Celles et ceux qui battent le pavé à Dijon

Cheminot, gilet jaune, chauffeur, soignantes, conseiller pôle emploi, pompier, professeur des école... La parole est donnée aux dijonnais·es qui composent les cortèges.

Celles et ceux qui battent le pavé à Dijon
Alors que l’État essaie de diviser le front social, les dijonnais·es continuent de battre le pavé en décembre.
Enseignant·es, cheminot·es, agents Pôle Emploi & SPIP, fonctionnaires, personnels hospitaliers, chauffeu·ses de bus, pompiers, Lentillères, salarié·es, précaires & gilets jaunes sont bien décidé·es à faire entendre leurs voix face à la privatisation de leurs vies.
Dans une série de prise de son, ils et elles nous expliquent les raisons de leur présence dans le cortège.

Solidarité

Alors aujourd’hui je manifeste contre la réforme des retraites parce que je trouve que c’est un système inégalitaire, l’objectif pour moi c’est d’instaurer plus de solidarité et pas moins de solidarité. On est favorable à la retraite par répartition et pas la mise en place d’une privatisation de nos retraites. L’objectif dans le corps enseignant c’est vraiment de refuser ça, mais aussi dans le corps de la société ce qu’on veut c’est de la solidarité entre les citoyens, comme on peut l’entendre chanter derrière nous !

Aujourd’hui c’est les retraites, demain ce sera la sécurité sociale, après-demain l’éducation nationale, après-après-demain l’hôpital... donc je suis là pour défendre avant tout ce que nous a légué le conseil national de la résistance en 45. Voilà, c’est pour ça que je suis là. Parce que je veux une société juste, équitable et solidaire.

Alors moi je suis déjà venue la semaine dernière où on était 8000. Aujourd’hui je reviens parce que les gens qui étaient dans la rue, 1 million, ça a pas fait bouger le gouvernement. Le modèle social est en train de se casser la gueule, on a vraiment le sentiment qu’on profite des petites gens qui ont déjà pas grand chose au quotidien, pour encore plus les massacrer et leur donner une miette de pain. On a vraiment l’impression qu’on s’attaque à la classe moyenne et la petite classe et que les élites vont pouvoir se payer une école, un hopital, comme eux le voit, et le reste de la population vont en chier.

Cheminots

Moi ce qui me donne envie d’être là aujourd’hui... je flippe un peu pour ma retraite mais surtout pour celle de mes gamins. Pour ce qui est cheminots, nous on a pas de complémentaires comme d’autres entreprises, c’est-à-dire que si aujourd’hui on fait la retraite par point on va être très perdant... Le cheminot aujourd’hui, il est embauché avec un salaire moins important que dans le privé, donc c’est un juste retour qu’à la fin tout ce qu’on a pas gagné dans notre carrière on le touche dans nos retraites. Aujourd’hui, on tape sur le fonctionnaire, on tape sur le cheminot, sur la ratp, sur les régimes spéciaux, il m’a fallu bosser environ 20 ans à la SNCF pour retrouver le même salaire que ce que j’avais avant dans le privé. Mais ça je l’ai accepté à la base parce que la SNCF me proposait de partir à 55 ans, me donnait une retraite à 70 % de mon dernier salaire, donc j’allais avoir un rythme de vie qui avait l’air intéressant à l’époque. Entre temps, on a eu plusieurs réformes des retraites, donc aujourd’hui si je veux partir à taux plein, j’ai commencé à bosser à 20 ans, faut que je parte à 62 ans. Donc ni plus ni moins que quelqu’un du privé. On a tous compris qu’on allait y perdre, mais on a pas compris qui allait gagner quelque chose dans l’histoire... À part peut-être les copains de Macron.

Chauffeur

Moi je suis chauffeur de bus, et quand je suis rentré dans ma boite, dans les années 70, on partait à la retraite à 55-57 ans. J’ai 30 ans de boite et aujourd’hui avec une carrière longue je vais partir à 60 ans, et avec la réforme 62 ou 64 ans. Je devrais passer à travers, mais derrière j’ai des enfants et des petits-enfants, donc au moins freiner les ardeurs du gouvernement. C’est pour ça que je suis là.

Gilet Jaune

Alors, ça se voit pas au micro mais je suis avec mon gilet jaune. Je crois que le recul des acquis sociaux du CNR est énorme. Ils nous ont pris énormément de choses, et ils s’arrêteront pas. Ils s’arrêteront même pas aux congés payés, et donc je pense que la retraite c’est un catalyseur qui fait que y’a autant de monde dans la rue. Mais évidemment mon combat est plus large que ça.

Professeur des écoles

Je suis en grève depuis jeudi, je suis professeur des écoles. Et je suis là pour défendre un système générale des retraites qui est basé sur la solidarité. C’est vraiment important pour nous parce que c’est un système qui est en place depuis 80 ans en France, c’est important de le défendre parce que y’a des attaques qui sont faites sur nos statuts, sur nos métiers, on est déjà pas beaucoup reconnu par la revalorisation et par notre hiérarchie donc c’est aussi un moyen de se faire entendre. Nous on fait grève aussi pour toutes les personnes qui peuvent pas la faire, je connais pas mal de personne dans ma famille qui voudraient la faire mais c’est compliqué pour eux. Nous on fait la grève parce que notre employeur c’est aussi celui qui décide nos retraites. Et là on peut voir que y’a une petite montée dans ce qu’on nous présente. On est rue de la préfecture, et jeudi dernier ici on avait des CRS qui étaient casqués et avec les boucliers, aujourd’hui ils ont posé les grillages, on sait pas trop pourquoi parce que tout se passe bien. On sait pas trop ce qu’on nous propose en face, pour l’instant rien à part de la répression qui risque d’arriver. La fin de la manifestation jeudi dernier on a eu des gaz lacrymogènes envoyés sans sommation, donc surprise sur ce qui va nous arriver aujourd’hui.

