Plus que des hommages, réclamons justice et vérité

Les mots d’ordre ne peuvent plus être toujours tirés vers le bas.
Mardi 9 juin et les jours d’après réclamons justice.

Nous, Précaires Solidaires, voulions écrire un texte pour amener notre humble contribution à ce qu’il se passe en ce moment contre le racisme et les violences policières qui en découlent.

Nous en avons déjà produit pas mal de textes sur les meurtres perpétrés par les flics, des appels à manifester contre eux, des appels à saboter un week-end génération identitaire dans le Morvan ou à les frapper sur le campus de Dijon.

Le dernier en date était pendant le confinement, période pendant laquelle la police s’en est donnée à cœur joie :

Nous nous sentons souvent désarmés, inutiles, peu de choses quand les évènements nous renvoient le racisme et la violence de la société dans laquelle nous vivons. Alors nous essayons à chaque fois d’appeler nos potes et de faire un maximum de bordel pour aider les familles et leurs proches à ce que les prénoms et les histoires de Bouna, de Zyed, de Wissam, de Lahamy, de Mushin, de Chulen, de Laming, d’Adama et de trop nombreux autres ne s’effacent pas.

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Nous l’avouons nous ne savions plus quoi écrire qui n’avait pas déjà été dit.

La mort de Georges Floyd met la lumière sur ce que pas mal de militants savaient déjà : la police où qu’elle soit est, à l’image de l’état pour qui elle bosse, violente et raciste.

Toutes les tribunes et pétitions d’après confinement appelaient à un changement, elles mettaient à peu près toutes en avant la jeunesse qui appelle, nous disait-on souvent, à une révolution climatique. Tout ça nous donnait le sentiment que toute la jeunesse ressemblait à Greta Thunberg.

Parce qu’on refuse de vivre sans honorer nos morts

Personne pendant le confinement n’avait donc vu la police blesser et tuer des jeunes de banlieue ? Personne n’avait remarqué la dignité avec laquelle en réponse à ça des jeunes se sont affrontés avec la police plusieurs soirs d’affilée ? C’était peut être les prémices de la manif du 2 juin devant le tribunal de Paris.

Nous écrivons ce texte le 7 juin, nous ne savons pas vraiment ou ce texte va. Nous savons que le 9 juin il y a un appel à un rassemblement statique pour rendre hommage aux victimes du racisme.
Dans cet appel à rendre hommage il n’y a aucun nom, ni prénom, pourtant les personnes qui sont mortes à cause du racisme de l’état français en ont un, leurs proches se battent pour qu’ils et elles ne tombent pas dans l’oubli.
Leurs proches, leurs familles se battent aussi pour que justice soit rendue et qu’une vérité éclate, pas juste pour qu’on leur rende un dernier hommage.
Aujourd’hui ce mouvement réclame cela, vérité, justice, et le droit de vivre sans la peur de se faire buter par un flic.

Pour nous aucune ambiguïté. Nous appelons à rendre plus qu’un hommage demain et les autres jours. Nous appelons à réclamer Justice, Vérité et Changement.

Les organisateurs du rassemblement de demain refusent d’admettre que la police est raciste. Pour nous aucune ambiguïté : elle l’est. C’est dans son fonctionnement elle le démontre tous les jours.

Les organisateurs appellent à un rassemblement statique et mettent en avant dans les conférences de presse leur pacifisme. Pour nous aucune ambiguïté, hier comme demain comme les jours d’après nous n’appelons pas à la violence, nous l’encourageons et la soutenons pour qu’enfin la peur change de camp. Si les mômes s’affrontent avec la police c’est aussi pour dire qu’ils ne veulent pas être les prochains à mourir.

Nous voulions pour finir ce texte aussi bordélique que notre organisation vous faire partager une lettre qu’on trouve chouette :

« Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème.
 
En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. En France nous ne sommes pas racistes mais dans la population carcérale les noirs et les arabes sont surreprésentés. En France nous ne sommes pas racistes mais depuis vingt-cinq ans que je publie des livres j’ai répondu une seule fois aux questions d’un journaliste noir. J’ai été photographiée une seule fois par une femme d’origine algérienne. En France nous ne sommes pas racistes mais la dernière fois qu’on a refusé de me servir en terrasse, j’étais avec un arabe. La dernière fois qu’on m’a demandé mes papiers, j’étais avec un arabe. La dernière fois que la personne que j’attendais a failli rater le train parce qu’elle se faisait contrôler par la police dans la gare, elle était noire. En France on n’est pas raciste mais pendant le confinement les mères de famille qu’on a vues se faire taser au motif qu’elles n’avaient pas le petit papier par lequel on s’auto-autorisait à sortir étaient des femmes racisées, dans des quartiers populaires. Les blanches, pendant ce temps, on nous a vues faire du jogging et le marché dans le septième arrondissement. En France on n’est pas raciste mais quand on a annoncé que le taux de mortalité en Seine Saint Denis était de 60 fois supérieur à la moyenne nationale, non seulement on n’en a eu un peu rien à foutre mais on s’est permis de dire entre nous « c’est parce qu’ils se confinent mal ».
 
J’entends déjà la clameur des twitteurs de service, s’offusquant hargneusement comme ils le font chaque fois qu’on prend la parole pour dire quelque chose qui ne corresponde pas à la propagande officielle : « quelle horreur, mais pourquoi tant de violence ? »
 
Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés. Ce mardi, je me rends pour la première fois de ma vie à un rassemblement politique de plus de 80 000 personnes organisé par un collectif non blanc. Cette foule n’est pas violente. Ce 2 juin 2020, pour moi, Assa Traoré est Antigone. Mais cette Antigone-là ne se laisse pas enterrer vive après avoir osé dire non. Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama. Ces jeunes savent ce qu’ils disent quand ils disent si tu es noir ou arabe la police te fait peur : ils disent la vérité. Ils disent la vérité et ils demandent la justice. Assa Traore prend le micro et dit à ceux qui sont venus « votre nom est entré dans l’histoire ». Et la foule ne l’acclame pas parce qu’elle est charismatique ou qu’elle est photogénique. La foule l’acclame parce que la cause est juste. Justice pour Adama. Justice pareille pour ceux qui ne sont pas blancs. Et les blancs nous crions ce même mot d’ordre et nous savons que ne pas avoir honte de devoir le crier encore, en 2020, serait une ignominie. La honte, c’est juste le minimum.
 
Je suis blanche. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers. Les gens comme moi c’est la carte bleue qu’on remonte chercher quand on l’a oubliée. La ville me dit tu es ici chez toi. Une blanche comme moi hors pandémie circule dans cette ville sans même remarquer où sont les policiers. Et je sais que s’ils sont trois à s’assoir sur mon dos jusqu’à m’asphyxier – au seul motif que j’ai essayé d’esquiver un contrôle de routine – on en fera toute une affaire. Je suis née blanche comme d’autres sont nés hommes. Le problème n’est pas de se signaler « mais moi je n’ai jamais tué personne » comme ils disent « mais moi je ne suis pas un violeur ». Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. En France, nous ne sommes pas racistes mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe qui ait ce choix. »
 
Virginie Despentes


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