Témoignage suite à une consultation préalable à une demande de stérilisation à visée contraceptive

Depuis 2001, la stérilisation à visée contraceptive est légale en France, pour un système reproductif
féminin ou masculin. Oui mais...
Un court témoignage dijonnais écrit sur le vif suite à une consultation préalable à une demande de stérilisation à visée contraceptive.

Depuis 2001, la stérilisation à visée contraceptive est légale en France, pour un système reproductif
féminin ou masculin.

J’ai bientôt la trentaine, je n’ai jamais voulu d’enfants, et je pense depuis longtemps à cette méthode de contraception définitive. Je me renseigne donc sur internet sur les sites du gouvernement, je lis soigneusement la brochure en ligne et je décide de prendre un premier rendez-vous.
Déjà, vu les délais d’attente pour une consultation gynéco, tu vas généralement vers lea gynéco qui a moins de 6 mois d’attente. De plus je connais mal la ville et ne suis pas au courant des « réputations » de chacunE.
J’appelle donc au secrétariat, je précise bien ma requête et demande si la doctoresse accepte ce type de consultations, on me répond « oui bien sûr » ; très bien.
Rendez-vous pris pour dans quelques mois, il ne me reste plus qu’à être patiente. Pendant ce temps, j’en parle avec quelques personnes proches qui me disent toutes qu’à mon âge, je vais me faire rembarrer. Pourtant, si je fais cette démarche c’est que j’y ai réfléchi, j’ai plusieurs arguments qui sont forcément valables dans le cadre où ils concernent mon corps et que ce sont les miens.
À force de discuter avec différentes personnes je me dis qu’il faut peut-être que je note mes raisons puis je me dis que merde non, si on me pose des questions j’y répondrai naturellement sans tentative de manipulation ou de construction d’un argumentaire en trois parties, après tout on parle de mon utérus non ?

Finalement le jour du rendez-vous arrive. Le secrétariat m’avait prévenu que c’était un rendez-vous « double », j’imagine que c’est pour discuter un peu longuement, que la prise de décision de la gynéco se fait au cas par cas et que pour cela iel à plusieurs questions à poser ; naïveté.
Je m’assois en face de la personne qui me reçoit. Les premières questions sont classiques, en gros mon âge et si j’ai des enfants. Rien d’autre. Je pense qu’il se passe environ 2 ou 3 minutes avant qu’on ne me dise « moi je ne ferai pas cette intervention sur vous, laissez-moi vous expliquer pourquoi ». Le pourquoi ça n’est pas un argumentaire fondé sur mon cas en particulier vu qu’à part mon âge et le fait que je n’ai pas d’enfants elle ne m’a posé AUCUNE question. Elle me sert donc ses 3 arguments qui doivent être les mêmes pour toutes ses patientes qui viennent pour cela.
Premièrement le risque de l’intervention, eh oui, une anesthésie et une célioscopie ça à des risques. Je lui dis que j’en suis bien consciente, le risque 0 n’existe pas, nulle part, jamais. « Mais si ça saigne il faudra vous faire une cicatrice énorme et moi une fois ma patiente a eu une hémorragie et elle est morte ». Essayerait-elle de me faire peur ? Noooon…. Je me demande si elle dit la même chose à ses patientes qui veulent un enfant ? Non parce que jamais aucune femme n’est morte en donnant naissance hein.
J’en profite pour lui dire que j’ai lu la brochure en ligne de solidarites-sante.gouv où on y parle des micro-implants, technique faite sur une personne vigile [1] (en opposition à l’anesthésie générale). Elle m’informe que ça fait 2-3 ans que ça ne se fait plus, le taux d’intoxication aux métaux lourds étant trop élevé et que trop de plaintes ont été reçu ; sans déconner ! La brochure qui est donc censée t’informer n’est tout simplement pas à jour, après vérification elle date effectivement de 2007 et c’est le premier document sur lequel tu tombes en cherchant en ligne.
Le deuxième argument est le suivant « en vieillissant vous aurez peut-être des soucis hormonaux et du coup il faudra prendre des œstrogènes donc c’est bête de faire une stérilisation définitive si de toute façon vous devrez peut-être prendre des hormones ». Ah wai celui-là je m’y attendais pas. On est un peu sur du niveau « te fais pas une coloration ça se trouve dans 20 ans tu seras chauve ». Elle m’avoue que c’est l’argument qu’elle sert aux personnes plus âgées, sûrement celles avec qui l’argument « vous changerez peut-être d’avis » ne marche plus trop.
Le troisième je ne m’en souviens plus vraiment, je crois que c’était que les ligatures ne sont pas efficaces à 100% et que des grossesses tubaires sont possibles. Je lui dis qu’avec un stérilet les grossesses extra utérine sont possibles et lui demande des statistiques, elle n’en a aucune idée. D’après l’internet le risque suite à une ligature serait de moins d’un pour cent, dans le cas du stérilet le pourcentage est compliqué à avoir le lien entre la grossesse extra utérine et le DIU (dispositif intra utérin) étant difficile à établir.
Elle finit par me dire que mon stérilet est un bon moyen de contraception. J’essaye en vain de lui expliquer que je ne lui fait pas confiance et que malgré ce DIU, je continue à faire très fréquemment des tests de grossesse. Pour moi c’est une angoisse réelle qui a l’air de la faire rire, je n’insiste pas.

Dans le tas de merde qu’elle a pu me dire mes favorites restent « le plus simple est que votre conjoint fasse une vasectomie ». Je ne manquerai pas d’en informer mon conjoint inexistant (car à aucun moment elle ne m’a demandé si j’étais en couple) et je ne manquerai pas non plus de l’imposer à toutes les personnes produisant des spermatozoïdes avec qui j’envisagerai d’avoir un rapport sexuel ; la spontanéité de l’acte risque d’être un poil entachée…
Et aussi bien sûr le classique « mais si vous changez d’avis, vous êtes encore jeune ».

Alors voilà, l’entretien qui a duré de serrage de main à serrage de main pas plus de 25 minutes s’est terminé avec quand même le nom d’une autre personne qui peut-être « accéderait à ma requête » et aussi le sous-entendu qu’il ne faut pas se leurrer, à mon âge et sans enfants personne ne le ferait dans cette ville.

Donc bon, ma conclusion ne va pas vous surprendre, ça n’est toujours pas la femme qui décide de ce qu’elle veut faire de son corps mais tout le reste de la société qui pourrait pourtant bien la fermer, la vie de mon utérus ne concerne personne d’autre que moi.

Anonyme, juillet 2019



Notes

[1Personne consciente et éveillée, mais sous sédatif pour ne pas ressentir la douleur

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