Label HVE, la nouvelle arme de l’agro-industrie contre l’écologie



Lancé en 2011, le label « Haute Valeur Environnementale » connaît une brusque progression depuis 2019. De nombreux produits sont désormais estampillés « HVE », opération d’écoblanchiment de la FNSEA et de l’agro-industrie pour en finir avec la transition agroécologique.

En novembre 2020, la Confédération paysanne publiait un document intitulé HVE. Outil de greenwashing, pas de transition agroécologique afin d’alerter les parlementaires sur la supercherie de ce label. On y apprend que le gouvernement français souhaite certifier massivement les fermes en HVE avec un objectif de 50 000 certifications en 2030. Proposé par France Nature Environnement, le label avait été créé à l’issu du Grenelle de l’environnement de 2007, mais ce qu’il est devenu pousse aujourdh’ui la FNE à le dénoncer car des coopératives entières passent en HVE sans rien changer de leurs pratiques.

Il apparaît rapidement que cette certification environnementale est avant tout un redoutable outil de communication pour « verdir » l’agriculture sans répondre aux défis sociaux, économiques, écologiques et alimentaires auxquelle elle est confrontée. En octobre 2022, l’Office Français de la Biodiversité abonde dans le sens de la Confédération paysanne en publiant un rapport d’évaluation des performances environnementales de la certification HVE. Ce rapport confirme que le HVE est un outil commercial et non agro-environnemental.

Il apparaît clairement que, pour la majorité des fermes ayant la certification HVE, la certification a été accessible sans changement significatif de pratiques. Le passage en HVE n’enclenche pas non plus une dynamique de transition environnementale. À titre d’exemple, la baisse de l’indicateur de fréquence des traitements phytosanitaires des exploitations viticoles HVE n’est que de 1% par rapport à la moyenne.

Le label est alors bien trompeur pour les consommateur·trices. Il ne tient aucune promesse environnementale. Ce constat n’a rien d’étonnant, pour un label qui ne fixe que peu d’objectifs, voire pas du tout, s’agissant d’ambition agro-environnementale. Une des recommandations du rapport de l’OFB est d’ailleurs de changer le nom « haute valeur environnementale » par souci de cohérence.

Ainsi, les principales critiques formulées par la Confédération paysanne depuis plus de 2 ans sont pointées par ce rapport : extrême faiblesse du cahier des charges, imposture de la voie B, obligation de moyens et non de résultats, non-sens d’un item sur l’irrigation et tromperie du consommateur.

Il est donc urgent que le ministère et la Commission nationale de la certification environnementale, réunie ce 15 décembre, remettent l’ouvrage sur le métier à l’aune des analyses et des recommandations de ce rapport. Ne pas le faire c’est continuer de tromper les paysan·nes et les consommateur·trices. Pour l’instant, la HVE n’a donc aucune raison d’être.

Lire le communiqué de la Confédération paysanne en entier ici.

JPEG - 164.9 ko

Pour plus d’informations

Le nouveau label "haute valeur environnementale" pour l’agriculture : "Un foutage de gueule phénoménal"

 
Le nouveau label « Haute valeur environnementale » (HVE), bien moins exigeant que le label bio, bénéficie d’un soutien massif des pouvoirs publics. Des organisations dénoncent une « illusion de transition ».
 
Vous avez peut-être déjà repéré sur votre bouteille de vin ou votre jus de pommes un logo qui affiche un papillon, un carré de vignes avec des bosquets, et un acronyme : « HVE ». Largement promue par le gouvernement, la certification « Haute valeur environnementale » envahit peu à peu les linéaires. Au 1er juillet 2020, plus de 8000 exploitations agricoles étaient certifiées HVE. « Soit une augmentation de 52,2 % en seulement six mois », se réjouit le ministère de l’Agriculture. Celui-ci vise 50 000 exploitations certifiées en 2030 (sur les 437 000 que comptent la France). D’après le gouvernement, ce label permet d’identifier les exploitations qui, sans être en agriculture bio, préservent la biodiversité et limitent l’impact de leurs activités sur l’environnement.
 

Condamnée à payer 125 000 euros pour avoir dénoncé la présence de pesticides dans du vin

 
Valérie Murat était poursuivie en justice pour avoir, sur la base d’analyses, accusé des vins certifiés « haute valeur environnementale » de contenir des molécules toxiques. Contactée par basta !, elle annonce faire appel.
 
