Récit du rassemblement des fiertés 2018 à Dijon

Le rassemblement des fiertés, premier évenement organisé par QUEERASS, la nouvelle asso dijonnaise TPG et LGBTQIAAP+ a eu lieu le samedi 23 juin. Cette journée nous a mis des paillettes plein les yeux, on fait donc un petit retour en quelques lignes.

QUEERASS est une nouvelle association, qui est née de la volonté de plusieurs individus LGBTQIAAP+ [1] et TPG [2], en réponse à un vide communautaire à Dijon. Là où la nécessité de se rassembler, de s’informer mutuellement, de s’organiser s’impose dans un système oppressif, nous avons choisi de créer nos propres espaces.

Le samedi 23 juin, le temps d’un après-midi, QUEERASS s’est installée place Francois Rude pour rassembler les communautés LGBTQIAAP+ et TPG. Nous sommes arrivé·es avec nos tentes, nos pancartes, nos revendications, avec toute notre rage pailletée et notre volonté de créer quelque chose d’authentique. Le matin, nous avons tout installé, ensemble, sous les regards éberlués, dégoûtés, intrigués ou amusés des passant·es. Nous avons (re)pris notre place dans l’espace public en décorant aussi les statues. Dès lors, nous avons pu voir que la police veille toujours au maintien de l’hétéronormativité et du captitalisme, par leur menaces constantes de fermeture du rassemblement dans le cas où nous ne retirions pas nos diverses pancartes, harnais et godemichets. Une vision bien trop subversive ! Inacceptable pour les badauds bourgeois chargés de puritanisme, venus photographier le précieux centre historique dijonnais.

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Cela n’a pourtant pas affecté notre volonté de continuer cette journée, de nous rassembler au coeur de la ville.
Parce que nous ressentons le besoin de nous rencontrer, de nous montrer, dans ce monde où nous demeurons caché·es, où toutes nos volontés de visibiliser nos amours, nos pratiques, nos identités et nos genres non-conformes sont sans cesse réprimées.
Nous avons voulu créer autre chose que les « gaypride » capitalistes, où seuls sont visibles les gays cis [3] blancs aux corps musclés, montrant à chaque fois un peu plus leur dépolitisation et leur oubli des revendications de Stonewall [4]. Nous refusons d’oublier qu’à Stonewall, en 1969, les émeutes étaient portées par des gouines, des trans, des TDS [5], des personnes racisées et des précaires. Nous entendons lutter contre la réappropriation mainstream de nos luttes, et contre des principes moraux judéo-chrétiens qui nous rejettent tou·tes.

Nous sommes nombreuses, nous sommes des êtres à facettes multiples. Nous sommes des camionneuses, des trav, des folles, des putes, des trans, des soumis·es, des gros·ses, des mal baisé·es, des nymphos et des frigides. Nous sommes ces déviances que vous ne sauriez voir. Ce sont vos mots et nous nous les réapproprions.

À Dijon, nous n’avons pas trouvé de communauté, nous voulons donc en créer une vivante, éclectique et solidaire.

Un espace dans lequel nous pouvons être radicalement vulnérables, et qui nous donne aussi du soutien et de la puissance, où nous pouvons nous réapproprier les parties de nous que nous avons dû nier, couper, cacher, dénigrer.
Ce que nous avons entamé depuis des mois, c’est la construction d’une résistance et d’une structure propre aux LGBTQIAAP+ et TPG.
Samedi nous sommes sorti·es pour nous rassembler, nous reconnaître, pour créer des confiances et des convergences, pour nous redonner de la force, et pour nous organiser. Mais aussi pour revendiquer que nos sexualités, nos identités, nos genres, comme toutes nos subversions, doivent etre vues. Pour qu’un·e enfant, au détour d’une ballade en famille, sache qu’il existe d’autres possibles, d’autres imaginaires que ceux imposés par l’ordre moral.

Nous sommes solidaires de nos camarades marginalisé·es, ridiculisé·es, invisibilisé·es, brutalisé·es et tué·es...
Notre démarche s’inscrit aussi dans une convergence des luttes, nos identités sont multiples, tout comme les oppressions que nous vivons.
Nous sommes fièr·es et nous rejetons toute la honte que certain·es voudraient nous faire ressentir.
Nous sommes tou·tes en cheminement pour déconstruire tous les schémas toxiques et oppressifs imposés par la société et que nous avons intégrés.
Nous sommes visibles pour tou·tes celleux qui ne peuvent pas l’être et pour tou·tes celleux qui vont se reconnaître en nous et pouvoir avancer dans leur acceptation d’elleux-mêmes.
Nos existences sont révolutionnaires.

Au programme :

  • Atelier Pancartes pour que les participant·es visibilisent leurs revendications partout dans la ville
  • Performances par des invité·es sur la lesbophobie, la non-binarité, ainsi qu’un show de drag king (Chair de poulpe & Sophie Nguyen)
  • Un chamboule-tout pour défoncer les oppressions
  • Infokiosque transpédégouine et féministe
  • Aides (stand d’information + camion de dépistage gratuit) ,
  • Amnesty International.
  • Stand de sport inclusif (Roller Derby > Les Flèches Revêches, Équipe de Quidditch de Dijon > Golden Owls Quidditch) .
  • Autres partenaires : MU (salon de tatouage), La Fleur qui pousse à l’intérieur (librairie indépendante).
  • atelier maquillage
  • cabine BDSM + photos
  • atelier de fabrication de pisse-debout DIY
  • expo : Guymauve LEXX Grégoire B-thorin
  • Présence du collectif féministe et Libertaire XYZ de Besançon, organisateur notamment du festival queer et féministe inclusif de film « hors-clichés »

P.-S.

Nous contacter : queerass@riseup.net


Notes

[1Lesbienne/gay/bi/trans/queer/intersexe/asexuel·le/agenre/pansexuel·les

[2Trans-Pédé-Gouine

[3cisgenre : personne dont le genre correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance

[4Les émeutes de Stonewall ont eu lieu fin juin 1969 à New York. Ces événements sont considérés comme le premier exemple de lutte des gays, lesbiennes, bisexuel·les et trans contre un système soutenu par les autorités et persécutant les queers. C’est en hommage à ces émeutes que de nombreuses marches des fiertés dans le monde ont lieu le dernier week-end de juin.

[5Travailleurs ou travailleuses du sexe

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