Féminisme et crise

Que fait la crise au féminisme ? Que peut le féminisme pour la crise ?
À travers une émission de Radio Talweg, nous faisons un point sur la situation des femmes en cette période de confinement, et nous traçons quelques pistes tirer de l’histoire du féminisme pour se renforcer.


 
 
Cet article est une tentative de mise à l’écrit de l’émission de Radio Talweg « Féminisme et crise » enregistré le 16 avril 2020. Si vous préférez écouter toute l’émission d’un seul bloc, elle est disponible et téléchargeable depuis le site de Radio Talweg sur ce lien.
L’article qui suit reprend toutes les étapes de l’émission, mais ne retranscrit absolument pas la totalité de ce qui s’y est dit. À vous de choisir si vous préférez l’écoute ou la lecture !
 
 

1 / Introduction

On a dit partout à la TV et dans la presse de l’année qui vient de passer qu’elle était « féministe » ; mais soudain tout ceci est oublié... Nous ne voyons plus à l’écran que docteurs, militaires et politiques, hommes blancs qui reprennent l’avant-scène pour nous expliquer comment être solidaires de la Nation en évitant la propagation du virus, d’aplanir la courbe tous ensemble, en restant chez soi.

 

1 - Introduction

 

Lorsque nous avons lu cet extrait, issu d’un texte de Natacha Roussel - Pourtant nous étions féministe - paru sur Expansive et sur Rebellyon.info au hasard d’une autre émission de Radio Talweg, il nous a soudain interpellé. C’est vrai ça : que fait vraiment la crise au féminisme ?
Nous avions le vague sentiment que le féminisme était historiquement malmené en période de crise. Mais nous ne savions plus exactement d’où venait cette impression.

Peut-être d’une punchline de Simone de Beauvoir :

N’oubliez pas qu’une crise politique, économique ou religieuse suffira pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne seront jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes tout au long de votre vie

Simone de Beauvoir

Ou peut-être de La servante écarlate, cette série américaine dans laquelle la crise écologique et politique laisse place à un monde où les femmes fertiles deviennent les esclaves des couples bourgeois stériles.

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Ou encore peut-être de la bande-dessinée de science-fiction Les mondes d’Aldebaran, dans laquelle l’héroÏne découvre une colonie où les femmes se retrouvent contraintes de mettre au nombre le plus grand nombre d’enfants, violées par des hommes cis [1] qu’on leur attribut autoritairement, pour faciliter la colonisation de la planète Bételgeuse.

— Alors mademoiselle, j’ai cru comprendre que vous n’approuvez pas trop la façon dont nous avons fait face aux difficultés causées par notre situation...

— C’est vrai qu’il y a certains aspects qui... qui me gènent. Surtout en ce qui concerne le rôle des femmes. Par exemple, cela me gène que ce soit une femme qui nous serve les repas. Pourquoi destiner aux femmes les tâches les plus inintéressantes ?

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— Vous oubliez les contraintes biologiques, mademoiselle. Dans une société avec un grand développement technologique, la femme peut être l’égale de l’homme, mais dans une société plus primitive comme c’est le cas de la notre ici, en tant que survivants isolés dans un milieu hostile, les différences biologiques entre la femme et l’homme reprennent toute leur importance. La répartition des rôles se fait alors tout naturellement. La femme, plus fragile et diminuée par les contraints de la procréation, se chargera des tâches domestiques et de la garde des enfants, pendant que les hommes, plus forts physiquement et plus libres, s’occuperont de la chasse, des constructions et de la défense.

— Hmm... Je crois que vous simplifiez un peu trop les choses, monsieur Menegaz...

