Carottes et piraterie : une histoire de la cantine populaire de la Carotterie

Un peu plus d’un an après son expulsion, retour sur l’histoire de la Carotterie, cantine populaire squattée de janvier 2017 à juin 2018 - comme un trait d’union entre la Loi Travail et le mouvement des Gilets Jaunes.

Vendredi 24 mai, boom de soutien à la Carotterie à l’Espace Autogéré des Tanneries
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20h - 5h // Prix libre
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Boum plage et tropique
Friperie/Snack/Bières/...
Ambiance pas de relou/ Pas de fachos/ Pas de machos

Fin 2016 : en PLS-PMS

2016, fut une année folle, passionnante et éprouvante : comme partout en France, la contestation contre la Loi Travail - initiée en mars pour contester la loi El Khomri portée par le gouvernement Hollande - avait bouleversé le quotidien dijonnais et emporté beaucoup de nouvelles personnes dans les rues. Une sacrée fièvre avait gagné les grandes villes de tout le pays et salarié·es, étudiant·es, citoyen·nes en colère - & autonomes en attente du prochain mouvement social - s’organisèrent durant trois mois : Nuits Debout, occupations de bâtiments, blocages d’usines et des flux économiques, manifs énormes menées par les désormais habituels cortèges de tête, étaient le lot quotidien du mouvement.

Il y a trois ans... Mathiez

Le 9 mars 2016, l’amphithéâtre Mathiez était occupé par des opposants à la Loi « Travaille ! », une occupation d’un mois qui a marqué toute une génération.

11 mars

Après coup, on peut dire qu’on assistait là à une sorte de préfiguration du soulèvement des Gilets Jaunes, mais où manquait gravement l’élément populaire, paradoxalement invisibilisé par les gros syndicats qui jusqu’alors monopolisaient les questions de justice sociale et de répartition des richesses.

Assez classiquement, le mouvement contre la Loi Travail se retrouva vidé pendant l’été. Une tentative de repartir en septembre - relayé par un appel à retrouver Hollande et son gouvernement à Nantes à l’occasion du congrès annuel du désormais moribond Parti Socialiste - se diffusa. L’appel à convergence fonctionna et effraya le gouvernement ainsi que le parti Hollande qui abdiquèrent.

Étrange victoire par l’absence d’un gouvernement qui se cache et qui n’a plus à répondre de rien de ses agissements. Comportement familier de l’actuelle Macronie, sourde et aveugle et d’une certaine manière absente à ses gouvernés – et fonctionnant par là contre ses gouvernés.

Et comme à son habitude une fois le mouvement social passé, les nouvelles têtes - et moins nouvelles aussi - qui s’était impliquées massivement et passionnément dans le mouvement en ressortent avec une gueule de bois sévère, un peu perdu. En PLS Post Mouvement Social.

Ce brusque retour à la banalité cruelle et dure du quotidien aura parfois raison de bien des nouvelles convictions et des nouvelles lignes de fuites qui se seront ébauchées durant ce temps de révolte.

Mais ce moment aura aussi permis à certain·es de sortir de l’ornière et de découvrir qu’un autre monde existe, bel et bien possible en dehors de celui pensé par le pouvoir. Pourtant un vent de morosité un peu aigre plane et désespère doucereusement.

La vie ne s’arrête pas et on apprend sans cesse à être patient...

L’occupation

Décembre 2016.
Dijon.
Semaine de fin d’année.
Plein hiver.
En PLS-PMS (la tête encore nostalgique du printemps dernier, de ce grand brasier des cœurs et des âmes, de ce sentiment profond de la nécessité de subvertir nos vies, de déplacer la focale) autre chose se dévoile à nous, un espace plus libre, dont on peut se saisir.

Revenant à quelques-unes de Chez Tony - un immense squat lyonnais où l’on s’attable pour un banquet monumental - on se dit que ce qu’il nous faudrait maintenant, c’est vivre comme dans ces moments chauds du printemps 2016, revivre ces bains de foules, ces affirmations folles dans cette ville un peu naze de Dijon, qui déploient immédiatement une manière de se rencontrer, de se retrouver et faire face ensemble à cet état du monde qui nous désole et nous broie parfois. Et – inspiré du passage dans ce squat lyonnais – on se met à scruter les baraques vides dans les endroits de la ville que l’on fréquente.

