Le cofondateur de Lesbians and Gays Support the Miners raconte



En 1984, Mike Jackson participe à la création de Lesbians and Gays Support the Miners, un groupe de solidarité destiné à aider les mineurs dans leur lutte contre la fermeture des mines britanniques. Quatre décennies plus tard, Mike parle de l’organisation et de la solidarité avec les mineurs.

1984. La Commission nationale du charbon, soutenue par le gouvernement de Margaret Thatcher, propose de fermer une vingtaine de mines sur le territoire britannique. La Première ministre néolibérale entend faire d’une pierre deux coups : mettre fin à une industrie en partie déficitaire et détruire le mouvement syndical ouvrier en particulier et le socialisme en général. Mais les mineurs ne se laissent pas faire. La grève, longue d’un an, gagne l’ensemble des travailleurs. Peu à peu, les soutiens affluent et, parmi ceux-là, celui de la toute jeune organisation Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM). L’année suivante, c’est au tour des syndicats de mineurs de défendre les premières Prides organisée au Royaume-Uni. Le film Pride, réalisé par Matthew Warchus, a ressuscité cet épisode en 2014. Mike Jackson, l’un des membres fondateurs de LGSM, est revenu sur cette histoire dans un entretien récemment paru dans la revue britannique Tribune, que la revue Ballast traduit.

J’ai été surpris de lire dans un recueil d’entretiens avec des membres du LGSM et des habitants du Dulais, sorti en 2017, à la suite du film Pride, que vous estimiez que le gouvernement de l’époque [le deuxième formé par Theresa May, ndlr] était pire que le thatchérisme. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez ressenti — ou ressentez — ça ?

Thatcher était un monstre. Mais c’était le premier monstre. Elle a été la première personne au monde, malgré la dictature de son ami le général Pinochet, à véritablement mettre en œuvre le néolibéralisme : je la détesterai toujours pour ça. Elle a anéanti de nombreux acquis importants — l’État providence et, plus généralement, le soutien à la classe ouvrière. Au fil des générations, de nombreux Tories [conservateurs] ont pris le relais. Il est amusant de constater que tout ce mouvement contre la régulation et pour la réduction de l’État ne concerne jamais les syndicats, qui sont au contraire soumis à de nombreuses réglementations restrictives. Où est donc ce libre marché, si le facteur travail, qui est essentiel à tout produit ou service, n’en fait pas partie ? C’est un non-sens. Mais aujourd’hui, même comparé à 2017, nous avons un gouvernement hors de contrôle. Ce sont des menteurs éhontés. Auparavant, les gens auraient au moins démissionné s’ils avaient été reconnus coupables des délits que cette clique commet quotidiennement. Mais il n’en ont rien à faire. Ils ne se soucient pas de la démocratie.

La faculté du gouvernement actuel à se montrer aussi négligent à l’égard du processus démocratique résulte-t-elle de la faiblesse de l’opposition, en particulier lorsqu’il s’agit de soutenir l’organisation des travailleurs, comme nous l’avons vu il y a peu ?

C’est scandaleux. Nous avons cette coquille vide d’un Parti travailliste qui ne fait rien. Je veux dire, ce bon vieux RMT [National Union of Rail, Maritime and Transport Workers : syndicat des travailleurs du ferroviaire, des transports et du maritime, ndlr] s’est battu malgré tout. Mais le Parti travailliste a toujours été un peu bancal. On dit que le Parti travailliste fut un produit du mouvement syndical mais ça n’est pas tout à fait vrai. Il était un produit à la fois du mouvement ouvrier et des Whigs Cette ligne de fracture a toujours été critique au sein du Parti travailliste, et semble actuellement le mener à sa perte. Parce qu’à quoi sert-il, maintenant ? Il essaye juste de battre les Tories.

Certains ont fait remarqué que le film Pride a minimisé les éléments les plus explicitement politiques du LGSM, comme l’implication de Mark Ashton dans le Parti communiste. Cette omission était-elle nécessaire pour faire connaître l’histoire ?

Au regard de l’hostilité du marché américain envers le communisme, oui. Les jaquettes américaines du DVD Pride ont en réalité masqué les éléments lesbiens et gays du film. Une absurdité. Il était seulement question d’un « groupe d’activistes » soutenant les mineurs. Lorsque nous avons créé le groupe, toutes les différentes factions de gauche roulaient des mécaniques dans leur coin, mais ça n’a pas duré. Nous avons arrangé les choses. Peu importe où exactement vous vous trouviez à gauche, nous pensions tous que ce que nous faisions était formidable. C’est peut-être cette première visite au pays de Galles en octobre 1984 qui été véritablement déterminante.



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