Juin 2018

Au sommaire : De vintimille à Londres, retour sur la marche pour les migrant·es / Il n’y a pas de crise en Grèce

La Chronique Mistoufle au mur reprend des articles qui sont paru dans un journal mural dijonnais du même nom. Le journal relaie une information et une expression libertaire chaque mois, sur les murs de la ville.


«  Le droit d’avoir des droits » Hannah Arendt (1906-1975)

De Vintimille à Londres

Le 16 mai 2018, au retour de la marche solidaire pour les migrants,
Comment expliquer cette marche et ce qu’il s’y vit ? Je ressens le besoin de poser sur le papier un petit bout de ce que j’ai vécu, un rapide retour, le ressenti d’un marcheur parmi les autres.

Beau relais solidaire, certains partent, d’autres viennent... nous sommes accueillis tous les soirs par les assos ou collectifs locaux qui œuvrent pour l’accueil des migrants ; repas partagés, chants, concerts... beaucoup se mobilisent aux arrivées des différentes étapes. Marcheurs de longue durée, marcheurs d’une journée, bénévoles locaux, hébergeurs citoyens,... cette marche est une réussite du fait des investissements de chacun. Tous sont là pour la même raison : protester contre la politique migratoire actuelle, le déni d’humanité à l’encontre des migrants. […]

L’Auberge des migrants, l’association à l’initiative de la marche explique son action et le quotidien à Calais... la situation est absurde, révoltante. Pas le droit de s’installer... duvets et tentes déchirés, biens personnels confisqués ou détruits, “chassés au gaz lacrymo comme on chasse des moustiques”, épuisement physique et moral. Qui sait qu’aujourd’hui la France torture ces femmes et ces hommes ? En plus de payer pour que le sale boulot soit fait ailleurs, comme en Turquie, en Libye où les migrants sont enfermés, réduits en esclavage, frappés, abusés... cela fonctionne dira-t-on, il nous en arrive moins depuis. C’est incompréhensible, ce ne sont pas des raisons financières pour une fois, l’accueil coûte beaucoup moins cher que la surveillance et la “sécurisation” des frontières, la mise en rétention et le renvoi… Où est passée notre humanité ?

Certains agissent malgré la menace du délit de solidarité, y donnent tout leur temps, toute leur âme. Je suis impressionné. […] Ce soir, SOS Méditerranée, une association qui intervient en mer pour secourir des migrants, témoigne. Nous écoutons des parcours de vie de femmes, d’hommes qui ont tout perdu. Certains ont vécu l’horreur... à l’écoute de ces histoires, les larmes coulent sur mes joues sans prévenir. Tant de vies brisées... et quand on connaît l’accueil qui leur est réservé chez nous, pays “développé”, France des droits de l’homme et de la femme... mon cul. […] J’ai un nœud dans le ventre... j’ai envie d’hurler. Je pleure.

Comment re humaniser tout ceux qui ont été ignorés,... lentement déshumanisés depuis qu’ils ont quitté leur vie d’avant ? Ils ne viennent pas pour toucher des allocations non... ce sont des enfants, des femmes, des hommes qui n’ont rien ou qui ont tout perdu, et leur avenir avec. “La mer ne me fait pas peur, partout j’irai, je n’ai plus peur de rien... je suis déjà mort.”

Et à côté de ces réalités révoltantes, nous passons une soirée enjouée. À l’image de cette marche. C’est lourd, ça remue... et en même temps c’est beau ; une démarche bienveillante, non violente, festive. Ce soir, nous faisons un foot, un basket, le gymnase où nous sommes accueillis s’y prête bien. Des enfants sont venus avec leurs parents, nous jouons avec eux. Nous avons le sourire, nous rigolons, ça fait du bien de voir de la vie, de la joie, un peu de folie... nous évacuons le trop-plein d’émotions. La soirée s’achève dans le vestiaire des douches où Émilien était allé tester l’acoustique avec son saxophone... je l’accompagne pour le rythme sur un djembé-poubelle improvisé. Air endiablé, les autres dansent, frappent dans leurs mains, nous sommes une 20taine dans les douches...

Demain la marche repart.

Gabriel


«  Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire, car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. » Henry Ford (1863-1947)

Il n’y a pas de crise en Grèce

De retour de Grèce et de Crète, un camarade nous a donné son ressenti : Il n’y a pas de crise en Grèce.

Pas de crise , pour le patronat petit et gros, qui continue sans relâche à exploiter les prolétaires grecs, affichant son obscène richesse volée comme partout dans le monde dans une lutte des classe qui ne dit pas son nom.

Pas de crise, pour les touristes à qui le pays entier est dévoué corps et âme à leurs activités destructrices. Des cohortes d’imbéciles se vautrant dans leur médiocrité immonde, spolient la richesse du pays. Ici, plus d’eau courante pour les habitants ? L’herbe du golf est verdoyante, sous les pas de puants capitalistes venus dépenser leurs sous, pensant que la richesse peut tout acheter.

Pas de crise pour les flics, déployant leur brutalité sur l’ensemble du mouvement social, preuve que, dictature ou démocratie bourgeoise, rien n’a vraiment changé.

Pas de crise pour la justice de classe, qui condamne de ses petits bras celleux qui ont décidé de relever la tête face aux capitalistes qui ont juré de mettre le prolétariat à genoux, exemple brutal de ce qui viendra chez nous, si la solidarité internationale et la lutte révolutionnaire ne repartent pas de plus belle.

Pas de crise, pour les fascistes en tout genre, parlementaires ou de rues, n’ayant pas la force d’affronter de face l’antifascisme grec. Les fascistes ont été chassés d’Exarcheia, de Crète, et voilà qu’ils s’attaquent et éborgnent des immigré.e.s.

Pas de crise, pour leurs jumeaux de Syrisa pantins ridicules qui appliquent une austérité effroyable. Syrisa et aube dorée sont les deux faces d’une même médaille, celle du capitalisme qui n’a et n’aura jamais de visage humain.

Pas de crise pour les médias aux bottes du patronat et de son bras armé l’état, qui trouvent dans le mouvement social, le moyen d’enfin déverser la diarrhée réactionnaire qui remplit les journaleux.

Pas de crise pour la mafia, réplique identique du patronat, qui déverse violence et brutalité en exploitant la misère humaine de celleux qui sont tombés dans ses filets.

Pas de crise pour les intellectuels auto proclamés, qui ont trouvé dans l’enfer Grec l’occasion de nous imposer leur rhétorique masturbatoire.

La crise touche et détruit toutes celles et ceux qui sont né.e.s dans la classe des exploité.e.s.

Les nihilistes ne sont pas celleux qu’on croit, ce sont celleux qui nous exploitent.

Pas de guerres entre les peuples, pas de paix entre les classes.

Charlienite


P.-S.

Journal apériodique où paraissent des infos, actualités et réflexions sur ce qu’il se passe dans nos villes, dans nos vies. En référence au journal « Mistoufe » apparu en 1893 à Dijon, puis ré apparu en « Mistoufle » entre 1989 et 2016, et qui attendait la suite...

MISTOUFLE, subs. Fém.

  • Arg. et pop. Gêne, misère,
    pauvreté. Synon. Mouise. (CNRTL)