Pourquoi pas investir cette vieille bâtisse qui sommeille depuis quelques années au 134 rue d’Auxonne, où se trouvait le Shotgun, sorte de boutique de surplus-militaire peu recommandable ? Est-ce qu’on occuperait pas le lieu pour fêter le passage de la nouvelle année ? La surface au rez-de-chaussée est suffisamment grande pour fournir un dancefloor digne de ce nom ? Isn’t it ?

Une équipe de joyeux drilles en fameuse Fiat Panda trouve alors le moyen de rentrer dans le bâtiment : une fenêtre est ouverte au premier étage ! Et c’est parti : voilà qu’est donné le rendez-vous pour fêter la nouvelle année !

Dans la tension entre souvenirs du mouvement social et projection dans le temps qu’impose le présent se passera le nouvel an. Cette maison deviendra pour l’occasion de la fête un lieu de passage entre le monde d’hier et le monde de demain, que nous souhaitons toujours bâtir à la mesure de nos désirs.

Le 31 décembre la soirée bat son plein. Il y a foule - on s’assume quoi - on communie sur la musique, on fait chauffer la piste de danse. À un moment les flics passent, probablement appelés par le voisinage. La routine. « Pardon ? Oui oui, nous sommes là depuis quelques jours, que voulez-vous ! C’est la nouvelle année, quoi de plus normal que s’en réjouir en faisant la fête ! Tout va bien, bonne soirée. Bonne année et à jamais ! ».

Durant la soirée l’idée prend corps sacrément que, oui, ce serait pas mal de garder ce lieu. D’en faire un lieu de vie collectif. Ce n’est pas trop loin du centre-ville, c’est à proximité du campus et à la fois parfaitement ancré dans ce vieux faubourg du bout de la rue d’Auxonne. Une cantine ? Mais oui, une cantine pour tous ! Là, et qui ait pignon sur rue ! Et où on pourrait servir ponctuellement, voire quotidiennement, des repas à tout à tout le monde ! À prix libre ! De toutes évidences il faut faire ça.

Ni une ni deux, après s’être remis de cette agréable nuit sautillante, la mobilisation est à l’ordre du jour et tout un chacun participe à rassembler le nécessaire pour mettre en place cette cantine. La cuisine est rapidement créée, grâce au matériel prêté par l’Espace Autogéré des Tanneries. Des tables sont déployées tout le long de la salle ainsi qu’un bar pour servir café et jus de fruits.

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Quelques canapés sont placés çà et là pour plus d’amusement. Un « autowash » est installé dans un petit renfoncement à proximité des toilettes. Une personne bien inspiré dessine sur toute la longueur de la salle les contours d’un gros diplodocus qui à sa manière protégera les lieux de sa sympathique présence. On est en plein hiver et il n’est pas encore question de pouvoir prendre les repas dehors alors qu’un grand jardin, qui sera mis à contribution dès les beaux jours, longe le bâtiment en donnant sur la rue d’Auxonne.

Il est aussi convenu que les repas servis seront exclusivement vegans, pour des raisons pratiques et éthiques, et que différentes équipes de volontaires prendront en charge les repas du midi durant la semaine, aux nombres de trois dans un premier temps, soit mardi, mercredi et vendredi. Gros boulot en perspective.

Il est décidé que cette cantine sera populaire, c’est-à-dire ouverte à tous, tout en rappelant que cet espace ne tolère ni racisme, sexisme, et homophobie d’aucunes sortes.

L’étage est habité par un groupe de personne qui - à minima - feront l’intendance du bâtiment durant toute la durée d’existence de la cantine.

Repas à prix libre

Le vendredi 13 janvier, au soir, est organisé un banquet d’inauguration où se présente beaucoup de monde. C’est donc le mardi d’après que le premier repas sera servi un midi, suivi ainsi de bien d’autres jusqu’à la fermeture de la cantine en avril 2018.

Dès son ouverture la Carotterie (c’est son nom) est une vraie réussite dans la mesure où le lieu sert une moyenne de 70 repas chaque midi et qu’il lui arrive souvent de dépasser les 100 couverts.

