Ensemble, nous pouvons faire bouger les lignes pour que cette guerre cesse



Dijoncter publie le texte de la prise de parole d’un militant du Mouvement de la paix de Dijon-Côte d’Or le 4 novembre dernier à l’occasion du rassemblement de soutien à la Palestine

Je m’exprime ce jour au nom du Mouvement de la paix de Dijon-Côte d’Or avec quelques réflexions personnelles tirées de mon travail sur cette région en tant qu’enseignant-chercheur à l’Université de Bourgogne.

Nous sommes ici avec d’autres pour alerter nos dirigeants et l’opinion publique : il est plus que temps d’imposer un cessez le feu, de dire STOP à la guerre, Halte au massacre à Gaza. Ce n’est pas d’une simple trêve humanitaire dont les Palestiniens ont besoin, ni d’une conférence humanitaire proposée par Emmanuel Macron dont l’ambition se résume à ne pas déplaire à Benjamin Netanyahu et à transformer la question politique des droits du peuple palestinien en simple question humanitaire. Ensemble, nous pouvons faire bouger les lignes pour que cette guerre cesse.

Au moment où nous nous exprimons ce samedi 4 novembre, presque un mois après le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza en riposte à l’attaque surprise et de grande ampleur du Hamas, le 7 octobre dernier, qui a causé la mort de 1430 israéliens et conduit à 230 otages, -autant de crimes de guerre- ce sont 9488 morts gazaouis recensés (et confirmés par l’ONU) dont plus de 3900 enfants et des milliers de blessés soignés dans des conditions inadmissibles et inhumaines -qui sont aussi des crimes de guerre-, des destructions terribles aux conséquences encore non évaluables mais dont on sait que ce territoire ne pourra jamais se remettre et revenir à une forme de normalité, si tant est qu’un jour Gaza ait connu une situation normale.

La ville de Gaza est maintenant encerclée par l’Israel Defense Forces, l’invasion terrestre est comsomée depuis plusieurs jours sans que les Nations Unis aient été en mesure de freiner cette guerre, ni même être en capacité de prendre une série de sanctions, comme elle est capable de le faire dans d’autres circonstances. Cela ne peut plus durer. Stop à la guerre à Gaza comme l’a suggéré courageusement Ione Belarra, ministre espagnole des droits sociaux, en précisant « Agissez. Prenez vos responsabilités. Ne nous rendez pas complices du génocide israélien dans la bande de Gaza ! »

La violence meurtrière d’Israël est aussi observable en Cisjordanie où militaires et colons israéliens poursuivent leur oeuvre de destruction mortifère, à bas bruits, avec une redoutable efficacité d’autant que les regards sont tournés vers Gaza : 145 morts depuis le 7 oct (et plus de 200 autres depuis le 1er janvier 2023) et 1000 prisonniers, des otages devrait on dire. La destruction du Hamas est-il ici l’objectif poursuivi en Cisjordanie ?. Un haut gradé israélien a même laissé entendre que les opérations en Cisjordanie allaient s’intensifier dans les jours à venir.

Qui peut encore aujourd’hui prétendre et assumer que cette déferlante de violence militaire et coloniale ne vise pas, non simplement à éliminer le Hamas de la scène politique et de la résistance palestinienne, (où est le Hamas en Cisjordanie ?), mais à poursuivre une opération de nettoyage ethnique et/ou de génocide (le terme est désormais prononcé au sein des Nations Unis et par de nombreux israéliens) visant à expulser les Palestiniens des territoires occupés, opération qui a en réalité commencé dés 1948 avec la Nakba, s’est poursuive en 1967, puis lors des deux intifadas (87 et 2002-2005) comme le soutiennent plusieurs historiens tels que Ilan Pape ou Normam Finkelstein qui parlent de génocide incrémental.

Car la réalité est là, présente sous nos yeux à grand renfort d’infos en continue souvent d’ailleurs instrumentalisées, il ne s’agit pas comme la présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet le 22 octobre, l’a dit "Il y a un attaquant et des attaqués" et qu’Israël à le "droit de se défendre", il s’agit d’une guerre totalement asymétrique, d’une vengeance, d’une opération militaire disproportionnée d’une violence inouïe, déshumanisante (ce sont des "animaux humains", ce sont des terroristes -termes utilisés par des ministres israéliens) pour mieux s’assurer du soutien de la communauté internationale, si peu encline à reprocher quelque chose à Israël en "temps normal".

Je ne peux ici revenir sur le contexte historique plus large et pourtant c’est lui qui conditionne la compréhension des événements survenus depuis le 7 octobre, qui ne les justifie pas pour autant, mais donne à les lire dans leur profondeur historique. Cet effort est toujours rapidement balayé d’un revers de la main par nombre de journalistes (regardez la vidéo de l’humoriste égyptien interrogé par un journaliste américain- elle est révélatrice), par de soi-disant experts, de soi-disant philosophes voire par une classe politique française -à de rares exceptions près- qui affichent au contraire un soutien sans aucun scrupule à l’Etat d’Israël.

