Vive la retraite !

Défense et illustration du système de retraites

Il n’y a pas de problème des retraites. Le système de retraites par répartition, basé sur la cotisation sociale (le salaire socialisé), est au contraire la solution aux graves dangers de la privatisation et de la marchandisation des biens publics, et du dictat que font peser les employeurs, les actionnaires et les spéculateurs sur nos conditions de vies.

Le système de retraite par cotisation sociale est une réussite à consolider et qu’il faudrait d’ailleurs étendre à d’autres secteurs (comme celui de l’investissement). La retraite constitue un salaire continué, et forme, avec la fonction publique, les bases du formidable concept de « salaire à vie » (rien à voir avec le revenu de base), proposé par Bernard Friot. Le succès du système par répartition à base de cotisation sociale (90 % des dépenses de retraite en Europe contre 10 % pour la capitalisation) prouve que l’on peut financer les retraites sans accumulation financière préalable.

Il n’y a aucun empêchement financier à consolider et à étendre un tel système. En 2010, les retraites représentaient environ 13 % du PIB (de l’ordre de 260 milliards d’euros). En 2050, grâce aux gains de productivité habituels et à la croissance (hypothèse de 1,7 % par an prise par le Conseil d’Orientation des Retraites lui-même), le PIB aura doublé (4 000 milliards d’euros) et les dépenses de retraite devraient représenter 720 milliards d’euros, soit seulement 18 % du PIB. L’ « effort » (passer de 13 % du PIB à 18 %, donc + 5 % en 40 ans) est tout à fait réalisable, d’autant que nous avons déjà fait mieux : nous sommes passés de 5 % du PIB en 1970 à 13 % (+ 8 % sur la même période de temps). Il n’y a pas de problème économique et pas de problème de générations (le rapport nombre de retraités / nombre d’actifs n’a absolument aucun sens), contrairement à ce que ressasse la propagande néolibérale.
Nous pourrions même décider de consacrer de l’ordre de 21 % du PIB aux retraites : nous rétablirions ainsi un âge de départ à 60 ans (l’espérance de vie en bonne santé commence à reculer), avec une limite bien inférieure pour les travaux pénibles, une prise en compte du dernier salaire (et non des 25 meilleures années) pour aboutir à un taux de remplacement de 75 %, de meilleures pensions de reversion, etc. Bref, revenir aux conditions antérieures et aux principes d’égalité et de justice sociale promus notamment par le Conseil National de la Résistance.

Pour le financement, il ne s’agit pas d’aller chercher du côté de l’impôt. Nul besoin d’évoquer ici la nécessaire mise en place d’une imposition sur les revenus véritablement progressive (cf. travaux de Thomas Piketty), ni la chasse à l’évasion et la fraude fiscales (manque à gagner de l’ordre de 80 milliards d’euros chaque année, soit le tiers des dépenses de retraite !), que le gouvernement se refuse à pratiquer. Il suffira d’augmenter (enfin !) les cotisations patronales, dont l’évolution a été malheureusement interrompue depuis trop longtemps (par le gouvernement Rocard).
En outre, les pensions devront être plafonnées : si les retraités ne sont pas « productifs », comme le prétend le discours néolibéral, pourquoi certains devraient toucher, « pour ne rien faire », jusqu’à 20 fois plus que d’autres ? A cet égard, un système de retraite à points, que promeut le gouvernement, qui fait que les plus riches toucheront les retraites les plus élevées, doit être absolument proscrit.
Inutile, enfin, d’évoquer ici l’arnaque totale que constituent les formules à capitalisation, qui nous forceraient à miser nos fins de vie sur les tapis verts des casinos boursiers.

Contrairement à ce que prétend le discours néolibéral où le « travail » n’existe que s’il y a « emploi », les retraités ne sont pas des inactifs et encore moins une charge pour la société. Les retraités travaillent véritablement : ils sont les plus actifs dans les milliers d’associations, au sein de millions de bénévoles qui œuvrent pour le bien commun, ils participent activement à la vie politique locale, aident leurs enfants, leurs familles et s’occupent de leurs petits-enfants. Les retraités sont heureux (retraite se dit jubilacion en espagnol) de faire ce travail car ils pilotent eux-mêmes l’agenda d’activités qu’ils ont choisies, sans dépendre du bon vouloir d’un employeur ou des cours de la Bourse. Ils préfigurent ainsi, ce que pourrait être une société idéale, basée sur la qualification des personnes (à l’instar de la fonction publique) et non plus sur celle des postes de travail.

Mais le système capitaliste a simplement décidé que ces activités ne créent pas de valeur économique parce qu’elles ne correspondent pas à un emploi défini par le « marché du travail ». Idem pour le travail fourni par les « femmes-au-foyer », qui ne perçoivent donc pas de retraite (ou une maigre subsistance pour autant qu’elles aient la chance de devenir veuves et qu’elles soient pauvres).
Les femmes, structurellement et scandaleusement sous-payées, ainsi que les millions de précaires à temps partiel (dont les « carrières » à trous alternent CDD, chômage et maladie) que génère le capitalisme, finiront leurs vies dans la pauvreté voire la misère, au sein du 5e pays le plus riche du monde, si nous laissons passer le projet délétère du gouvernement.

Le choix d’un système de retraites est un choix de société. Nous voulons une société juste, avec une répartition équitable des richesses et des inégalités de revenus réduites (échelle de 1 à 4), une société qui ne soit pas gouvernée par les spéculateurs, les aléas des marchés financiers et les 1 % les plus riches d’entre-nous.

Nos courageux anciens (depuis les premiers syndicalistes, en passant par le Front Populaire, jusqu’au CNR), ont réussi à mettre en place des outils socio-économiques exceptionnels, dont le système de retraite par répartition basé sur la cotisation sociale est un des fleurons. Notre mission est de maintenir, de consolider, d’étendre et de prolonger ces formidables avancées, acquises par la lutte et le sang. Là réside la véritable action révolutionnaire.

Philippe Laget – 21 Décembre 2018
(inspiré des travaux de Bernard Friot)



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