez décidé de rebaptiser cette faculté « Université populaire du Sapin », pourquoi avoir choisi cet arbre ?

Deb’ : C’est pas nous qui l’avons choisi mais bien lui qui nous a offert son hospitalité.

Le J : Je vois… Vous êtes étudiante en philosophie je suppose ?

Deb’ : La philosophie c’est étymologiquement « l’amour de la sagesse » et, pour nous étudiant·e·s de l’Univ’ Pop’ du Sapin, la sagesse est dans le respect du peuple et de la nature dont il fait partie.

Le J : Donc vous êtes bien en philosophie ?!

Deb’ : Ici tout·e·s les étudiant·e·s sont en philosophie, de la même manière qu’iels sont toutes et tous en Histoire, en travaux pratiques, en sociologie ou autre. Vos catégories appartiennent à l’université de Lorraine. Ici c’est après.

Le J : Je vois… Mais revenons à cet intérêt pour la nature, vous êtes, j’imagine, de sensibilité écologiste ?

Deb’ : L’écologie permet à l’urbain de se rappeler qu’il a oublié une partie de son monde, ici on n’est pas écologistes, on se concentre sur ce que notre société a oublié : le vivant. Pour vous, la faculté est un ensemble froid de bâtiment que des sociétés privées entretiennent et des bureaucrates administrent… nous voyons l’université comme un arbre vivant.

Le J : Ah oui ok, vous vous définissez comme des feuilles qui bruissent dans la poésie ou quelque chose du genre ?

Deb’ : Non. Nous sommes des épines qui se nourrissent de la sève du partage. Qu’il fasse chaud ou qu’il gèle nous restons côte à côte, coûte que coûte, entre les racines des luttes et le ciel de la métamorphose. Nous sommes dressé·e·s de telle manière que nous piquons ce qui nous assaillent en tâchant de ne pas blesser celleux qui nous entourent. Nous ne sommes pas qu’un sapin, nous sommes vivant·e·s.

Le J : Vous insinuez par-là que les autres sont morts ?

Deb’ : S’ils ne le sont pas ils font très bien semblant. Les absents, les mutzenhardt et autres cravateux sont à la culture ce que le mur de béton est à l’université : un matériau friable.

Le J :Vous opposez toujours les membres de l’Université Populaire du Sapin aux autres, vous semblez bien fermés pour un végétal si je puis me permettre.

Deb’ : Au contraire ! Nous sommes ouvert·e·s à tous les vents, nous puisons notre vie dans des sols que vous ne soupçonnez pas… Mais il en va de la survie du sapin que d’être indomptable. Regardez le saule pleureur du campus, sa résignation a poussé l’administration à le couper l’an dernier !

Le J : Vous faites bien de me parler d’autres espèces car j’ai pris en photo votre sapin et mon « appli de reconnaissance des arbres » me dit que c’est un cèdre, pour des étudiant·e·s vous ne semblez pas bien avoir étudié votre symbole !

Deb’ : C’est ici que l’adjectif populaire donne du sens à l’université. Le peuple de la faculté a pour coutume ancestrale d’appeler cet arbre sapin et c’est par respect pour cette tradition que nous n’avons pas souhaité calquer notre imaginaire sur un mode scientifique rationaliste qui broie les idéaux sous prétexte de classifier. Ranger chaque être vivant dans une case n’est pas qu’un délire botaniste, c’est le reflet d’une pensée systématique qui entend tout dominer par le contrôle des mots et des définitions.

Le J : Oui mais il faut bien des définitions communes pour s’entendre, c’est un principe de base de tout enseignement à l’université, non ?

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Lorsque læ sage montre le sapin, l’imbécile regarde son smartphone

Le document que vous allez lire est la retranscription d’un entretien réalisé en Mai 2018 à l’ombre d’un sapin par le journaliste Jean-Michel Bourgeois : REPORTAGE !

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