[Micro-trottoir] Les Gilets Jaunes et la violence

Quel est le rapport des gilets jaunes à la violence ? On a posé la question a plusieurs personnes pendant la manifestation du 8 décembre à Dijon.

Barricades enflammées, voitures brûlées, enseignes de luxes pillées, policiers reculant devant les charges des manifestants, Arc-de-Triomphe saccagé,... les images du 1er décembre ont fait le tour du monde, remplissant de joie les uns, horrifiant les autres.
Le discours médiatique est quasi-unanime : la violence c’est très mal. Celle des manifestants évidemment. Puisqu’il sera peu question dans les médias des violences policières, qui ont pourtant causé de nombreuses mutilations, et, pour la première fois dans un mouvement social depuis de nombreuses années, une mort. Peu de voix discordantes pourront s’exprimer sur le sujet, un Xavier Mathieu par-ci, un Philippe Poutou par là, et basta.
Du côté du gouvernement, on a tenté la stratégie habituelle : isoler la partie la plus offensive du reste des manifestants, et la vouer aux gémonies sous les noms de « casseurs », « pillards », en lui prêtant tour-à-tour des idées d’ultra-gauche, d’ultra-droite, ou pas d’idées du tout. Force est de constater que cette stratégie a largement échoué. Il faut dire qu’isoler des « éléments perturbateurs » n’est pas chose aisée, dans des cortèges où le masque à gaz fait partie du dress-code de 7 à 77 ans, et où, même après des heures d’émeutes, on trouve encore des personnes agées, des militants chevronnés, des jeunes de la campagne comme des cités, et des familles. Pas possible non plus d’accuser un mouvement aussi massif d’être entièrement composé de casseurs sans foi ni loi.
Et les gilets jaunes dans tout ca ? Qu’est-ce qu’ils en pensent de la violence ? Des violences devrait-on dire, parce que parler de la violence des manifestants sans parler de la violence sociale du gouvernement et de la violence de la répression ce serait déformer la réalité.
Le samedi 8 décembre, à l’occasion de l’acte IV, on est donc allé à la manif dijonnaise des Gilets Jaunes pour demander à quelques-uns d’entre-eux ce qu’ils pensaient, entre autres, de la violence. On vous livre ici le matérieux brut, dont on a extrait à l’écrit quelques citations concernant particulièrement les violences des policiers et des manifestants. Inutile de préciser que nous somme loin de souscrire à tout ce que nous ont raconté les personnes interviewées, notamment pour celles faisant preuve du racisme le plus crasse. Un reportage de terrain au milieu des grenades de désencerclement.


Deux manifestants

"— Y a des manifs on casse, c’est l’extrême-droite, c’est l’extrême-gauche, par contre on va pas parler des gens des cités qui viennent foutre la merde. Ca c’est pareil, on essaye de nous dire que c’est de la politique. C’est pas de la politique, ils oublient que c’est le peuple français qui est dans la rue, c’est pas monsieur untel ou untel, ou Mme Le Pen, c’est les Français.
[...]
— Macron il a choisi son camp, il a choisi de faire une politique en faveur de ses amis oligarques qui détiennent tout, et il est entrain de fracturer le peuple, et après il essaye de nous faire passer pour des casseurs, mais le vrai casseur dans l’histoire c’est lui. Parce que si on est là tous ensemble aujourd’hui, et si y a des violences, c’est à cause de lui. Si il avait pas mis une politique aussi désastreuse en place, on en serait pas là aujourd’hui.[...] Pour moi maintenant, la seule façon de calmer les choses c’est que Macron démissionne. On en peut plus de ce mec là qui nous méprise."


