[FàC #7] No es por 30 pesos, es por 30 años !

Retour au Chili, ou trente ans après la fin officielle de la dictature, l’insurrection éclate face à la brutalité du régime. Le monde du football professionnel y prend part largement et de multiples manières.

Au Chili, la hausse du prix du ticket de métro a été le déclencheur d’une révolte contre les trente dernières années de néolibéralisme qui ont dévasté le pays. Depuis le 17 octobre, le pays vit au rythme des barricades et des émeutes. Le football n’a pas été épargné par cette insurrection qui ébranle réellement le quotidien des Chiliens.

Joueurs engagés

Le défenseur Claudio Bravo Muñoz lance les hostilités dans un tweet de 19 octobre : « Ils ont vendu au secteur privé notre eau, notre lumière, notre gaz, notre éducation, notre santé, nos retraites, nos médicaments, nos chemins, nos forêts, le sel d’Atacama, les glaciers, les moyens de transports. Quoi de plus ? Ça ne suffit pas ? Nous ne voulons pas un Chili pour quelques-uns, nous voulons un Chili pour tous. Basta ! »

Le milieu défensif Gary Medel embraye le jour même :

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Il continue en tweetant le 21 octobre : « Une guerre implique deux camps et nous ne sommes qu’un seul peuple qui demande plus d’équité. Nous ne voulons plus de violence. Nous demandons aux autorités de dire ce qu’elles vont faire pour résoudre les problèmes sociaux ». La veille c’est le milieu de terrain du Barça, Arturo Vidal, qui abonde dans le même sens, tout en restant très prudent :

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Esteban Paredes, idole du Colo-Colo, les appuie en retweetant les revendications sociales du soulèvement. Nicolas Castillo, attaquant du club mexicain America, a célébré un but samedi 25 octobre, en brandissant un drapeau chilien : « C’est la seule manière que j’ai pour les soutenir. » L’attaquant Alexis Sanchez, joueur à l’Inter Milan tweete le même jour : "Le Chili s’est réveillé. Écoutez le peuple !"

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Le 26 octobre, la joueuse internationale Fernanda Pinilla réclame ouvertement le départ du président Sebastian Pinera :

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Dès les premiers jours du soulèvement, Charles Aránguiz, soutient fermement les manifestants. Le milieu de terrain du Bayer Leverkusen multiplie les déclarations, mais celle qui reste dans les esprits est cette interview à Radio Cooperativa fin octobre : « C’est très grave ce qu’il se passe avec les carabiniers et les militaires dans les rues. Le sujet est devenu incontrôlable pour le président, ça devait exploser. Si j’étais chez moi, je serais en train de marcher et de lutter aux côtés de ma famille, avec tous. Ma famille et mes amis protestent. Voir tout ce qui s’accumule sur le peuple est dur. Je l’ai vu, je vivais à côté. Ils ont tous mon soutien. » [...] « Je connais les besoins des gens. Ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts avec tout ce qu’ils doivent payer. Je suis dans le quartier, je sais que les gens n’y arrivent pas. C’est grave de voir les destructions, les morts, mais maintenant, nous devons continuer à faire pression. Ils ne peuvent plus faire machine arrière, malgré les abus de la police. Je ne prétends pas détenir la vérité, sur le plan politique, je suis ignorant, mais à cause de la façon dont j’ai vécu, ce qu’il s’est produit avec les carabiniers est très grave. Il y a eu des morts. C’est très fort comment ils ont agi avec les gens. Je vis avec le peuple, je suis avec eux. Chaque fois que je vois des actes de pillages ou d’incendies, j’en doute, je ne crois ni en les carabiniers, ni aux milices ». Propos qui ont déclenché une polémique avec José Antonio Kast, dirigeant d’extrême-droite :

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Le 28 octobre, le président chilien remplace huit ministres pour apaiser les colères, Nicolas Maturana commente, lucide : « Ils ont changé les clowns, mais c’est toujours le même cirque, les pauvres resteront pauvres. »

Le célèbre Carlos Caszely continue sur le registre du clown en parlant de Piñera : « Il ne lui manque qu’à mettre un nez de clown. Tout ce qu’il dit est mensonges. Qui participe aux réunions ? Toujours les mêmes. Pour eux, le peuple importe guère. ». Il fait également référence au lourd passé chilien : « Je ressens une immense angoisse, immense car nous l’avons déjà vécu. À une différence près : s’il y avait un gouvernement comme celui d’Allende, les milices bombarderaient La Moneda, elles ne s’en prendraient pas au peuple comme elles le font maintenant ».

Vidéo du 31 octobre : « Piñera ya se va ! » :

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L’ailier de Colo-Colo Jean Beausejour, est déjà connu pour manifester son soutien aux luttes des indigènes, notamment les Mapuches dont il a des ascendances par sa mère, qui défendent leur existence face aux grandes entreprises minières ou forestières. Récemment il déclare à la radio ADN : « Les politiques ne se sont globalement pas montrées à la hauteur. Personne ne peut devenir le porte-voix de ce mécontentement. Mais je pense qu’il s’agit d’une opportunité unique pour reconnaître la mobilisation des gens. Je ne sais pas si, en tant que pays, nous aurons une autre occasion de le faire ». Il met en doute l’appel à apaisement lancé par d’autre joueurs : « Plusieurs de me ex-coéquipiers ont choisi la voie du discernement et de l’apaisement. J’ai du mal à lancer cet appel. Je trouve même égoïste de mettre en cause la façon dont les gens manifestent. »

Les soutiens à Piñera, eux, ne font pas les malins. Après des tweets scandaleux qu’ils n’assumeront pas, Marcelo Diaz et Jorge Valdivia sont contraints de fermer leur compte Twitter.

