[Avril 2018] Urbanisme et résistance

Comme chaque mois, les Tanneries nous livre un édito avec le programme du mois d’avril. Ce mois-ci, il y est question de leur déménagement, de l’urbanisation de Dijon et de la semaine de résistance des Lentillères.

Les Tanneries ont définitivement déménagé en juillet 2015. Nous quittions alors le boulevard de Chicago et la friche des anciens abattoirs pour une nouvelle friche, celle de la rue des Ateliers.

Les Tanneries 1 c’était boulevard de Chicago, clin d’œil à la ville des USA qui centralisait l’abattage industriel. Aujourd’hui c’est un écoquartier qui surgit à leur place. Et ça va vite : 6 grues dressées, du béton qui pousse à toute vitesse, des camions livrant de la terre végétale pour les futurs espaces verts… L’Écocité Jardin des Maraîchers, voilà un nom qui fait rire, puisqu’on l’implante là où il n’y avait que d’immenses hangars faits de béton et d’amiante. On connaît bien les lieux : on y a passé 17 ans dans ces Tanneries.

Allez vous balader, vous verrez là-bas un florilège de constructions… en béton. Allez-y maintenant car bientôt ce béton aura disparu derrière des artifices plus « verts ». Parce que le terme écoquartier est une pure création marketing, tout droit sorti du crâne des politiques, des urbanistes, des architectes, de tous ces experts en prescription et proposition fumeuse, parfaits militants de l’économie totalitaire.

Les Tanneries 2, c’est dans le quartier des Ateliers. C’est une bonne grosse friche industrielle. Pêle-mêle des hangars laissés à l’abandon, une vieille casse automobile, des cabanes style bidonville, le « village » Rrom, le Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) pour les exilé.es de Calais et le Centre d’Accueil et Demandeurs d’Asile (CADA).

Ici on est bien loin des écoquartiers avec des bâtiments industriels réhabilités : une ancienne usine qui se transforme en Espace autogéré, le foyer décrépi des cheminots transformé en CADA. Sur les dalles en béton, c’est des bungalows qui y poussent. Des bungalows pour les Rroms et des bungalows pour les exilé.es de Calais.

La mairie relègue aux mêmes endroits les indésirables : voilà comment sont recyclés ces terrains industriels. Pour ne pas dire un alignement de bungalows, on appelle ça un « village ». Et tous ces « villages » sont invisibles, cachés derrière des hauts murs. Seules les paraboles qui en dépassent nous font comprendre que des gens vivent ici.

L’aménagement des villes fût de tout temps une affaire de ségrégation. D’un côté le centre-ville (centre commercial à ciel ouvert, dixit le maire) les quartiers touristiques, de fêtes et les pavillons ; de l’autre les banlieues et les indésirables… Mais face à cela une autre ville se pense et s’invente.

Depuis 8 ans, le Quartier Libre des Lentillères est installé sur les dernières terres maraîchères de la ville. Elle sont aujourd’hui cultivées et habitées par une centaine de personnes, sorte d’oasis de feu face au désert de la métropole.

Venez alors participer du 19 au 29 avril à l’assaut de la métropole dijonnaise par le Quartier Libre des Lentillères ! Nous vi- vrons une semaine d’offensivités joyeuses, pour réaffirmer que l’énième écoquartier (tant prisé par la mairie de Dijon, car celui incarnant tous les espoirs du développement durable) n’aura pas lieu !

Séminaire sur la critique de la métropole, chantiers, concerts, discussions entre divers territoires occupés, déambulation à vélo et manif le 28/04…

QUE VIVE LE QUARTIER LIBRE DES LENTILLÈRES !

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