Un jeune habitué des manifs

"— Qu’est-ce que ca te fait d’être dans un mouvement comme ça, où t’as des gens qui sont pas de ton bord, ou qui peuvent tenir des propos contre lesquels t’es pas d’accord ?
— Tant qu’ils sont pas « dangereux » ca va, c’est-à-dire que l’extrême-droite à Dijon on sait qu’il y en a, mais ils font rien de spécial, il font que manifester donc bon on va pas s’amuser à se taper dessus dans les manifs. Donc tant qu’ils sont pas dangereux ca va, pour l’instant y a pas de problèmes.
[...]
— Est-ce que ca te choque la réponse de la police face à la manifestation ? Est-ce que c’est différend des autres manifestations ?
— C’est pas différend de d’habitude, c’est juste que là les gens se rendent compte de la violence qu’il y a d’habitude. En soi y a les GLI F4, les grenades explosives, qui peuvent être létales, qui sont sur la ZAD, qui sont maintenant dans les manifestations, et les blindés qui étaient à Notre-Dame-des-Landes, qui sont arrivés à Paris. Donc là oui une répression en ville, urbaine, qui arrive, mais les zadistes avaient déjà ça, donc les gens découvrent la répression surtout.

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Des gilets jaunes haut-marnais

"— Nous on est là pour se battre. Enfin, de façon verbale, pas physique. Si tout peut se passer dans le normal ca serait bien. Mais là, vu le comportement de notre président, je pense qu’on va droit dans le mur là. Pire que Mai 68, là c’est une guerre civile qui nous attend.
— Si y a des morts ce soir à Paris...
— Y a des chances.
— Y en a déjà deux à Marseille.
— Mais par balles j’entend.
— Ouai par balles.
— Par balles ?
— À Marseille ouai, y a une vielle dame qui a été tuée à sa fenêtre
— Ça c’est autrechose, c’est un connard qui a tiré un... Elle devait être au rez-de-chaussée...
— Ouai mais y a deux CRS qui ont tiré à balles réelles, parce que ils ont approché les murs, ils ont dit « vous approchez-pas », y a eu un mouvement de foule, et ils ont mis deux balles.
— Là ça craint !
— Là tu dis que ça se passe dans le calme, du coup comment tu vois les violences qui viennent des CRS ?
— Je pense que vu ce qu’ils font, de bloquer tout le monde, ça ne peut que engendrer la haine. Moi je vois ce matin, on a voulu prendre le train, on a été bloqués par le train avec tous nos amis, les six véhicules ont été arrêtés, pas les autres, il savaient qui est-ce qu’ils voyaient, et ils nous ont arrêtés. Ils nosu on demandé notre carte d’identité jusqu’à ce qu’on loupe le train. Donc trois quarts d’heures arrêtés pour savoir notre carte d’identité. Donc là on voit bien que c’est un mouvement de macronistes, que c’est un mouvement qui a été fait exprès par M. Macron, donc faut bien qu’il sache que nous on lachera rien. Quatre gardes-à-vues dans nos amis ! Parce que ils avaient soi-disant des masques.
— Pour se protéger des lacrymos.
— Des lunettes de ski aussi.
— Bien sur j’en ai un moi ! Parce que la dernière fois je savais pas ce que c’était mais j’ai compris !
— Du collyre aussi, ils considèrent ça comme des armes.
— Beaucoup d’arrestations.
— Du coup le droit de manifester vous pensez qu’il est mis en péril ?
— Bien sur ! C’est évident !
— Largement ! C’est plus la dignité des Français, on nous a bafoué ! Regardez : on est en cage là, on peut même plus aller manifester tranquille, dans le centre-ville, alors que c’est nos impôts qui ont payé tout ça !
— On craignait la révolution avec Marine Le Pen là, mais je pense qu’on y est en révolution."