L’intuition s’est révélé bonne. En définitif il suffit de s’en persuader en constatant - par exemple dans la ville de Dijon - qu’aucune autre institution ne procède de la sorte, si on ne prend pas en compte les repas servis gratuitement par les Restos du Cœur et le Secours Pop’ et Catho, etc (pour ne citer qu’eux).

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Le lieu est une cantine populaire - comme dit précédemment - et les repas sont à porté de tous en raison du choix fait de les servir à prix libre. Le prix libre est un indicateur important quant aux motivations du lieu, puisque celui-ci met en place un type de transaction qui n’est pas discriminant : ne pas avoir d’argent – ou en avoir peu - n’interdit pas de manger. Par contre en avoir permet de choisir de donner sans assujettir le don sur une classique évaluation économique du prix d’un service (qualité, présentation, agréabilité du cadre, service...) et ainsi prendre en compte d’autres paramètres (solidarité, redistribution, soutien de l’initiative, bonne humeur provisoire, travail psychanalytique de désacralisation de l’argent…).

Aussi on ne regarde pas ce qui est donné ou non : la caisse prix libre doit être une interface la plus neutre possible. C’est une caisse qui est posé en bout de la table, et personne ne surveille qui met quoi.
C’est donc (idéalement) un rapport de confiance de facto qui est ainsi institué et personne n’est associé à une somme donnée : ni stigmatisation, ni discrimination, les personnes peuvent venir manger dans un espace joyeux sans que les discriminations - l’argent fait partie des parfaits agents de discrimination - les distinctions sociales, les malaises qui y sont liés et autres dégueulasseries ne viennent couper l’appétit et les rencontres possibles.

Le choix du veganisme

La Carotterie (rencontre entre carotte et piraterie, dont ce lieu s’est toujours reconnu être spirituellement l’héritier) a aussitôt choisi de ne servir que des repas excluant les produits issus d’exploitant d’animaux.

Premièrement dans un souci politique de forcer à reconsidérer notre rapport aux animaux non-humains dans le cadre de notre alimentation quotidienne en prouvant que l’on peut manger bien et bon et de manière équilibrée sans utiliser ces produits, aussi bien de chair (mammifère ou poisson) ou dérivés de leur exploitation (lait, œuf, miel, etc). Les cuisinièr.es n’auront de cesse d’en faire la démonstration grâce à leur inventivité tout au long de l’existence de la cantine.

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Deuxièmement pour des raisons économiques et hygiéniques facile à comprendre : la viande est une denrée rapidement périssable à température ambiante et nécessite que soit mis en place une chaîne du froid en utilisant des congélateurs, des frigos, etc. En utilisant exclusivement des protéines végétales qui se conservent très bien et très longtemps - au sec et à l’ombre - le problème est réglé, d’autant que les légumineuses n’imposent pas de grosse dépense. On voit là s’exprimer de manière parfaitement concrète les solutions et alternatives données par le veganisme, avec un aspect de réduction des coûts bien intéressant pour un groupe de personnes qui s’organisent pour faire des repas collectifs d’ampleurs avec peu de moyen, tant financiers que matériels.

La vie de la Carotterie

Outre les repas servis, la Carotterie sera souvent un lieu où seront organisés des concerts, des discussions/débats, des moments d’organisations pour les manifs, des ateliers d’apprentissage de langues à disposition de personnes en situation d’exil ou intéressées pour apprendre réciproquement et se rencontrer. Et bien d’autres chose encore. Quelques projections seront faites, notamment une sur les Diggers de San fransisco, qui permettra de recontextualiser beaucoup de pratiques autogestionnaires qui opèrent à la cantine.

Durant les heures de repas, la population qui fréquente le lieu est pour le moins bigarrée, avec quelques habitants du quartier qui ont par exemple l’occasion de rencontrer des étudiants du campus situé au-dessus de la rue d’Auxonne. On peut voir aussi des personnes venant de l’autre bout de la ville spécialement pour manger et sortir de l’isolement relatif dans lequel ils se trouvent dans ce bien triste monde métropolitain. Il y a aussi ces gens du théâtre Mansart et leurs artistes en résidences qui passent, les parents des étudiants qui viennent voir ce que propose l’endroit. Et beaucoup d’autres encore.