Conseiller Pôle Emploi

Dans les métiers qu’on fait, conseiller à l’emploi c’est à la limite du social et de l’économique. Recevoir des gens à 69 ans c’est pas possible. On est plus crédible à cet âge-là. En interne, la vraie crainte des collègues de pôle emploi, c’est de se retrouver avec des risques d’agression de la part des usagers de pôle emploi qui se retrouveraient du jour au lendemain soit avec moins de droits aux allocations soit avec plus rien du tout. C’est la vraie crainte qu’ils ont. Malheureusement ils comprennent pas que c’est la fin de l’assurance-chômage qui s’est passé là. C’est l’État qui a repris la main et les partenaires sociaux ont laissé faire. Hormis peut-être quelques organisations syndicales qui continuent à défendre les chômeurs, les autres en ont rien à foutre finalement. Et nous on les voit à pôle emploi dans les instances de représentation du personnel, on les entend jamais là-dessus, jamais, et pourtant si on a du boulot nous c’est bien parce qu’il y a du chômage. Les représentants de la CFDT, de la CFTC, de la CGC, jamais on les entend prendre la défense des demandeurs d’emploi. C’est eux qui nous font crouter hein !

Soignante

Nous on est quand même en souffrance depuis des mois et des mois, les urgences un peu partout en France sont en grève. Les conditions de travail des agents de la fonction hospitalière, c’est juste une honte. On ne peut pas prendre soin des patients quand on ne prend pas soin de son personnel. Pis t’as le public, il est en train de mourir, à petit feu, avec la complicité du gouvernement. Dans notre travail, y’a 25 % d’arrêt maladie, en moyenne, c’était ça l’année dernière et je pense que cette année on va battre des records, on a pas encore les chiffres. Des accidents de travail en constante augmentation. Moi ce que je veux dire au gouvernement, c’est que j’espère qu’un jour ils auront pas à être soignés dans le public, bon y’a peu de chance parce que eux ils ont des hopitaux privés, avec des chambres réservés et un service VIP, donc forcément ils se sentiront jamais concernés. Mais si un jour ils peuvent faire cette expérience, qu’elle leur serve de leçon !

Pompier

Sapeur-pompier, vous êtes pas considéré comme un métier à risque ?
Non, nous ne sommes pas un métier à risque aux yeux de l’État, donc on demande à être reconnu comme la police l’est. Pour nos retraites, pour le moment nous on a un régime spéciale, on sur-cotise pour pouvoir partir 5 ans avant l’âge légale de la retraite. Faut savoir que sur nos 24h, on est payé que 17, qu’on travaille jour, nuit, jour férié, jour de fête, et c’est pour ça qu’on pense mériter de partir avant cet âge légal et qu’on veut pas être des papis dans les véhicules pour secourir les gens. On se bat pour l’âge de la retraite parce qu’il en va aussi de la population, parce que si on est vieux et que la population vieillit dans les rangs des sapeurs pompier, on pourra pas secourir les gens en toute sécurité, c’est clair. Et pis pour l’unité nationale, parce qu’on est avec les autres fonctionnaires, l’enseignement, les soins, les services... on se bat pour ça aussi.

Lentillères

Alors « la lutte paie, Quartier libre des Lentillères, 10 ans d’occupation, 9ha préservé », et là sur cette rosalie y’a du vin chaud qui est vendu pour faire du soutien à la caisse de grève. L’idée c’est que quand même, depuis 10 ans aux Lentillères, y’a plein de choses qui se sont inventées, qui se sont expérimentées, tu vas là-bas et à chaque fois tu es étonnée de la créativité des gens qui y habitent. Soit au niveau des jardins, des habitations, des concerts, des choses artistiques, de la déco, soit au niveau d’une espèce d’invention de la manière de vivre ensemble qui est quand même bien cool.

Le mots de la fin

Alors sur mon panneau il est écrit « L’argent qui nous manque est sur les comptes en banque des truands en col blanc », et mon panneau réclame l’impunité zéro pour les évadés fiscaux. De l’autre côté, y’a marqué qu’un évadé fiscal est un parasite social.

T’as un beau panneau, c’est écrit « Nos droits pointés du doigt » avec un gros fuck. Il s’adresse à qui ce fuck ?
À qui il s’adresse ? À tous ceux qui veulent nous imposer des réformes, franchement nous on a rien demandé et ils se partagent le monde entre mille personnes, et nous on veut juste que ce soit égalitaire et on les emmerde tous, on veut juste vivre tranquille.

[Micro Trottoir] Manifestation du 5 décembre contre la réforme des retraites

Une série d’interview captées le 5 décembre pour comprendre comment la réforme des retraites atteint chacun.e des manifestant.es.

27 décembre 2019


    Documents joints

  • Celles et ceux qui battent le pavé à Dijon (MP3 – 17.4 Mo)

    Alors que l’État essaie de diviser le front social, les dijonnais·es continuent de battre le pavé en décembre.

    Enseignant·es, cheminot·es, agents Pôle Emploi & SPIP, fonctionnaires, personnels hospitaliers, chauffeu·ses de bus, pompiers, Lentillères, salarié·es, précaires & gilets jaunes sont bien décidé·es à faire entendre leurs voix face à la privatisation de leurs vies.

    Dans une série de prise de son, ils et elles nous expliquent les raisons de leur présence dans le cortège.

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