Qui terrorise qui ?

Mardi 8 décembre, 9 personnes à travers la France ont été les cibles d’une opération antiterroriste visant « l’ultra-gauche ». C’est une démonstration de force pour la DGSI : fourgons banalisés, cagoules, armes à feu, boucliers pare-balle. Prise de parole du Comité Rennais de Soutien aux InculpéEs du 8 décembre lors du rassemblement rennais du samedi 19 décembre contre les lois liberticides.

Je prend la parole devant vous aujourd’hui en tant que membre du Comité Rennais de soutien aux inculpéEs du 8 décembre.

Mardi 8 décembre, 9 personnes ont été interpelées par la DGSI, police anti-terroriste, à travers la France. A Toulouse, en Dordogne, en région parisienne, en Bretagne et à Rennes, pour « asociation de malfaiteurs en vue d’actes terroristes ». Deux personnes ont été libérées, 2 autres sont sous contrôle judiciaire et 5 personnes sont aujourd’hui en DP (détention provisoire) en l’attente de leur procès.

Notre camarade de Rennes est aujourd’hui enfermée à Fleury-Mérogis et elle n’a le droit à aucun contact avec l’extérieur. Son arrestation a été plus que spectaculaire : fourgons banalisés, cagoules, armes à feu, boucliers par balle... La porte, ouverte, a été défoncée. Sa chambre retournée, son lit cassé. Ils lui ont mi une cagoule sur la tête en l’embarquant dans leur fourgon et l’ont emmenée ainsi jusqu’à Paris. Elle a passé 4 jours dans une cellule sans fenêtre, éclairée en permanence, subissant 6 heures d’interrogatoire par jour !

Nous espérons qu’elle a trouvé la force en elle pour supporter l’insupportable. Nous l’espérons aussi pour ses co-inculpés.

QUI TERRORISE QUI ?

« Association de malfaiteurs en vue d’actes terroristes », « vague projet de s’en prendre aux forces de l’ordre » et de préparer une action violente. Et pourtant... Aucun fait matériel grave n’est reproché aux 7 inculpéEs.

La spectacle médiatique autour de ces arrestations se l’avoue à lui-même. Le conditionnel va bon train. Les articles souvent odieux se voient obligés d’avouer : « aucun projet précis de passage à l’acte n’a été identifié à ce stade ». Et l’appareil judiciaire se fonde sur des rumeurs.

Acétone, eau oxygénée, engrais, acide chlorhydrique, fusil de chasse : si c’est ça vos preuves, faut vraiment qu’on nettoie nos garages !

Vous pouvez utiliser tous les mots du monde pour vous donner un air sérieux : « frères d’armes », « terroristes », « lutte armée », « groupuscule », « mouvance radicale », « organisation clandestine », ou même « commando », vous êtes sérieux ?! Sincèrement, c’est ridicule...

En face de votre conditionnel à rallonge, en face du vide auquel vous essayez de donner de la consistance, il y a 5 personnes enfermées entre 4 murs, et la prison elle est bien réelle.

Ces arrestations interviennent dans un contexte de lutte sociale contre les pratiques autoritaires de l’Etat et contre les violences policières. La colère monte, alors il faut diviser. Il faut légitimer la répression. C’est un coup de com’ politique, un spectacle médiatique, c’est une Affaire qui Tombe à Pic !

Cette campagne a deux objectifs :

1. Faire passer les policiers pour des victimes des mouvements sociaux et ainsi minimiser l’usage systématique de la violence physique de la part des forces de l’ordre.

2. Criminaliser à l’extrême toutes celles et ceux qui critiquent et s’opposent radicalement aux politiques autoritaires dans la figure grossière du terroriste, en amalgamant dans les imaginaires des personnes diamétralement opposées.

L’ultragauche, utilisée encore une fois, mot qui veut tout et ne rien dire, servant à faire peur, à diviser, à faire passer celles et ceux qui se soulèvent comme une infime minorité dangereuse contre lequel il serait légitime d’utiliser la force. L’ultragauche, sous le joug de l’antiterrorisme, c’est chercher à diaboliser la contestation sociale, les opposantEs politiques. Créer un nouvel ennemi.

NOUS NE NOUS LAISSERONS PAS ANTITERRORISER !

L’antiterrorisme est une juridiction d’exception avec une cours d’assise spécialisée, des services de renseignements spécifiques et le tout centralisé à Paris. La spécificité de l’antiterrorisme est de baser des accusations sur des intentions supposées, à caractère politique. Elle a pour but de créer une catégorie terroriste et à isoler les personnes inculpées d’une quelconque solidarité. Ils placent cette étiquette sur ce qui est pour eux opportun de réprimer, afin de les traiter comme des monstres et vider le sens politique de leur pensée. C’est une manière de désigner un ennemi intérieur, qui témoigne et participe de manière spectaculaire d’un durcissement plus général de la législation.

Aujourd’hui, QUI TERRORISE QUI ?

Ils accusent l’ultragauche de dégradation et de casse, mais ces dernières années, combien de milliers d’humiliéEs... de traumatiséEs... d’enferméEs... de mutiléEs..., de torturéEs... et de tuéEs... ?! QUI TERRORISE QUI ?!

On veut nous faire peur ! La DGSI met le paquet sur la contestation politique. On veut nous faire flipper d’aller en manif, on veut nous faire flipper de connaitre un ou une des inculpéEs du 8 décembre. On nous épie, on cherche le mot de trop, en fait on veut nous faire flipper de penser autrement. J’suis désoléE, mais c’est mort !

Soyons fièrEs de ce que l’on désire, un monde juste sans rapports de domination, débarrassé du capitalisme.

On ne se laissera ni terroriser, ni antiterroriser. Il est nécessaire de créer un large mouvement contre ces détentions illégitimes du 8/12. Deux semaines après leur enlèvement, nous exigeons leur remise en liberté immédiate et appelons à nous rassembler mardi à 18h à République.

Fleury-Mérogis c’est un peu loin, et les murs sont épais, mais d’ici, au cas où, on t’envoie plein de courage et plein d’amour...


P.-S.

Contactez-nous : comiterennes8decembre@riseup.net


Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

Articles de la même thématique : Répression

Articles de la même thématique : Terrorisme / Antiterrorisme

Féministes, nous luttons contre la répression d’État

Des intellectuels et des artistes, dont Françoise Vergès, Isabelle Stengers, Paul B. Preciado et plusieurs collectifs féministes s’allient pour affirmer « leur peur et leur colère face à la course sécuritaire menée par le gouvernement », et réclamer la libération des militants arrêtés le 8 décembre 2020.