« Pas besoin de smartphone pour nous réapproprier notre histoire. » Le collectif « Il est temps » nous parle de son hold-up historique

Depuis quelques semaines, de sibyllins autocollants fleurissent sur les murs de la ville. On est allé demander au mystérieux collectif « Il est temps » de nous expliquer quel genre de hold-up se trame pour le samedi 22 septembre.

Est-ce que vous pouvez nous présenter votre collectif ?

Claude : On est maintenant une vingtaine de personnes aux profils assez divers, surtout curieux d’histoire, de jeux et d’organisation collective. Le collectif s’est monté spécifiquement pour le hold-up, au gré des groupes d’ami·es de chacun, des rencontres et des affinités. Pourquoi « Il est temps » et pourquoi un hold-up ? Parce qu’il est temps de s’y mettre ! S’y mettre à se réapproprier son histoire, s’organiser pour jouer... Et puis, pour délivrer l’histoire détenue par les puissants, il faut au moins un hold-up...!

D’où vous vient l’idée d’organiser un évènement autour de l’histoire de Dijon ?

Dominique : Moi l’idée c’était que les gens ne connaissent pas l’histoire parce qu’elle est racontée par l’État, parce que c’est un roman national, qui sert le nationalisme. Elle est construite par les puissants, les vainqueurs. À Dijon, si on demande aux gens ce qu’ils connaissent de l’histoire bourguignonne, les ducs prennent presque toute la place. L’idée c’était de rappeler que l’histoire de Dijon n’est pas seulement bourgeoise, qu’elle est aussi marquée par des insurrections, et que les soulèvements actuels se situent dans cette lignée. Le statut de ville bourgeoise de Dijon a été construit a posteriori.
C. : La première étape ça a été de chercher à se rencontrer entre personnes susceptibles d’être intéressées par ce projet. En juillet, on a proposé un atelier d’histoire populaire dans une librairie du centre. Concrètement on a invité les gens à venir raconter des anecdotes sur l’histoire populaire de Dijon. Ça prenait déjà la forme d’un jeu, avec des thèmes écrits sur des bouts de papier et placés sur une cible pour les tirer au sort.

Et ça a marché ? vous avez rencontré de nouvelles personnes ?

D : Oui, ça a notamment été l’occasion de rencontrer des historiens de la fac, et de collecter des histoires. On a fini par constituer ce collectif large, avec des gens de pleins d’horizons.
C : Ça a été rendu possible par le format de l’évènement. Le fait de passer par le jeu rend les choses plus accessibles.
D : Oui et le fait qu’il n’y ai pas de mode d’emploi. C’est de l’éducation populaire en fait, on s’apprend les choses entre nous, on apprend à faire les choses ensemble. Aucun de nous n’avait fait quelque
chose comme ça avant.
C : Le 4 juillet il y avait juste une sorte de consigne : amener une histoire à raconter, et on a bricolé une cible pour donner sa forme au jeu. Quel que soit le résultat samedi, le processus en soi est déjà enrichissant par ces rencontres, par cette manière de se réapproprier collectivement l’histoire.

On voit que c’est important pour vous le format jeu.

D : Dans nos activités politiques, sur les piquet grèves, ou à la fac on voit certaines personnes, là on voulait en rencontrer de nouvelles en s’adressant à elles par le jeu. Le jeu attire les gens, c’est plus facile de les faire venir à un jeu qu’à une AG (rire).
C : Ca permet aussi que les gens soient plus actifs, qu’ils aient des interactions. Là ils ne peuvent pas rester spectateurs, ils vont devoir s’impliquer, résoudre des énigmes, des petits défis.

C’est une démarche un peu situationniste.

D : Oui, enfin on est surtout influencés par le théâtre action. On ne veut pas de gens qui consoment le jeu, on veut plutôt que ca soit un prétexte à la rencontre. Une autre chose qui est importante pour nous c’est que le jeu en lui même ne soit pas déclaré, qu’on ai pas à demander une autorisation pour se réappropier notre histoire. On veut aussi montrer à la municipalité qu’on peut faire ce genre de jeu sans demander aux gens d’être équipés d’un smartphone, comme pour l’escape game qui a eu lieu samedi dernier en centre-ville avec la bénédiction de la mairie.

C’est quoi vos perspectives ? Vous avez déjà d’autres projets ?

D : On verra comment ca se passe samedi. Ensuite on vera ce que le collectif a envie de faire.
Mais on aimerait à minima pouvoir faire part de cette expérience à des gens d’autres villes pour diffuser ce genre de pratiques.

Rendez-vous samedi 22 septembre à 14h place Wilson !