Une seule dissolution en vue : celle du gouvernement



Texte de plusieurs collectifs legal team et antirép contre la dissolution annoncée de la Defco de Rennes.

En plein coeur d’un printemps inattendu, éclatant et mouvementé, il n’aura pas suffi au gouvernement d’envoyer les forces de l’ordre faire la basse besogne : arrêter massivement, humilier, détenir illégalement, brutaliser, gazer, agresser sexuellement, ficher, mutiler dans la rue comme dans les campagnes ; quitte à blesser avec des armes de guerre plus de 200 personnes à Sainte-Soline, laissant deux personnes entre la vie et la mort et des dizaines mutilées. Il lui a fallu aussi agir sur les esprits : essayer de scinder le mouvement, désigner l’ennemi intérieur, agiter l’épouvantail de l’extrême voire de l’ultra-gauche, crier au "terrorisme intellectuel". Avec l’annonce de la dissolution des Soulèvements de la Terre et de la Défense collective (Defco) de Rennes, Darmanin utilise l’outil très politique de la dissolution pour tenter de désamorcer une colère immense et multiple. Une énième tentative de diversion, après les interview à Pif, Têtu et Playboy, pour tenter de faire oublier la question centrale de l’époque : celle du soulèvement contre ce gouvernement.

Créée à l’origine pour lutter contre les ligues fascistes dans les années 30, la procédure de dissolution administrative a ensuite été utilisée contre des groupes d’extrême-gauche dans les années 60-70 (Gauche Prolétarienne, Ligue Communiste, Mouvement du 22 mars...). Ces dernières années, elle a été brandie contre une autre figure de l’ennemi intérieur construite par le pouvoir : celle du séparatisme musulman. On se souvient que le CCIF, association de lutte contre l’islamophobie, en avait fait les frais, et avait dû s’exiler en Belgique. La loi séparatisme de 2021 a renforcé cet outil de la dissolution en rajoutant dans les motifs la très large incitation « à des agissements violents à l’encontre des personnes et des biens » mais aussi le motif rocambolesque d’« avoir une activité tend[ant] à faire échec aux mesures concernant le rétablissement de la légalité républicaine » [1]. Avec ces nouvelles dispositions, ce sont ensuite la GALE (Groupe Antifa Lyon et Environs), Palestine Vaincra et le Comité Action Palestine qui ont été menacés : leur dissolution a heureusement été suspendue par le Conseil d’Etat en référé.

Après avoir enclenché la dissolution des Soulèvements de la Terre pour camoufler le déluge de blessé-e-s dont il est reponsable à Sainte-Soline, Darmanin annonce donc désormais la dissolution de la Defco de Rennes. Il le fait sur la base d’une question du député RN Jacobelli au gouvernement, qui réagissait au fait que Bardella s’était fait - comme de juste - chahuter à Rennes lorsqu’il était venu répandre ses idées fascistes. En s’attaquant à la Defco rennaise, le gouvernement s’attaque à des pratiques qui sont aussi les nôtres et qui relèvent du bon sens élémentaire à tout mouvement : connaître ses droits, se tenir ensemble dans la rue, savoir en quoi consiste une garde-à-vue, faire usage de son droit au silence, se mettre en lien avec des avocates engagées, se préparer au mieux à faire face à la répression pendant et après les manifestations, soutenir financièrement les camarades, partager une intelligence du fonctionnement de la police et de la justice, en bref : rendre la solidarité effective et éviter à un maximum de personnes de finir en prison. Mais il est plus commode pour le gouvernement que les révolté.es ne connaissent pas leurs droits : après avoir essayé de nous faire croire que manifester était illégal, c’est désormais le simple fait de se protéger et de se défendre des brutalités policières qui est criminalisé. Il en est ainsi par exemple des vols de banderoles en manifestation, de la pénalisation de la dissimulation du visage en manif depuis les Gilets Jaunes, des vols de lunettes de piscine lors des fouilles en amont. À Paris, le préfet Nunez a tenté - en vain - récemment d’interdire « le port d’équipements de protection destinés à mettre en échec tout ou partie des moyens utilisés par les représentants de la force publique » pour maintenir l’ordre [2].

Jolie métaphore : mettre en échec tout ou partie de l’effectivité des moyens des forces de l’ordre, quand on voit en quoi ils consistent effectivement et quel ordre ils servent, est indéniablement une nécessité et un motif de fierté.
Nous ne participerons pas au fantasme gouvernemental d’un peuple qui consent docilement à sa propre oppression.
De la rue aux champs de Saint-Soline, des blocages aux tribunaux, solidarité pleine et entière avec les Soulèvements de la Terre, la Defco de Rennes, et tous ceux et celles qui luttent !

Le collectif antirépression des Soulèvements de la Terre, la Caisse de solidarité de Dijon, la Caisse de solidarité de Lyon, le CAR 38, le Collectif d’Autodéfense et de Solidarité en Soutien aux Inculpé.e.s Stéphanois.e.s (CASSIS), Contre la Répression – Organisation Collective (CROC Caen), Désarmons-les, Flagrant Déni (Lyon), la Legal Team de Marseille, la Legal Team de Paris, la Legal Team de Rouen.
Plusieurs de ces collectifs font partie du réseau d’autodéfense juridique collective (RAJCOL).



Notes

[1ou d’avoir un « objet ou action tend[ant] à porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou à attenter par la force à la forme républicaine du gouvernement ».

[2Arrêté n°2023-00370 du 31 mars, contesté victorieusement au TA par le SAF, le SM et la LDH.

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