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Et assez vite, la Carotterie trouve ses habitué·es et ses fidèles. Fidèles à l’état d’esprit qui y règne, à ce qui s’y trame en pleine conversation, entre un plat de nouilles sautées et les tartes aux pommes.

L’alcool n’y est pas servi, mais il n’est pas interdit d’amener sa propre bouteille de vin, ou sa canette de bière tant que cela ne dérange pas l’ambiance joyeuse qui y règne souvent.

Des fois, un bon nombre de personnes sont parties prenantes en fin de service pour aider à ranger et à nettoyer la grande salle où se déroulent les repas. Et il y règne quelque chose de joyeusement informel au moment des repas, qui permet d’improviser des interventions farfelues, de faire passer des informations urgentes en demandant un peu d’attention à l’assistance.

En fait, les personnes qui pratiquent la Carotterie ne se contentent pas seulement de manger : s’y invente plein de manières de dire et d’être, de faire circuler les idées, les désirs, un peu à la manière d’un bistrot de quartier - l’alcool en moins.

L’adversité

Quelques jours après son ouverture, la cantine a été confrontée aux problèmes posés par son juteux propriétaire qui, en compagnie d’huissier et d’un groupe de promoteurs immobiliers, fit savoir que le lieu était destiné à être détruit et remplacer par un nouvel immeuble d’habitation.

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Esprit Vil(le), rêve d’urbaniste sur papier glacé

Jean-Noël Castille - propriétaire du bâtiment et héritier de la fortune immobilière immense de son papa, notaire à Dijon au début du siècle 1900 - lança donc aussitôt une procédure devant le Tribunal de Grande Instance dijonnais qui obligea les membres de la Carotterie à comparaître le 7 avril 2017. La comparution fut reconduite au 24 juin, soit durant la semaine du solstice d’été où se déroule la Fête de la Musique, à l’occasion de laquelle la Carotterie s’invita au centre-ville - Place Bossuet - en compagnie du sound system Skanky Yards afin de faire valoir sa raison d’être dans une ville gagnée par la bourgeoisie et la pacification par voie culturelle.

Le procès eu lieu un vendredi matin et se solda par une formule heureuse, que l’on pourrait dire affectée d’une certaine sympathie pour l’initiative large et populaire, qui traita l’affaire : le délibéré devait tomber le 4 août, soit nous rappela le juge « le jour anniversaire de l’abolition des privilèges de l’aristocratie durant la révolution française en 1789 ». De quoi faire chaud au cœur en nous faisant comprendre que l’affaire n’étant pas classée pour le moment, la Carotterie pourrait continuer ses activités et servir des repas.

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Fête de la Musique 2017, la Carotterie s’invite en ville

De là, c’est-à-dire à partir du 4 août, la délibération quant au sort réservé à l’avenir de la cantine n’eut de cesse d’être repoussée mois après mois jusqu’au 10 novembre 2017, date à laquelle fut enfin donné le rendu du procès qui s’était tenu le printemps dernier. Mais s’était sans compter sur la possibilité de bénéficier de l’application de la convention relative à la trêve hivernale, qui repoussa l’injonction de quitter le bâtiment au 1er avril 2018. Beau concours de circonstances !

Après cela, une fois que l’injonction de quitter les lieux fut apprise, il fut décidé que la cantine arrêterait de servir des repas à partir du mois d’avril 2018. Le choix de quitter les lieux sans défense conséquente - tant politique que physique - exprima un épuisement de la part de beaucoup des personnes qui s’étaient donnés corps et âmes (pas moins) à cette incroyable aventure. Beaucoup d’énergies avaient été engagées pour la Carotterie : la cantine vivait et vivrait encore longtemps, dans d’autres endroits, portées par d’autres gens, personne n’en doutait.

Et puis en début d’année 2018 le gouvernement Macron annonça l’arrêt définitif du projet d’aéroport de Notre-Dame-de-Landes, qui fut suivit de l’envoie d’une véritable armée contre-insurrectionnelle au mois d’avril pour détruire les habitations et expulser les habitant·es. L’urgence de la situation mobilisa les énergies ailleurs et la Carotterie finit officiellement ses jours en juin 2018, sous les coups de pelleteuses en septembre 2018.