Suspension

Le 18 octobre, Sebastian Piñera déclare la guerre au peuple chilien et instaure l’état d’urgence. Le championnat est suspendu. Les joueurs s’engagent de plus en plus dans le mouvement. « Le Chili s’est réveillé » affirme Braulio Leal dans une interview pour So Foot.

L’ Asociación Nacional de Fútbol Profesional (ANFP), organe lié à Piñera et aux intérêts capitalistes, pousse à la reprise en espérant d’un côté calmer la révolte, de l’autre relancer la machine économique du foot. Mais les quelques matchs qui sont joués sont l’occasion de manifestations politiques. Lors du match qui se tient le 18 novembre entre le Club Deportes Concepcion et le Club Transandino, les joueurs sortent de leurs vestiaires avec leurs familles et se cachent un œil au moment de la photo officielle pour dénoncer les violences de l’État dans les rues. Une minute de silence est observée en mémoire aux personnes qui sont mortes ces dernières semaines dans les mobilisations.

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L’ ANFP est tout de même forcée d’annuler le match amical qui devait se tenir le 15 novembre entre le Chili et la Bolivie. Les joueurs chiliens, solidaires de la lutte en cours, décident de ne pas jouer le 19 novembre contre le Pérou. La fédération chilienne, très neutre, déclare dans un communiqué : « Les joueurs convoqués dans la sélection du Chili ont décidé de ne pas disputer le match amical international face à la sélection du Pérou, programmé le 19 novembre prochain, à Lima. La décision a été adoptée par le groupe après une réunion tenue dans la matinée. »

Malgré l’appel de plusieurs barras bravas (groupes organisés de supporters d’équipes de foot) unies à diverses actions de blocage, une reprise de la saison est tentée le 23 novembre par l’ANFP avec le match Union La Calera – Deportes Iquique. D’abord, en soutien aux insurgés, la mairie de La Calera refuse de mettre à disposition le stade habituel et le match est forcé de se tenir à l’estadio Bicentenario de la Florida dont les gradins sont vides. Les joueurs tiennent à montrer qu’ils sont du côté de la rue et tiennent une minute de silence pour les 23 manifestants officiellement tués. Ensuite, les supporters de Colo-Colo forcent l’entrée du stade et s’introduisent sur la pelouse pour interrompre le match. Les joueurs sont renvoyés aux vestiaires et la police arrive pour gazer les supporters. Suite à cela de nombreuses équipes refusent de jouer ce week-end là. Finalement, dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 novembre, les dirigeants de l’Asociación Nacional de Fútbol Profesional n’ont plus le choix, ils sont obligés de clore la saison en cours.

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Organisation

Les supporters, ciblés depuis 2011 par la répression du plan Estadio Seguro lancé par la ministre des sports, sont très visibles dans les manifestations. Les barras bravas rivales du Colo-Colo et du Deportivo Universitad de Concepcion, qui s’écharpaient moins d’un mois avant le mouvement, s’entendent dans les manifestations pour se tenir aux avant-postes :

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La Garra Blanca Antifascista de Colo-Colo lance un appel cinglant : « Ne travaille pas, ou si tu travailles, fais le mal. Défend le petit-commerce et attaques les symboles du néo-libéralisme… Monte une barricade et défend la. Vole les riches et organise-toi avec les pauvres. Sabote ton lieu de travail… »

Les capitaines des clubs professionnels sont heureux qu’autant de collègues footballeurs s’engagent, par exemple en allant manifester anonymement. Ils se sont réunis avec le Sifup [1] pour voir comment soutenir plus efficacement la cause du peuple chilien.

Dans un communiqué commun, huit clubs de la région centrale s’engagent en faveur des revendications sociales des insurgés. La Corporacion du Santiago Wanderers s’engage à aider les victimes de répression policière et militaire.

Le Club Social Deportivo Colo-Colo, s’est fait remarquer pour ses prises de position : « Nous sommes solidaires des millions de personnes affectées par une nouvelle hausse du prix des transports publics dans la capitale et nous exprimons notre dégoût au fait que l’unique réponse des autorités soient la répression envers ceux qui se mobilisent contre cette mesure ».
Inspiré des formes d’organisation indigènes qui contaminent les quartiers insurgés, il met en place dès le 29 octobre des Cabildos (Forme d’organisation chargée de conduire une communauté, elle s’occupe de toutes les questions touchant à la vie sociale, aux terres, aux travaux communaux…) pour que les supporters du club s’organisent et fassent part de leurs doléances.

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Espérons que les cabildos se multiplient et que le soulèvement continue à s’enraciner !



Notes

[1Sindicato de Futbolistas Profesionales de Chile

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