— Je ne le crois pas, mademoiselle. À mon avis, c’est vous qui avez tendance à oublier la dure réalité de notre situation ici

Bételgeuse, Les mondes d’Aldebaran, Léo

Pour étayer ces sensations, nous avons fait quelques recherches rapides. Et bien c’est fou de se rendre compte de la pauvreté de ce que nous donne les moteurs de recherche pour « féminisme et crise ». On galère à trouver la moindre piste intéressante sur l’histoire du féminisme.
C’est incroyable de se rendre compte que par contre, les termes « masculinité [2] et crise » renvoie immédiatement à de multiples pistes. Dans la matinale du 16 avril, un camarade de radio Talweg en avait fait un bref aperçu. Il nous donne au moins 3 directions de recherches :

  • La masculinité comme cause de la crise
  • La crise comme renforcement de la masculinité
  • La prétendue « crise de la masculinité »

 

Masculinité et crise

 

Et en effet, les résultat les plus récurents pour « féminisme et crise » recoupent tous plus ou moins la question « le féminisme met-il la masculinité en crise ? »
Certainement faut-il en conclure que pour être « en crise », il faut être hégémonique. On n’est pas en crise lorsque l’on est minoritaire et en lutte.

Le seul renvoi historique que nous avons trouvé est un article de Christine Bard sur « La crise du féminisme en France dans les années trente ». On en aura surtout retenu que le féminisme entrait dans les années 30 avec un sentiment de victoire qui a rendu son combat moins vital aux yeux de ses militantes, face à la montée du fascisme.

À partir de 1934-1936, le pacifisme, l’antifascisme et la mobilisation en faveur du Front populaire déplacent les pôles d’intérêt des féministes et provoquent une dissolution de leur identité. L’émancipation des femmes apparaît plus que jamais comme un problème secondaire, y compris aux yeux de la plupart des militantes qui s’investissent dans des luttes mixtes qu’elles estiment plus urgentes. Ce transfert d’énergie est d’ailleurs conforme à leur conception universaliste et humaniste du féminisme. Il entre dans leur logique du double engagement, et l’exemple de cette période démontre particulièrement l’impossibilité pour les féministes de se situer politiquement exclusivement comme femmes et comme féministes.

Ces lignes nous donnent envie, encore plus, de ne pas laisser de côté nos combats féministes en cette période difficile...

2 / Les conséquences du confinement pour les femmes

Féminicides

 

2 - Féminicides

 
 

A-t-on pensé aux mères et aux compagnes qui à cause de la recrudescence des coups de leurs maris doivent fuir de leur domicile ? Les associations de protections de femmes victimes de violences conjugales ont alerté les pouvoirs publics sur la hausse de 30% des violences faites aux femmes en cette période de confinement. Considérant que les moyens pour déclarer ces violences sont dès lors réduits à cause de l’isolement forcé, on ne peut que craindre la sous-estimation de ces chiffres.

Celles des femmes et des enfants qui sont enfermé·es avec des hommes violents, avec des hommes qui vont parfois oublier tout principe de consentement parce qu’en étant enfermés H24 ensemble c’est inconcevable qu’on n’ait pas envie, et puis faut bien passer le temps, et puis les besoins naturels et tout et tout.

Comme redouté, les mesures de confinement décidées par le gouvernement ont fait augmenter les violences conjugales. En zone gendarmerie, elles ont augmenté de « 32% en une semaine », a indiqué Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, et dans la zone de la préfecture de police de Paris, une hausse de « 36% en une semaine » a été enregistrée.

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Travail

Nous appelons Cécile, qui travaille dans le monde associatif et qui a une vision un peu globale de la situation des femmes au travail en ce moment. Elle nous parle de la visibilisation soudaine du travail reproductif, qui apparait comme le travail essentiel. On voit que ce sont essentiellement des femmes qui occupent ces postes. Elle revient sur les conditions de travail de ces métiers, sur les difficultés de lutte et sur les conséquences des restructurations en temps de crise sur ces métiers.

 

3 - Travail

 

Qu’est-ce que c’est le travail reproductif ?

