Oui à l’école, non à la prison, lettre d’une maîtresse dépitée

À réfléchir à cette « rentrée », il est une question qui n’est jamais abordée dans les consignes ubuesques. Quid du respect du bien-être des enfants dans ces conditions d’accueil ? Où est le respect des droits des enfants [2] ?

Faire revenir à l’école les enfants dans des conditions anxiogènes et pour leur interdire tout contact avec leurs camarades, tout jeu collectif, travail de groupe, avec des distances ingérables, immobilité parfaite (nous n’avons pas des playmobil en classe mais des enfants), parcours balisés dans les couloirs et les classes, accueils séparés, sorties différenciées, récréations séparées... Suppression de tout le matériel dans les coins jeux en maternelle. Fini le prêt de matériel, l’échange d’objet, le partage de livre, l’aide à son voisin pour l’aider à ramasser sa trousse tombée...Tout ce qui est de l’ordre de la sociabilité, du jeu, de l’échange, de l’expression des émotions... tout ceci n’a plus sa place, dans l’école que nous rouvrons. J’appelle cela de la maltraitance d’enfants.

J’ai la sensation que l’on nous demande d’appliquer des ordres complètement inhumains et que la seule chose que l’on travaillera sera l’obéissance aveugle (et surtout pas la réflexion)… Devons-nous former des futurs soldats prêts à obéir sans réfléchir ni remettre en cause le moindre ordre idiot ? Les préparons-nous pour le SNU [3] ?
 
Je ne me sens pas du tout capable, ni même le rôle, de demander ça à mes élèves, de les brider dans leurs amitiés et leurs façons de les exprimer, dans leurs jeux et leurs émotions, dans leurs contacts,
d’emprisonner leurs corps... Et pourtant je souhaite, prépare cette reprise, parce que j’en vois l’urgence, que je veux recommencer la vie sociale, et retrouver mes élèves autrement qu’à travers un écran.

Pour moi, il est impossible de respecter les consignes avec des groupes de 15 et sans personnel supplémentaire (les mairies pourront-elles embaucher du personnel supplémentaire ?). Le ministre annonce fièrement que l’on peut caser 16 élèves (avec 4m² par élève) dans 50m². Ce sont les nouvelles mathématiques 16x4m²=50m². Ah, j’oubliais, ceux qui auront l’immense privilège d’être collés contre un mur auront seulement 2m². Pour le moment, il y a trop de questions sans réponse. Dans d’autres départements, des municipalités ont fait le choix de ne pas rouvrir les écoles dans les conditions actuelles. Des collègues ont fait des calculs avec leur classe et ils arrivent à 8 élèves maximum dans une classe (en primaire)... Aurons-nous le droit d’aller en extérieur ? Pas sûr puisque la loi interdit les rassemblements supérieurs à 10 personnes en extérieur… qui quant à elles peuvent bénéficier d’un espace supérieur à 4m² ! On peut mettre 15 enfants + des adultes en intérieur mais maximum 10 en extérieur...

Je demande de l’aide pour lancer une action de plainte contre l’État pour maltraitance d’enfants et non respect de la convention internationale des droits de l’enfant.
A minima, pouvons-nous utiliser les points non respectés des consignes ministérielles absurdes (et rédigées avec le privé : le cabinet Veritas probablement grassement payé) dans nos argumentaires pour refuser l’ouverture des classes ou écoles ou établissements.… dans les conditions actuelles.
Avons-nous la même définition de l’école que notre sinistre Blanquer ?

Une maîtresse dépitée


P.-S.

Note de l’équipe de modération : Pour écrire à l’autrice de l’article, vous pouvez nous écrire à contact [at] dijoncter.info et on vous mettra en contact.


Notes

[1Convention internationale des droits de l’enfant signée par la France

[2Convention internationale des droits de l’enfant signée par la France

[3(Service National Universel

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