Le tribunal donne raison à l’omerta. » Valérie Murat, et la petite association Alerte aux toxiques dont elle est porte-parole, viennent d’être condamnées en première instance ce 25 février par le tribunal de Libourne pour « dénigrement collectif à l’égard de la filière » des vins de Bordeaux. Le tribunal leur ordonne de payer 100 000 euros de dommages et intérêts au conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), ainsi que 25 003 euros à d’autres plaignants du monde du vin. Pour son avocat, Eric Morain, contacté par basta !, « le tribunal a ordonné l’exécution sociale de Valérie Murat dans une décision éminemment contestable et orientée », soulignant que sa cliente ne dispose pas d’une telle somme. « Le seul droit dont on n’a pas encore privé ma cliente est celui de faire appel, elle le fera sans délai et ira jusqu’au bout. Jamais une procédure bâillon n’aura si bien porté son nom. »
 

Podcast : le gouvernement veut-il en finir avec l’agriculture bio ?

 
La version française de la politique agricole commune (PAC), négociée au niveau européen, ne favorise pas les pratiques bio, au contraire. Les rédactions de basta !, Radio Parleur et Politis vous expliquent pourquoi avec leurs invité.es.
 
Agriculteurs et agricultrices bio se mobilisent depuis des semaines avec notamment une campagne d’action autour du « Bio à poil ». Raison de leur colère et de leurs inquiétudes : une taille sévère dans les aides publiques dont ils bénéficient via la politique agricole commune (PAC), négociée au niveau européen. Prévue pour 2023, la nouvelle mouture de la PAC a été adoptée le 25 juin dernier par les 27 pays de l’Union européenne, et sa déclinaison française prévoit de diminuer de 70 % les subventions versées aux agriculteurs et agricultrices bio – qui n’utilisent ni pesticides, ni OGM, ni engrais de synthèse. Pire : le gouvernement français prévoit un éco-régime de 70 euros par hectare, qui propose d’aider à la même hauteur les agriculteurs et agricultrices bios (soumis à un cahier des charges très précis) et l’agriculture dite à haute valeur environnementale (HVE) qui autorise l’usage de pesticides et d’engrais de synthèse. Beaucoup craignent de voir la part de bio diminuer, alors qu’elle est déjà minime : moins de 10 % de la surface agricole française.
 

Produits cancérigènes autorisés, contrôles opaques : les dessous de la mention "haute valeur environnementale"

 
La certification « Haute valeur environnementale » rencontre un vif succès parmi les grosses exploitations agricoles. Logique : elle permet de percevoir de l’argent public sans quasiment rien changer à ses pratiques peu vertueuses.
 
Les agriculteurs peuvent-ils utiliser des pesticides classés cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction tout en bénéficiant d’une certification « Haute valeur environnementale » (HVE) ? La réponse est oui. Le nouveau cahier des charges de cette certification – publié le 22 novembre – le permet, comme le permettait le précédent. La certification HVE inclut bien d’autres contradictions, dénoncées par les associations environnementales et certains syndicats agricoles, mais aussi par la Cour des comptes ou la Commission européenne. Elle est pourtant de plus en plus mise en avant dans les rayons des supermarchés, en particulier le vin, avec son logo rouge sur fond blanc, et sa ferme ensoleillée ornée d’un papillon.
 

Le gouvernement plombe toute véritable transition écologique en soutenant massivement le très décrié label HVE

 
Les aliments estampillés « haute valeur environnementale » (HVE) ne garantissent aucunement l’absence de pesticides mais bénéficient de subventions publiques massives et sont de plus en plus présents dans les cantines scolaires.
 
L’argent public est-il correctement et efficacement dépensé pour favoriser la transition écologique dans l’agriculture, et enfin mettre un terme à la pollution massive des sols et des eaux par les pesticides ? La politique actuelle en la matière laisse... perplexe. Loïc Madeline est producteur bio en polyculture-élevage en Normandie. Il ne recourt donc pas aux produits chimiques de synthèse. Il milite également à la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) où il suit les questions relatives à la politique agricole commune (PAC). Il bataille depuis des mois pour que les agricultrices et agriculteurs en bio soient rémunérés pour les services environnementaux qu’ils rendent en n’épandant pas de produits toxiques. Ils et elles contribuent ainsi à ne pas dégrader la qualité de l’eau ou la biodiversité, ni à faire proliférer les algues vertes. Soutenir ces pratiques vertueuses était « une promesse d’Emmanuel Macron quand il s’est fait élire en 2017 », rappelle l’agriculteur.
 


Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

Articles de la même thématique : Agro-industrie

Festival Atout Bout d’Champ à Mâlain

Les 26-27 août la 4e édition du festival approche ! Le Festival Atout Bout d’Champ est un événement fédérateur qui réunit l’espace de deux jours, des personnes de tout horizon, qui veulent échanger et réfléchir aux alternatives agricoles et alimentaires. La programmation allie conférences et spectacles.

L’eau rage gronde

Le collectif local d’Extinction Rebellion Dijon s’engage dans la défense de l’eau

Articles de la même thématique : Luttes paysannes