Une étudiante

"— Au vu du dispositif policier qui est mis en place, et le fait que ça soit bloqué la rue là-bas, comment tu vis ça ?
— Ben disons que là ils ont prévu de réhausser la sécurité, de faire en sorte qu’il y ai pas de débordements, et à mon avis de faire de la vraie bonne répression, et je pense que si ils font ça, vu tous les scandales qu’il ya aujourd’hui dans la presse et partout, c’est pas dans leur intérêt de faire ça donc si ils le font ben ça sera tant mieux pour nous. On s’en prend dans la gueule mais c’est ce qui nous fait avancer au final.
— Tu veux dire que plus les gens s’en prennent dans la gueule, plus ils vont être en colère ?
— Ben disons que c’est pas le meilleur moyen, parce qu’après les gens s’énervent et font n’importe quoi de leur côté. Moi je suis pas forcèment pour les violences qui sont faites à côté, mais sans violences on arrive à rien et c’est le seul moyen de nous faire entendre. Après c’est surement pas la meilleure des façons mais si ils veulent pas nous écouter on a pas le choix.
[...]
— Tu disais que la violence c’est peut-être pas le meilleur moyen mais qu’en tout cas c’est peut être obligé de passer par là, est-ce que tu penses que pour détruire le système en place il faut pas passer par quelque chose de radical et extrême ?
— Extrême je sais pas. Je pense qu’il faut réussir à trouver un moyen de bloquer les choses, et qu’ils puissent plus avoir le choix de reculer, même si on défonce pas tout. Je veux dire c’est pas le but d’aller à l’Élysée et de tout défoncer. On va pas rentrer là-dedans, tous comme des fous, comme des sauvages, et puis tout défoncer, mais il faut un minimum de « violence » pour que les gens prennent conscience et que au-dessus les gens aient peur. Qu’ils aient peur pour leur peau et qu’ils aient pas le choix de partager les richesses et de rétablir le pouvoir d’achat.
[...]
— Le mot de la fin ?
— Je pense qu’il faut qu’on bouge tous notre cul, et puis qu’on arrête de rester devant la télé qui nous raconte n’importe quoi. Ici on s’entend tous bien, on est là pour se soutenir, et malgré les violences policières on continue d’avancer."


Un ancien militaire

"— C’est quoi votre avis sur la violence de la police et des manifestants ?
— Je pense qu’il ya plusieurs typesde personnes. Il y a les gilets jaunes qui sont là pour manifester pacifiquement. Y a des casseurs, malheureusement, mais y a des cons partout, c’est une minorité. Et au niveau de la police, il faut se mettre à leur place aussi, regardez combien on est, les mecs ils sont à cran. T’en a un qui va se prendre un parpaing, je pense ça fait plaisir à personne, même si les mecs ils sont coqués. J’ai pu me mettre à leur place, leurs directives on les connait un petit peu, les mecs ils ont le droit de riposter, mais je les trouve très calmes, en tous cas sur Dijon. Sur Paris... bon y a des cons partout, y en a aussi dans la police, donc les mecs qui se font passer à tabac je trouve ça totalement dégueulasse, le gamin qu’on a vu y a pas longtemps qui s’est pris une flashball sur la joue que ça lui a arraché toute la joue ça c’est totalement dégueulasse, alors que le gars il était même pas dans la manif même... Voila, parce que les mecs ils sont sensés savoir viser quand on utilise ça. Donc... plutôt mitigé on va dire.
— Et vous avez vu la video des 150 lycéens qui ont été arrêtés ? Vous en pensez quoi ?
— Je trouve déjà c’est une humiliation la video qu’ils ont fait, parce que c’est un policier qui a pris la video, les commentaires qu’il y a derrière. En fait ces positions là, dans l’armée on les utilises pour des insurgés. Et là c’est des Français. Et il faut savoir qu’ils sont payés par les Français. Pour protéger les Français. Il leurs font prendre des positions d’insurgés, et ça c’est vraiment quelque chose de très... moi j’aurais été à leur place je l’aurais très mal vécu. C’est comme si ils étaient des terroristes concrètement, alors que c’était des gamins.
— Tu penses que les CRS qui agissent comme ça ils sont dépendant des ordres qu’ils ont ou c’est aussi un choix ?
— Totalement, mais je pense que à Paris, puisque c’est là qu’il y a eu le plus de débordements, que ce soit au niveau de la police ou des gilets jaunes, au bout d’un moment y a aussi le ras-le-bol qui y va et y en a qui prennent des initiatives qu’ils devraient pas, que ce soit des gilets jaunes ou des policiers. Normalement oui bien sur ils ont des ordres, normalement y a plusieurs étapes avant de recourir à la violence.
[...]
— Face à la colère que des gens peuvent avoir, qui sont dans des situations similaires [à la votre], pour vous ça reste pas légitime de détruire des choses, d’attaquer frontalement les CRS ?
— Ça dépend quoi, ça dépend qui. On va dire que je suis d’accord avec la destruction de certaines choses. Par exemple je suis totalement contre qu’on détruise une voiture dans la rue, surtout qu’on voit dans la plupart des reportages les mecs ils disent « on s’en prend au riches », on voit une Twingo cramée. Je suis désolé, quand t’as une Twingo dans la vie, ça veut dire que tu gélère un petit peu, donc si en plus de ça tu crames la voiture du gars qui galère tu te bats pas trop pour ton concitoyen. Et genre péter des magasins qui galèrent... Mais par contre y a des enseignes qui méritent. Par exemple, Carrefour ça appartient à qui ? Ça appartient à un grand pote à Macron. Ca mec s’amuse à virer des gens, je crois qu’il a réduit son effectif de 60%, le mec il brasse des millions et ça continue à monter, le gars il a son petit yacht aux îles offshores, le gars il est blindé de thunes, évadé fiscal, bien sur, sinon c’est pas drole, et le gars il mange à la table de Macron. Donc lui par exemple il mérite qu’on lui pète ses magasins, pour qu’il paye un petit peu. Là je suis d’accord.
— Donc ça fait sens pour toi d’aller péter des Carrefour, des banques, des grosses multinationales ?
— Faudrait que ce soit des cibles. Y a des multinationales que c’est des mecs qui ont commencé de rien, mais y a d’autres qui méritent parce que... le grand patron... Mais qu’on s’en prenne pas aux gens, juste au matériel. Attention, je suis vraiment contre la violence, mais des fois pour que ça passe... Des manifestations y en a eu des centaines en France, et il s’en bat les couilles - désolé des mots que j’utilise - mais ils s’en foutent totalement, et au bout d’un moment faut faire passer le message. Mais pas n’importe comment, faut être intelligent."