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On est encore là !

Le bâtiment qui hébergea la Carotterie à désormais disparu, détruit par de grosses machines. Se tient actuellement en lieu et place de celui-ci un chantier qui érige tambour battant un nouvel immeuble, réalisé par le promoteur immobilier dijonnais Sopirim.

À l’heure où la ville de Dijon, nouvellement capitale régionale et futur cité de la gastronomie et du vin, s’enorgueillit d’être une Métropole, que des capitaux privés massifs viennent « moderniser la ville » en la mettant sous surveillance, en prétendant rendre la ville meilleure, plus habitable, plus écologique, plus citoyenne, plus agréable à vivre pour ses habitants, on constate que ces prétentions ne s’appliquent qu’a un type social d’être humain occidental, parfaitement normé et fantasmé par les politiques et les créateurs d’espaces publics : celui du champion métropolitain transnational.

Ce qui se crée toujours, à Dijon comme ailleurs, c’est un dessaisissement de la souveraineté personnelle des habitants des villes de leur propre espace de vie - celles et ceux qui restent en ville sont, d’une certaine manière, condamné·es à y rester. Ces personnes perdent jour après jour de l’autonomie dans la mesure, ne pouvant compter que les dispositifs de plus en plus policiers des institutions sociales (le travail, la sécu,...) et territoriales (la mairie, département...) pour continuer à vivre tant bien que mal dans les espaces urbains.

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En comparaison des villes comme Paris ou Marseille, Dijon semble bien être une sage et tranquille petite cité de province. Mais pour qui n’a pas beaucoup de ressources la ville d’aujourd’hui – quelle qu’elle soit - est un espace oppressant et sans générosité. Parce que le tout-marchand qui monopolise le rapport que l’on a au monde, ordonne et organise la vie en ville et ce qu’il est possible d’y faire. Et semble toujours plus rendre impossible, pour celle ou celui qui n’a pas d’argent, de pouvoir vivre dignement, joyeusement.

La puissance de la Carotterie aura été d’avoir permis - pour un grand nombre de personnes très différentes - de se sortir de ces logiques marchandes hégémoniques et toujours mortifères. De pouvoir vivre la ville et de s’y nourrir d’une manière qui ne soit pas soumise au seul critère économique.

Comme le disait à l’époque une personne qui venait de temps en temps manger : « la Carotterie rend aimable ». Elle voulait dire par là que la cantine énonçait de manière pratique et réelle une autre manière d’être à la ville, se construisant en dehors des projets économiques de la municipalité, des urbanistes, des vendeurs de vidéosurveillance, d’alarme et autres flics d’un « vivre ensemble » qui ne fait pas rêver mais qui fait plutôt de la vie, pour beaucoup, un cauchemar quotidien.

Des lieux comme la Carotterie permettent d’autres manières de se penser ensemble et au monde. Ils sont des endroits qui rendent la ville et la vie plus aimables - pourrait-on s’amuser à dire pour reprendre la formule de cette personne - plus respirables. Et une ville où n’existe pas ce type d’endroit fabrique la mort à grand pas.

À l’heure actuelle, et un peu partout en France, on peut trouver de telles initiatives collectives qui parviennent à extraire des espaces du tout-marchand/aliénant et à créer des lieux qui proposent d’autres mondes possibles, qui répondent à un besoin sans cesse croissant d’autonomie et d’auto-organisation. Pour brèves et intenses que furent leurs apparitions, les occupations de ronds-point par les Gilets Jaunes en sont une parfaite illustration.

La Carotterie fut une des expressions de ce besoin d’avoir une place à soit pour un monde autrement plus désirable que ce que nous vendent les politiques, les décideurs et autres urbanistes.

Ne nous reste plus qu’à retenter l’expérience ici à Dijon, où l’existence d’une cantine populaire pourrait contribuer à renforcer les luttes en cours, qui semblent autrement vivantes aujourd’hui qu’il y a quelques années, notamment avec le mouvement des Gilets Jaunes.

Longue vie aux Carotteries !

Boum de soutien à la Carotterie

La carotterie fut une cantine populaire autogérée implantée au 134 rue d’Auxonne à Dijon de janvier 2017 à avril 2018.

11 mai


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