Loi « sécurité globale » : 600 manifestant·es et une manif’ sauvage rue de la Liberté

Malgré des couacs dans l’organisation, 600 personnes ont manifesté ce samedi contre la loi « sécurité globale ». Les manifestant·es ont su éviter les pièges de la dispersion pour finir la journée par une « manif sauvage » rue de la Liberté.

Ce samedi, Solidaires 21 appelait, avec une dizaine d’autres organisations politiques, à une nouvelle manifestation contre la loi "sécurité globale". Une dizaine d’organisations seulement, là où elles étaient deux fois plus nombreuses pour appeler au rassemblement du 24 novembre, puisque, comme on va le voir, certaines orgas ont refusé de signer un appel qui ne précisait pas : "manifestation pacifique".
Si à Paris la désolidarisation au préalable de la coordination contre la loi a permis aux flics de se déchaîner contre les manifestant·es (119 interpellations et de nombreux·euses blessé·es), les conséquences ont été différentes ici.
Revenons donc sur les points qu’il faut, selon-nous, retenir de cette manifestation.

1) Si Solidaires 21 annonce 600 manifestant·es, ce qui peut apparaître peu en comparaison des plus de 2000 personnes du week-end dernier, le nombre de personnes venues prendre la rue à Dijon est plutôt honorable vu les manifestations des autres villes. Il faut ajouter à cela que les "embrouilles" entre organisations dites "institutionnelles", notamment la volonté de certaines de ne pas soutenir une manifestation où il n’était pas écrit en lettres bâtons le mot "pacifique", n’ont pas aidé. De plus, pour une manifestation qui ne relève pas du social et du monde du travail, la mobilisation de ce samedi est une réussite qui aurait été inimaginable il y a quelques mois.

2) Un certain flottement tout au long de la manifestation. Il nous semble que ce sentiment a été largement partagé alors tentons une explication. En l’absence des organisations de "la gauche qui cherche la respectabilité", la plupart des personnes présentes étaient des habituées des manif sauvages. Des personnes dont beaucoup viennent plus pour les manifs sauvages que pour les cortèges classiques/planplans. En somme un cortège de tête [1] sans corps.
À Dijon, ces dernières années, il se trouve que la quiétude voulue par les organisations traditionelles est généralement respectée pendant tout le long du cortège officiel. On s’ennuie mais, globalement, la partie déclarée et autorisée des manifs reste un classique défilé dans les clous, derrière les banderoles, sans trop de slogans, sans trop d’entrain. On fait semblant en attendant la manif sauvage qui va tenter (généralement sans succès) de déborder le dispositif policier.
Or ce samedi, en l’absence des organisations de « la gauche qui cherche la respectabilité », on ne faisait semblant que pour nous-même. D’où un certain sentiment de grotesque, de farce. Plus concrètement, la vacuité des cortèges officiels et déclarés est bien souvent meublée par la sono poussée à fond des orgas syndicales, qui ressassent des slogans usés ou les éternelles rengaines de manif : « on lâche rien », « c’est dans la rue que ça se passe », etc. TMTC.
Big up quand même aux colleuses féministe qui ont jalonné le trajet de la manif de leurs slogans bien sentis !

3) Un petit évènement est venu égayer ce morne cortège. Comme pendant la manif de samedi dernier, un drone des flics nous survole depuis le départ de la manif. Oui, un drone. Alors même que nous manifestons contre la loi qui est sensée légaliser cette pratique. Alors même que le Conseil d’État a récemment interdit leur utilisation par les flics pour surveiller les manifs. Un exemple parmi d’autres de la manière dont les soi-disant « forces de l’ordre » s’assoient sans scrupule sur l’ordre qu’elles sont sensées défendre.
Au niveau du lycée Simone Veil le mot tourne que les opérateurs du drone des flics sont à deux rues de là, à 200m à peine. Un petit groupe court, et, un bruit de pétard plus tard, revient triomphant : l’attroupement est dispersé, les opérateurs du drone ont pris leurs jambes à leur cou.
Morale de l’histoire : aussi sophistiquées soient-elles, les technologies policières restent souvent faillibles si on trouve où frapper. L’évènement qu’on vient de décrire peut nous laisser penser que les opérateurs des drones ne peuvent pas trop s’en éloigner, et qu’il peuvent donc toujours être dénichés à proximité des cortèges...

4) Pas grand chose à dire de la dispersion, qui fut une mauvaise caricature de celle de la semaine dernière. Après une heure à jouer les « bons manifestants », une heure à jouer les « mauvais manifestants ». Idem côté flic : après une heure à faire ce qu’on attend d’eux (disparaitre), une heure à se comporter en crétins écervelés. Gazage plus massif que jamais, parfois en tirs tendus, et finalement une interpellation suite à un contrôle.

5) La suprise de cette manif est venue d’une rumeur, circulant de bouches à oreilles, d’un rendez-vous place du Bareuzai à 17h. Résultat : malgré les interdictions préfectorales, une nouvelle heure de manif en plein milieu de la rue de la Liberé et de sa surenchère consumériste.

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Alors certes on s’est contenté·es de déambuler à une centaine au milieu des consommateur·ices interloqué·es ou effrayé·es, en criant les slogans habituels et en tractant. C’était pas le Grand soir, mais c’est quand même un petit camouflet pour ceux qui, à coup d’arrêtés préfectoraux, veulent réduire nos vies et nos villes au tryptique « travaille, consomme et ferme ta gueule ».

On retiendra donc surtout deux choses de cette manif. D’abord que, même quand les orgas s’embrouillent et pour certaines sabotent par leur passivité l’appel à manifester, il y a du monde et de la détermination dans la rue. La colère contre ce gouvernement et le monde qu’il tente de nous imposer est plus forte que jamais, et elle continue de grandir !
Ensuite, qu’avec un minimum d’inventivité on peut éviter de tomber dans les pièges classiques du maintien de l’ordre. Ce samedi on a su tirer des leçons des manifs précédentes : la prochaine fois faisons de même, faisons mieux !

Quelques manifestants
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Crédits photos : VOLTé



Notes

[1« Le cortège de tête. Kesako, « le cortège de tête ? ». Des manifestants, fatigués de piétiner sagement derrière les banderoles syndicales, qui préfèrent bader en liberté, non loin des cagoulés, devant, derrière, autour. En quelques années, depuis la loi travail, les syndicats se sont, en effet, laissés déposséder de la tête de manif. De cortège en cortège, les rangs syndicaux se clairsèment, tandis que s’étoffe le cortège de tête. Si confiscation il y a, elle dure depuis quelques années. » https://www.liberation.fr/debats/2018/05/06/nous-sommes-tous-le-cortege-de-tete_1648218

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