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Des lycéens

« — Quel est votre avis sur les affrontements avec la police et ce qu’on appelle dans les médias la »violence" des manifestants ?
— Alors, pour moi la violence des manifestants est une violence secondaire. La première violence c’est celle de l’État, qui est entrain de baiser tout le monde, qui est entrain de faire des lois qui mettent les gens dans la précarité, cette violence là c’est la plus importante, c’est la première. Ensuite, y a la deuxième violence qui est le peuple qui pète un cable à cause de ça, et qui des fois va dans la rue et casse des choses, c’est la violence du soulèvement des gens. Et la dernière violence c’est la violence de la police qui fait taire le peuple. Donc pour nous c’est juste une violence parmi beaucoup d’autres qui sont bien plus fortes.
— Et du coup c’est efficace pour vous de casser des banques, de taguer ?
— Pour moi quand c’est des symboles, par exemple, aller casser une banque, pour moi ça ne me pose absolument pas problème. Par contre après quand ils viennent casser des petits magasins, sachant que nous on est pour recommencer des commerces de proximité, on est aussi contre le libre-échange, on voudrait que ça soit les petits commerces qui recommencent, on est contre les grandes industries qui sont entrain de délocaliser partout, qui font que les agriculteurs ils se suicident presque tous parce qu’ils gagnent plus rien à cause de ça, parce qu’ils doivent vendre des choses plus bas que le prix que leur coûte la production. Donc non il faut pas aller casser... par exemple on est venu casser le lycée Castel, le lycée Cactel c’est celui qui représente le plus la masse populaire. Il faut aller casser des symboles. Donc les banques franchement moi ça me pose aucun problèmes.
— Après c’est vrai que les dégradations des voitures des gens qui ont peut-être rien d’autre à se payer que leur voiture, ça on cautionne pas. Nous on cautionne vraiment des symboles de soulèvement, et pas de la casse idiote."


