Urbi & Orbi - Urbanisme & Métropole

Où l’on parle de plans urbanistiques à grande échelle, de rencontres au sommet à ce sujet ayant lieu cette semaine à Dijon et où l’on propose une ligne de fuite.

À Dijon, on bouffe de la métropole à toutes les sauces. On sanctuarise le centre ville comme patrimoine mondial de l’UNESCO. On lance des travaux colossaux pour une future Cité Internationale de la Gastronomie. On bâtit de grands projets d’Écocités et autres quartiers durables. On met en place un système de pilotage pour la gestion connectée de l’espace public, d’où on contrôlera les feux, les lampadaires, les bornes, les panneaux de pub et les caméras de vidéosurveillance. Tout ça mis en oeuvre par un consortium de multinationales françaises. On prévoit la construction de 15.000 nouveaux logements d’ici 2030. On apelle ça la densification de la métropole.

Au début de l’année, le nouveau Projet d’Aménagement de Développement Durable (PADD) a été voté. On insiste sur trois axes : la métropole attractive, les transitions urbaines et les paysages actifs. Autant de mots aliénés au néorevêtement bancal qu’on tente de coller aux vieilles choses. Ça ne prend pas. Tout un chacun est bien conscient du fait qu’on bâtit toujours de la même manière, avec de nouveaux gadgets pour enjoliver, sécuriser, détourner l’attention, rien de plus.

Si on construit toujours comme avant, la manière dont on pense la ville, l’urbain, la métropole évolue. La ville doit désormais être à l’avant-garde sur le marché de la smart city, un produit marketing attractif pour les grands projets, la main d’oeuvre bureaucratique, les touristes, les businessmans. Elle doit être gérée de façon durable, interconnectée, cosmopolite, ça doit circuler, faire tourner la monnaie, mettre en mouvement les innovations technologiques et culturelles. Elle ne doit pas se poser la questions de ce qui l’habite mais de ce qui la traverse, et se donner toute entière à la bonne marche de ses flux.

À l’heure où la SNCF met en place un système d’autostop-citoyen pour conjurer la grève de ceux qui la font vivre et dont elle aimerait se débarasser, tous les concepts sont bons à récupérer pour imaginer la ville de demain, la métropole branchée, la trame urbaine qui étend sa toile au-dedans et au-delà d’elle-même. Et pour penser cela, tous les maires des grandes villes et présidents des grandes agglomérations et métropoles de France se réunissent à Dijon, les 5 et 6 avril, au sein des « Journées Nationales de France Urbaine ».

Ces rencontres, melting pot d’élus et de techniciens - ou les deux, aujourd’hui on ne distingue plus vraiment ce qui les sépare - sont nées à Arras l’année dernière. Et Dijon a la chance d’accueillir la deuxième édition. Ça va parler de contractualisation financière, de stratégies alimentaires pour territoires urbains, du sport en tant que vecteur de développement et de marketing pour les territoires, d’alliances ingénieuriales entre métropoles, d’éducation artistique et culturelle, de répartition des missions de sécurité (entendez de flicage), de refaçonner le territoire à partir de la mobilité, ... tout un programme.

Et entre deux séances de recyclage valorisateur de concepts abscons et de connectivité interneuronale entre spécialistes, les technocrates pourront se reposer les méninges en visitant le chantier du musée des beaux-arts, de la cité internationale de la gastronomie, de On Dijon, et les technopôles de compétitivité agro-environnementaux où on nous concocte la FoodTech de demain, tout ça en respectant l’environnement, l’innovation et les citoyens.

Nous n’avons pas dit que le Premier ministre honorera les Journées de sa présence jeudi 5 avril, à 18h, peut-être est-ce le moment de l’honorer de la nôtre. Nous croyons qu’il y a un bon nombre de personnes qui ont des choses à lui dire, des cheminots en grève aux étudiants qui occupent la fac, en passant par les grévistes de carrefour et les indiens métropolitains.

Si vous ne vous sentez pas du côté gestionnaire technique de la métropole, sachez qu’il s’expérimente des échappatoires, et que certains prennent le temps d’imaginer autrement l’espace urbain. J’imagine que beaucoup d’entre eux se croiseront aux séminaires contre la métropole durable du 18 au 25 avril à la Ferronerie.