L’horreur vécue et vue par le plus grand nombre (on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas) doit servir ici d’abord à montrer à nos dirigeants que ce n’est pas eux qui décident qui il convient de soutenir, qui peut être critiqué ou non, qui est le bon et qui est le méchant, et que surtout ce soutien à la paix et au cessez le feu n’est qu’un acte d’humanité et ne peut en aucun cas servir de prétexte pour ici interdire de manifester (Paris) ou là un prétexte à arrestation (Strasbourg). La situation en France s’est certes améliorée mais ce n’est pas encore un long fleuve tranquille.

Cette situation horrible subie par les Palestiniens, tous les Palestiniens, provient d’un invisibilisation ancienne qui a été au fondement de leur histoire. Elle vient du slogan des débuts du sionisme : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », ce que Golda Meir traduira un peu plus tard par : "Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas", formule reprise par un des ministres de Benjamin Netanyahu lors d’une prise de parole... en France il y a quelques mois "(les Palestiniens ne sont pas un peuple") et qui n’a pas suscité me semble-t’il beaucoup de commentaires à l’époque. Deux poids, deux mesures ???

C’est cette grille de lecture qui doit aussi cesser, car elle pose problème en France et en Occident quand en suivant le chercheur Gilbert Achcar, « en dehors du monde occidental, on ne voit pas les Israéliens – je ne parle pas des juifs en général, mais bien des Israéliens – comme des héros ou des victimes, mais comme des colons, protagonistes d’un colonialisme de peuplement ».
Cette déferlante de violences, d’horreurs et de morts des deux côtés, commence à avoir des conséquences plus larges, au Nord d’Israël avec les prémices d’un autre front engagé par le Hezbollah en soutien de Gaza. Ou avec le déploiement de forces militaires nord-américaines en Méditerranée ? Les risques d’une escalade meurtrière dans cette région sont réels et doivent être jugulés par une déferlante toute aussi grande des opinions publiques, notamment en France (plus de 50 rassemblements ce jour) pour que notre pays retrouve la singularité de sa parole à l’endroit des Palestiniens et Israël, à l’endroit du monde arabe, du monde tout court.

Cette parole pourrait alors prendre la forme de quelques propositions empruntées pour partie à Craig Mokhiber, directeur démissionnaire du bureau de New York du Haut commissariat aux Nations Unies, qui dans une lettre parue il y a quelques jours, synthétise assez bien les paramètres pertinents que l’ONU pourrait mettre en avant et qu’ici, à notre niveau, nous pouvons adapter :

- demander un cessez le feu immédiat à l’assemblée générale des Nations Unies assortie d’une exigence d’aide humanitaire toute aussi immédiate et d’ampleur. La France doit être à l’offensive sur ce point et ne pas tergiverser bien au-delà d’un conférence humanitaire dont on sait que sans l’accord d’Israël et des USA, rien ne sera opérationnel ;
- demander une force d’interposition des Nations Unies pour protéger les populations civiles ;
- demander la libération des otages civils israéliens et des prisonniers administratifs palestiniens qui sont aussi des otages ;
- cesser de recourir au paradigme désormais dépassé des accords d’Oslo et revenir au droit international intégral à savoir la fin de toute colonisation, de toute occupation et de toute politique d’apartheid comme le stipule la résolution 2334 du Conseil des Nations Unies de décembre 2016 qui sans être parfaite, forme une base juridique en vue de négociations à venir ;
- pour y parvenir, suspendre tout accord de coopération avec Israël (l’Union Européenne peut le faire), suspendre toute coopération militaire et engager un embargo sur les ventes d’armes (n’est pas le Général de Gaulle qui veut) ;
- pour y parvenir aussi, amplifier la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) de sorte qu’Israël cesse sa politique d’occupation et de colonisation (pour rappel : le BDS est désormais sans entrave en France depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 23 oct dernier) ;
- demander l’application du droit au retour des réfugiés palestiniens et/ou leur octroyer des compensations comme prévu par les résolutions pertinentes ;
- Enfin engager une procédure de vérité et de justice, sorte de justice transitionnelle, en utilisant pleinement les décennies d’enquêtes, de recherches et de rapports accumulés par l’ONU, afin de documenter la vérité et garantir la responsabilité de tous les criminels, la justice pour toutes les victimes et la réparation des injustices avérées.

Devant ce massacre à grande échelle sous les yeux du monde entier, nous ne pouvons plus nous taire et on ne nous fera pas taire, il n’est plus possible de dire je ne sais pas car nous avons une responsabilité politique essentielle qui articule notre humanité partagée et à notre profond désir de paix et de justice pour DIRE Stop à la guerre et pour un cessez le feu immédiat.

Il est encore temps pour éviter l’irreversible, pour éviter qu’un génocide se déroule sous nos yeux, c’est de notre force commune et de notre humanité en solidarité que peuvent venir les lumières de l’espoir pour les Palestiniens.



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