Trois jeunes

"— Là aujourd’hui ça se passe comment ?
— Par rapport à la semaine dernière c’est beaucoup plus calme.
— Et ça racontre quoi selon toi ?
— Ça raconte qu’on est de plus en plus pacifique pour rameuter plus de monde. Y a aussi beaucoup de CRS qui sont montésà Paris donc c’est beaucoup plus calme des deux côtés. Moi j’ai entendu des vieilles dames qui veulent que ce soit calme pour qu’il y ait de plus en plus de monde qui se regroupe.
— Ça serait une bonne idée, si ça dégénère pas ça veut dire que les gens seront plus rassurés, parce qu’il y a eu tellement de bruit. Je sais que moi je suis là à cause du débat télévisé de jeudi soir, parce que de base les gilets jaunes j’avais rien contre, je soutenais vraiment passivement, mais c’est vraiment le débat télévisé qui m’a convaincue d’y aller parce que j’ai trouvé qu’ils nous méprisaient véritablement, que c’était pas du tout caché. Du coup on avait juste envie d’être une personne de plus en espérant que ça dégénère pas...
— Là il commence à y avoir un peu des affrontements. Pour vous ça a du sens de rester alors qu’il y a quand même un risque, on peut risquer de se faire mal ?
— Plus y a de monde pacifique qui sera là, plus le mouvement sera pacifique...
— Attention !
[La police tir des gazs lacrymogènes]
— Vous disiez que c’est important d’être pacifique, et donc là par rapport à ce qu’il vient de ce passer, de se prendre des lacrymo dans la gueule, qu’est-ce que ça vous provoque ?
— Je suis pas convaincu qu’il faille être pacifiste parce que y a aucune visibilité à être pacifiste et à marcher en cadence pendant deux heure. C’est ce que faisaient les manifestants avant et ça marche pas. C’est depuis que les manifestants deviennent violents et cassent, d’ailleurs pas des choses anodines ca va être la préfecture qui est visée, pas autrechose. Eh ben là y a de la visibilité, là on en parle 24h sur 24 sur les chaines d’info donc ça prouve bien que ça marche dans un sens la violence.
— Parallèlement ils nous ont laissé passer rue de la Lib’, on s’est contenté de marcher. Là qu’est ce qu’il se passerait concrètement s’ils ouvraient le barrage, à part que les gens continueraient à marcher ? Dans tous les cas on pourrait pas entrer dans la préfecture, y a des grilles.
— C’est quoi l’intérêt à votre avis de nous jeter des pavé (?) sur nous et de pas nous laisser passer ?
— On se pose tous la même question, je sais pas. Y a plein de manières pour qu’une manifestation se passe bien, on est en France, on a des siècles d’expertise, et ils y arrivent toujours pas, c’est assez ouf."


Un jeune homme serein au milieu des affrontements

"[Bruit de grenades lacrymogènes et de tirs de flashball]
— Est-ce que tu veux décrire ce qu’il se passe là ?
— Là y a les CRS qui sont entrain de nous balancer des grenades de désencerclement. On est juste entrain de manifester notre colère, et pis eux ils veulent juste nous gazer comme actuellement. Ils veulent juste énerver la foule. C’est juste de l’énervement de foule.
— Et par rapport à l’autre groupe qui est bloqué en face là ?
— C’est comme à la guerre, on est deux groupes on essaye de se rejoindre, mais voilà y a les forces de l’ordre qui ont pas envie. Nous on est là, on a juste envie de manifester pacifiquement devant la préfecture, ils veulent nous bloquer. Ça je crois pas que ça fasse partie de la démocratie, mais bon c’est pas grave hein.
[...]
— Toi ça te fait pas peur ces affrontements ? Ça te dissuade pas de venir en manif ?
— Ben non ! Si on peut plus manifester et prouver notre colère, ça sert à quoi ? C’est plus une démocratie, c’est une dictature. Ça veut dire vous restez chez vous, si vous sortez vous allez vous faire gazer, vous allez vous faire matraquer.
— Ça fait que augmenter la colère des gens d’avoir une répression aussi puissante...
— Exactement ! Je comprend que les CRS ils veulent garder le calme, mais le clame il a été toujours là, c’est eux qui ont propagé la colère.
— Tu crois pas que c’est les manifestants qui déclenchent...
— Pas du tout ! On est partis du côté de rue de la préfecture, côté République, ils nous ont bloqué le passage ! Alors qu’on voulait juste être devant, manifester, y en a certains qui voulaient juste s’asseoir, prouver leur mécontentement, et ils nous bloquent le passage. Et voila, quand ça crée une foule eh ben... ils balancent les grenades de désencerlement et... Petit à petit on devient de plus en plus en colère.
— Là ce qu’il se passe c’est que ceux d’en face, même en marchant, ils peuvent pas traverser.
— Ils pourront mais ça va être un peu compliqué. On a peur des coups de flashball, ils en balancent facilement. Ça pourrait toujours balancer des coups de flashball, des coups de grenade de désencerclement, c’est pour ça.
[...]
— Vous avez l’habitude de manifester ?
— Bien sur ! Il faut manifester ! Si on manifeste pas ils feront ce qu’ils veulent, si on prouve pas notre colère. Et aujourd’hui Emmanuel Macron il dit « on est pas du côté des casseurs, on est du côté de ceux qui manifestent ». Ben d’accord, y aura des casseurs si y a des CRS qui tirent au flashball comme si ils tiraient au pistolet à eau. Si ils balancent des grenades de désencerclement.
— Y a des gens dans la manif qui ralent contre les gens qui jettent des pierres, toi tu comprends ces gens qui râlent ou pas ?
— Si t’es dans une bagarre, on te tape, tu vas dire quoi ? « Non je tape pas, c’est pas bien ? » Non ! Si t’es dans une bagarre tu ripostes. On va pas se laisser faire ! Sinon pourquoi on est là entrain de manifester ? C’est pareil c’est une forme de riposte. Il faut balancer des cailloux, il faut [Grenade de désencerclement]"

