PMA et « bioéthique » : Quel avenir pour la famille ?

Alors que les anti-PMA réactionnaires se réunissent le 10 octobre à Dijon pour demander le retrait de la nouvelle loi bioéthique, comment se positionner en tant que féministes ? Sortir, ne pas laisser la rue, évidemment. Mais ne rien critiquer de cette loi transphobe ? Profitons-en pour parler familles.

Sortir dans la rue pour contrer des fachos lesbophobes, transphobes et misogynes ? Bien sûr.

Mais il y a un petit paradoxe : se retrouver à défendre contre les réactionnaires une loi qui est pourtant inacceptable dans ses manquements.

L’État a historiquement exclu les LGBTQIA+ des avantages et droits qui revenaient traditionnellement à l’institution de la famille, qu’il s’agisse du droit d’assistance aux malades dans les hôpitaux, des avantages fiscaux, etc. On ne voulait pas des couples LGBTQIA+ et de leur familles.

Aujourd’hui, 2020, cela continue.

  • Le contenu de la loi "bioéthique" illustre de nouveau la transphobie de l’État français, qui a délibérément choisi d’exclure les personnes trans de l’accès à la PMA.
  • Si avec la loi les lesbiennes accéderont à la PMA et que les mères n’auront plus à adopter leur propre enfant, les lesbiennes auront cependant une procédure d’établissement de la filiation qui sera différente de celle des couples cishétéros. Il sera possible de savoir administrativement quel bébé est né d’une PMA avec deux mères !
  • La loi ne contiendra aucune mesure interdisant toute opération ou autre traitement médical sur les personnes intersexes, les amendements sur le sujet ayant été rejetés, au mépris de toutes les recommandations internationales et des interpellations de la France par l’ONU.

La « famille » reste le pilier fondamental du capitalisme.

L’hétérosexualité est un régime politique. C’est au sein de la famille que se naturalise la différenciation sexuelle binaire et oppressive, au sein de la famille que se trouve le berceau de l’hétérosexualité obligatoire, au sein de la famille que l’on extorque le travail gratuit des femmes, au sein de la famille que les femmes et minorités de genre sont victimes des plus grandes violences.

La famille, c’est le lieu de reproduction des inégalités matérielles intrinsèques au capitalisme. Comment reproduire aisément le capitalisme, renforcer l’hétéronormativité, maintenir l’oppression matérielle des femmes si nous commençons à sortir du modèle hégémonique de la famille cis-hétéro-patriarcale bourgeoise ? Sacré problème pour le capitalisme patriarcal.

Historiquement exclu·e·s de la famille, de leur propre famille d’abord, de l’institution de la famille par l’État ensuite, les militants LGBTQIA+ ont su porter des critiques pertinentes sur l’hégémonie de la famille hétéro où l’on marchande le travail reproductif, où la propriété est une limite à nos solidarités, où les enfants appartiennent aux parents. Cette forme hégémonique de la famille bourgeoise produit, en même temps que l’État et le capitalisme, des discriminations et de l’exploitation.

Si la loi "bioéthique" (rien que le mot est problématique) est votée, cela sera une bonne nouvelle, et en même temps, inadmissible et insatisfaisant. Nous ne proposons non pas d’abolir la famille, mais d’élargir son concept et de dépasser le cadre rigide que certain.e.s voudraient lui attribuer de force. Leurs fantasmes ne pourront plus très longtemps camoufler, étouffer et contenir les réalités que nous créons, vivons et incarnons sans relâche.

Pourquoi ne pas reconnaître les différentes formes de familles qui existent aujourd’hui ? Inventons-en d’autres, soyons libres et créatifs ! Nous ne pourrons pas sortir des logiques capitalistes de propriété, de violence, de domination et d’exploitation sans nous attaquer aussi au concept rigide de famille auquel les conservateurs s’accrochent, ce pilier de l’oppression capitaliste patriarcale.

Inventons d’autres façons d’être et de vivre ensemble, de faire famille. Créons des liens de parentés alternatifs qui ne sont pas uniquement et nécessairement basés sur le biologique mais sur des valeurs communes : responsabilité collective, solidarité, soutien, bienveillance, créativité, complémentarité et respect de l’individualité. Enfin, embrassons des modèles qui soient plus respectueux des vies humaines et non-humaines.

Faisons collectifs et faisons famille autrement.

(et en attendant, rendez-vous le 10 octobre, 13h à République pour contrer les fachos)



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