Ibrahima est mort

Dur de poser une réaction à chaud et pourtant quasiment tous les médias le font. Twitter déborde de messages dégueulasses à l’encontre d’Ibrahima, mort dimanche 6 octobre à Villiers-le-Bel, alors qu’il fuyait la police.

Son tort pour ces acharnés du tweet ? Malgrè des circonstances pas vraiment définies, ce serait d’avoir voulu éviter les flics en conduisant une moto volée. Presque tant mieux pour eux qu’il ait perdu la vie contre un poteau. Savaient-ils que la moto était volée ? A-t-il été contraint à cette issue ? Peu importe, l’essentiel c’est l’immédiateté, c’est cracher sur un cadavre pour faire des likes.

Beaucoup de journaux rappellent que c’est dans la même ville de Villiers-le-Bel qu’il y a 12 ans bientôt des flics percutaient Laramy et Mohsin qui circulaient à moto, et provoquaient leur mort par la même occasion. Leur crime était de rouler sans casque et de ne pas avoir obtempérer au fameux contrôle.

Si nous voulons être réalistes, ces évènement doivent nous amener à affirmer que le contrôle de routine en cité quand on est noir ou arabe est la plus part du temps un acte d’humiliation. Si on veut l’être jusqu’au bout on peut même affirmer que bons nombres de contrôles de noirs ou d’arabes se sont finis par des passages à tabac ou des assassinats. Si on veut affirmer des choses on peut réaffirmer que la police française est raciste, que c’est son fonctionnement.

Une fois qu’on aura affirmé tout ça, on ne se demandera plus pourquoi, quand on est noir ou arabe en France, on peut vouloir éviter ces fameux contrôles. Les jeunes ont assimilé le danger que représentait ces contrôles, le danger que représentait la police. Alors quand on a fait une connerie d’ado on les fuit, déjà que bien souvent quand on a rien fait il est préférable de les fuir, parce qu’aux insultes peuvent succéder ou la GAV [1] pour un outrage inventé, des coups ou des pénétrations de matraques, ou des étranglements, ou des assassinats c’est un risque. Il vaut mieux les fuir aussi parce que si ça se passe mal, clairement personne n’a envie de prendre ta plainte. Il suffit de voir les suites des enquêtes IGPN, ou les rares procès des flics, pour comprendre que ces bâtards ont carte blanche.

Ça fait des décennies que les habitants des cités françaises ont un gilet jaune, ils sont marqués, ciblés et les gouvernements ne les entendent pas. On nous vend du luxe sans nous donner les moyens de le toucher, et on nous reprochera d’essayer de s’en procurer. Peu de tweets ou d’articles pour rappeler que Chirac a piqué sur l’ensemble de sa vie pour lui et son parti des milliards, mais tous aujourd’hui mentionnent que la moto était volée ! Rendez vous compte une moto volée…

Si nous ne savons pas quelles sont les circonstances exactes de ce drame, nous affirmons que la police, les inégalités devant la justice, les inégalités dans le traitement médiatique, les inégalités dans le système scolaire et toutes celles que font vivre le racisme d’État sont de toute évidence responsables et à l’origine de celui-ci.

Une pensée à la famille d’Ibrahima, à ses amis, à ses proches.

JPEG - 96 ko


Notes

[1Garde À Vue

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

Articles de la même thématique : Crimes policiers

Vers une abolition de la police ?

Le mouvement international contre le racisme et la violence de la police a révélé l’existence de quelques organisations aux États-Unis dont l’objectif est d’abolir la police. C’est le moment de s’y pencher de plus près et de s’en inspirer.

Abolir la police

Presque une quinzaine de personnes ont été tuées lors d’« interventions policières » depuis le début du confinement. Une quinzaine de noms qui viennent s’ajouter à la liste interminable des victimes de crimes policiers, aux côtés de Zyed et Bouna en 2005, Wissam el Yamni et Amin Bentounsi en 2012, Rémi Fraisse en 2014, Adama Traoré et Mehdi (à Lyon) en 2016, Zineb Redouane en 2018, Steve Maia Caniço en 2019. Sans parler de tous ceux qui n’ont pas fait la une. Une vingtaine par an si on veut s’adonner à un décompte macabre.