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Un jeune au milieu des affrontements

"— Est-ce que tu peux décrire la scène qui vient de se passer, où ils se sont mis à nous gazer ?
— J’ai pas vu énormément de choses, c’était surtout le bruit. Y a eu un gros « boom » et là un mouvement de foule, et les gens commençaient à devenir hystériques. Mais on a vu quand même un... je sais pas vraiment ce que c’était... une arme, des flics, peut-être un flashball, je sais pas trop.
— Du coup y a quelqu’un qui est allé s’assoir devant eux, et c’est là qu’ils ont tiré ?
— Non non, en fait il s’est assit, il a été rejoint, les gens se sont rapprochés, et là ils ont jeté des trucs, des pavés, des cailloux, des trucs comme ça. C’est là que les flics ont pris l’arme.
[...]
— Et c’est quoi le sens de rester devant cette ligne de CRS et depas partir à ton avis ?
— Je sais pas, c’est surement pour faire front, et en signe de force je pense.
— Et tu penses que c’est justifié de gazer les gens quand on lance des pavés ?
— Ah, la question est pas facile. En soi ils se font caillasser la gueule, ils prennent des Bison 4, ouai je comprend qu’ils se défendent, mais y a pas d’affrontement si les deux côtés ne sont pas l’un contre l’autre. Donc je pense qu’on a besoin de ça en fin de compte. Pour que ça pète et que les gens... C’est un peu purgatoire je pense.
— Donc tu penses que ces moments d’affrontements ils sont nécessaires dans une manif pour montrer le rapport de force ?
— Oui, c’est ça. Je pense que c’est justifié. Très belle phrase (rire).
— Toi t’as quand même envie de continuer de venir manifester malgré tout ça ?
— Ouai ouai. Moi je suis plus cool, je lance pas de cailloux, de trucs comme ça, mais je pense que être en nombre c’est aussi très important. Donc je suis là, je suis présent.
— Les gens qui jettent des cailloux t’as l’impression qu’ils nuisent un peu à la cause ou pas ?
— Pas forcément, non. On a aussi besoin d’eux. On peut pas avoir une vraie révolution si on reste là très sympas. Il faut que ça pète je pense.
— Y a une femme qui est passée et qui disait « là y a des sales gosses qui caillassent ». C’est pas un truc unanime, partagé par tout le mouvement, pour toi c’est un problème ou pas ?
— Je pense que le plus important, même si dans la foule on est pas tous du même avis, l’important c’est qu’on soit là. C’est le nombre qui compte je pense. C’est le chiffre, la présence."

Lézors

[GJ Acte IV] Suivi de la journée

Suivi des différents moments de cette belle journée de manifestation...

5 mars
[GJ Acte IV] Brouillard et possibles

Comment on sait quand on vit un évènement de l’ordre du soulèvement ou de la répétition ? Qu’est-ce qui fait un soulèvement ? Et jusqu’où est-on prêts à composer ? Après 4 semaines de mobilisation, retour critique sur la manifestation dijonnaise du samedi 8 décembre.

5 mars


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