Manifestation en soutien à Guimba

Le rendez-vous était donné au Castel à 14h, près de 300 personnes sont venues soutenir Guimba pour dénoncer l’Obligation de Quitter le Territoire qui lui a été remise par la préfecture.

Le castel , lycée international ???
pas pour tout le monde apparemment.

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Avec un sound system, de nombreuses banderoles et pancartes, nous nous dirigeons vers la préfecture.
Des papiers pour Guimba, "des papiers pour toutes et tous", "Ouvrez les fontières " ," Aucune, aucune, aucune OQTF"

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1re , 2e , 3e génération, nous sommes tous /tes des enfants d’immigré.es

Le préfet n’est soit disant pas disponible pour nous recevoir,
tout le monde crie "audience , audience ".
De nombreux textes sont lus par ses camarades et ses professeurs, en voici quelques uns .

Madame, monsieur

Prenez le temps je vous prie, même si c’est dur, de vous intéresser un minimum à ma personne. Je suis enfant du monde. Je suis de couleur, est-ce là une erreur ? Il me semblait pourtant qu’on aimait les arc en ciel ici. Je suis étranger, est-ce là mon péché ? Il me semblait pourtant qu’on aimait les fruits tropicaux ici. Aujourd’hui, j’ai 18 ans, est-ce pour vous dérangeant ? Je croyais pourtant que vous étiez différents ici.
Je suis canne à sucre, je suis ananas, je suis mangue, je suis noix de coco, je suis goyave, je suis fruit de la passion, je suis baobab, je suis banane...
Je suis partout ici. Vous payez pour m’avoir, vous me regardez avec désir et me ramenez chez vous pour un de vos plaisirs personnels que vous aspirez à renouveler une fois fini. Vous m’aimez, vous me voulez...
Vous me préférez Comestible plutôt qu’Humain.
Mais moi, je suis humain et ici, triste est mon destin.
Soudainement, vous ne me regardez plus, vous m’ignorez. Vous me faites espérer en brisant les premières frontières. Vous ne me voulez cependant plus, ne me désirez plus. Vous qui aimiez mon goût sucré dans vôtre bouche, laissez maintenant une impression d’amertume dans la mienne.
Où sont passées l’exaltation, l’empressement et l’envie que vous aviez lorsque vous travailliez habilement mon corps ?
Où sont passées l’attirance et le regard interdit que vous aviez à mon égard lorsque mon doux parfum parvenait à vos narines ?
Vous me cachiez du monde pour me garder pour vous mais maintenant vous me cachez de vous pour que chez moi je retourne.
Allez-vous vous jouer de moi ainsi ?
Vous martelez mon coeur d’enfant de vos obligations de quitter le territoire, pourtant, je continue de vous voir autour de moi porter les vêtements venant de Mon Pays, manger le produit des entrailles de Ma Terre.
Ne suis-je bon qu’à pourrir ici ? À pleurer ? À lutter pour ma vie ?
Mais sachez, madame, monsieur, je ne suis pas seul. Je suis le visage de tant d’enfants détruits par vos mots et vos papiers. Je suis un visage humain.
Je suis Humain, mais vous, vous êtes français.
Je l’ai compris, deux lettres nous opposent. Vous me voyez souffrir et je vous vois sourire.
Vous avez mis mes rêves en cage et la clef en prison, pris mon enfance en otage et laissé mon avenir à l’abandon.

Monsieur le Préfet,

Je me vois aujourd’hui dans l’obligation de faire un aveu public. Ma qualité de fonctionnaire de l’éducation nationale me pousse à l’exemplarité.

Je ne suis pas Catherine Dupont et mon acte de naissance est un faux. Le tampon en bas à gauche du formulaire est un faux (il bave). Mon passeport actuel, délivré à l’état civil de la mairie de Dijon, est un faux. Je suis fausse d’un bout à l’autre et parfois je doute même de mon existence.

Mon père et ma mère, apatrides et réfugiés, ont acheté les fonctionnaires de la mairie de A, en Bretagne afin de me donner une identité française. Me voilà devenue « Dupont » bretonne de souche.
Je me repens et ne peux plus vivre avec ce poids sur la conscience.
L’État civil français est connu dans le monde entier pour ses pratiques délictueuses et moralement contestables. De faux français cherchent à s’installer au Mali, en Guinée, au Sénégal, au Burkina et réclament des titres de séjour. Heureusement la PAM, la PAG et la PAB (polices de l’air malienne, guinéenne, burkinabée) veillent et expulsent ces faux ressortissants français qui bafouent le droit international. Les queues aux guichets attestent de la bonne santé des états concernés. Le zèle des employés préfectoraux permet que l’Afrique,dans son ensemble, ne soit pas submergée par des flux migratoires pléthoriques. De faux français cherchent à s’emparer des commandes des pays qu’ils abordent. Les paquebots luxueux qui sillonnent la Méditerranée dissimulent des banquiers, des hommes d’affaires, des traders, des vendeurs d’armes prêts à infiltrer des économies étrangères.
Qui sont-ils en réalité ?
Des apatrides, des faussaires. Il est grand temps que les pays européens soient mis devant leurs responsabilités et cessent d’être les complices objectifs de pratiques illégales. L’Afrique ne peut plus accueillir toute la richesse rapace du monde.
Monsieur le Préfet, faites quelque chose !

D’accord, la fable est un peu lourde. On ne peut toutefois pas dire que l’histoire de Guimba Coulibaly soit très légère. Il est arrivé mineur en France, il a un passeport malien en règle. Enfin jusqu’à ce que d’obscurs spécialistes des tampons dont on nous dit qu’ils appartiennent à la police de l’air et des frontières décrètent que NON, le tampon en bas de l’acte de naissance est un faux. Donc, syllogisme oblige, si l’acte de naissance est un faux, le passeport et lui aussi un faux et la personne entière de Guimba est fausse. Prochaine étape : Guimba n’existe pas, circulez, il n’y a rien à voir.

L’état français part du principe que l’Afrique entière est un continent de faussaires et fait preuve d’une morgue et d’une condescendances insoutenables. Comme au bon temps de la Françafrique.

Je ne suis pas Catherine Dupont, mon acte de naissance est un faux et mon passeport une contrefaçon. Et en plus de cela j’ai réussi à infiltrer l’éducation nationale française.

Je suis la sœur de Guimba. Et vous ?

Le rassemblement se termine peu après 16h , tout le monde se dit qu’on va revenir, encore et encore, jusqu’à ce que Guimba obtienne ses papiers !

Jeudi prochain, c’est la marche pour le droit des étrangers



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