Ratonnades anti-arméniennes organisées par des fascistes turcs

Après la manifestation nationaliste de jeudi soir, acta.zone revient sur les ratonnades anti-arméniennes qui ont été organisées dans différentes villes de France. Explications.


Ces derniers jours, des ratonnades anti-arméniennes ont été organisées par des groupes de militants fascistes turcs dans différentes villes en France. Celles-ci interviennent dans le contexte de la guerre qui oppose l’Arménie à l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh – guerre entamée le 27 septembre dernier par une agression militaire de l’armée azerbaïdjanaise, avec le soutien actif de la Turquie qui a notamment transféré plusieurs centaines de mercenaires syriens issus des factions « rebelles » qu’elle contrôle.

Alors que des manifestations de soutien au peuple arménien et à l’autodéfense de l’Artsakh (nom par lequel les Arméniens désignent le Haut-Karabakh) ont lieu partout dans le monde depuis un mois, une opération symbolique de blocage de la circulation était prévue mercredi dernier par une cinquantaine de membres de la communauté arménienne au péage de Reventin-Vaugris (Isère), près de Vienne sur l’A7. Le rassemblement a été interrompu par un groupe de nationalistes turcs qui ont fait irruption armés de couteaux et de marteaux. Le soir même, un cortège d’environ 200 personnes a traversé les rues de Vienne puis de Décines (banlieue lyonnaise où vit une importante communauté arménienne, et qui abrite le premier mémorial du génocide arménien érigé en France), en scandant des slogans tels que « On va tuer les Arméniens » ou encore « Nique l’Arménie, on va vous baiser ». Des scènes similaires se sont déroulées hier soir à Dijon, où des mots d’ordre anti-arméniens et pro-Erdogan se sont fait entendre avant que la manifestation ne soit dispersée par des gaz lacrymogènes.

Les participants à ces expéditions punitives n’ont pas fait mystère de leur appartenance aux Loups Gris (ou a minima de leur sympathie pour cette organisation). De quoi parle-t-on ?

Les Loups Gris sont une organisation armée néo-fasciste, anti-communiste et panturque, fondée à la fin des années 1960 par Alparslan Türkeş (ancien colonel de l’armée turque et hitlérien revendiqué). Ils se signalent par un virulent racisme anti-arménien, anti-kurde, anti-grec et antisémite. Leur signe de ralliement – pouce, majeur et auriculaire joints – est clairement identifiable (voir image d’illustration). En cinquante ans d’existence les Loups Gris se sont rendus responsables de la mort de plusieurs milliers de personnes à travers des assassinats et massacres visant en particulier les membres des minorités ethniques, les syndicalistes, militants de gauche et combattants révolutionnaires – sur le sol turc aussi bien qu’à l’étranger.

Outre une intégration notoire aux milieux mafieux, l’histoire des Loups Gris est indissociable de leur imbrication avec l’appareil sécuritaire de l’État turc. Placés sous la protection du Département de Guerre Spéciale de l’armée (lui-même formé et financé par les États-Unis dans le contexte de la Guerre Froide, où la Turquie représentait un avant-poste du camp atlantiste), ils ont fait partie intégrante des réseaux clandestins stay-behind mis en place dans toute l’Europe par l’OTAN pour endiguer la menace communiste1. En Turquie comme en Italie et ailleurs, ces réseaux reposaient sur une articulation entre la fraction la plus réactionnaire de l’appareil d’État, le commandement impérialiste américain et une main-d’œuvre néo-fasciste militante.



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