Souviens-moi

Je n’ai pas les épaules
Mais n’en ai pas besoin
Je n’est pas à portée

Je est une narration
qui relie des souvenirs
J’ai ouïe dire
que l’oreille était bleue
La langue quant à elle
grappille dans l’arc-en-ciel
Un moi qui varie
selon les teintes du cri.

Comment se conte-t-on ?
Se contente-t-on ?

Est-ce le seul rôle du moi ?
Se contenter,
Accepter en se créant cohérence
Produire un moi qui rassure.

Vouloir démêler le multiple.
En extraire un périple,
Une entité unique.
À tout prix cohérence,
plutôt que toutes ces danses.

Chaque souvenir est un
souvenir de souvenir.

Et on tronque,
on transparaît ;
Paré·e à déformer
Pour mieux coaguler
Nouvelle conformité
adéquate à l’instant
Rendre possible le présent.

Et on oublie le prix,
inéluctable gris ;
Érode les contrastes,
Mêle à nouveau au doux,
dissipe les cadastres,
Propriété à bout.

Puis vient nous voir le rouge,
sanguin, celui qui bouge ;
Il touche là où ça bouche,
Condamne les protections,
à se perdre par l’action.

On naît ce que l’on fait,
Récupère ce qu’on erre ;
Faire une place à l’oubli.


P.-S.

Chronique à parution variable.
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