C’est un peu l’analyse marxiste. On a le travail productif, de la production des marchandises. Le travail reproductif c’est tout ce qui est à côté. C’est ce qui fait que certes tu as une forme de travail sur laquelle le capitalisme se fait une plus-value, mais on va dire que le travailleur pour qu’il arrive à 7h du matin à l’usine et qu’il ressorte à 18h, il faut qu’il ait manger, qu’il ait dormi, qu’il ait une maison propre, donc en fait le travail reproductif c’est tout ce travail qui n’est pas dans la production de marchandise mais qui va permettre la reproduction de la force de travail. Donc c’est tous les boulots que font les femmes aujourd’hui dans le ménage, dans l’alimentaire, dans le care, dans le soin aux enfants, et qui est historiquement sous-payé parce qu’en fait avant c’était le travail que les femmes faisaient gratuitement dans la sphère familiale. Donc certes maintenant les femmes sont entrées sur le marché du travail, mais c’est parce que ces boulots-là sont héritiers du travail gratuit qu’ils sont sous-payés. C’est ce qu’on appelle le travail reproductif dévalorisé. C’est aussi une limite au capitalisme parce qu’il a tendance à toujours plus produire, mais s’il tue ses travailleurs trop vite et qu’il n’en a plus assez à exploiter il ne pourra plus faire du profit h24. Donc il est limité par ça. C’est ça qu’on voit aujourd’hui avec le contexte de pandémie. L’importance du travail reproductif réapparaît aux yeux de tout le monde.

Cécile, extrait de l’émission
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Soignantes

On fait une focale particulière sur la dévalorisation des métiers exercés par les femmes dans le domaine du soin.

 

4 - Les soignantes

 

En tant que professionnelle des services de santé, les femmes étaient largement confinées dans les rôles subalternes telles qu’infirmières et aides soignantes. En tant que patientes, nous nous trouvions soumises à des traitements à la fois intensifs et hasardeux : hystérectomies inutiles, naissances surmédicalisées, contraceptifs insuffisamment testés, stérilisations involontaires, à quoi s’ajoutait la condescendance presque universelle des médecins hommes. Nous n’étions pas sensées savoir quoi que ce soit sur notre propre corps, ni participer à la prise de décisions sur notre propre santé. En tant que filles, les femmes de notre génération avaient grandi en pensant leurs organes reproducteurs comme la région innommable d’en bas. Lorsque nous sommes autorisées à participer au processus de soin, nous ne pouvons le faire qu’en tant qu’infirmières, et les infirmières quel que soit leur rang ne sont que du personnel auxiliaire au service des médecins. Depuis l’aide soignante dont les tâches subalternes sont définies avec une précision industrielle, à l’infirmière professionnelle qui traduit les prescriptions du médecins en tâches pour les aides soignantes, le statut des infirmières est celui de domestiques en uniformes au service de professionnels masculins dominants. Notre soumission est renforcée par notre ignorance et nous sommes forcées à rester ignorantes. On apprend aux infirmières à ne pas poser de questions, à ne pas contester. Le docteur sait mieux que vous. Nous avons appris ceci : l’élimination des femmes des métiers de la santé et l’accession au pouvoir des professionnels masculins ne furent pas des processus naturels résultant automatiquement des progrès de la science médicale, ils ne furent pas non plus le résultat d’une incapacité des femmes à prendre en charge le travail de soin. Il y eu une prise de contrôle active de la part des professionnels masculins. Et ce ne fût pas la science qui permit aux hommes de l’emporter. Les batailles cruciales eurent lieu bien avant le développement de la technologie scientifique moderne. Leurs enjeux étaient grands : la monopolisation politique et économique de la médecine signifiait le contrôle de cette organisation institutionnelles, de sa théorie et de sa pratique, de ses bénéfices et de son prestige. Et les enjeux sont encore plus grands aujourd’hui, alors que le contrôle total de la médecine signifie le pouvoir potentiel de déterminer qui doit vivre et qui doit mourir. La répression des femmes soignantes par l’institution médicale fût une lutte politique, d’abord parce qu’elle s’inscrit dans l’histoire de la guerre des sexes en générale. Le statut des femmes soignantes s’est amélioré et a décliné parallèlement au statut des femmes. Lorsque les femmes soignantes étaient attaquées, elles l’étaient en tant que femmes. Lorsqu’elles se défendaient, elles se défendaient au nom de toutes les femmes. Ce fût également une lutte politique qui s’inscrivit dans une lutte de classe. Les femmes soignantes étaient les médecins du peuple, et leur médecine faisait partie d’une sous-culture populaire. De tous temps et jusqu’à aujourd’hui, les pratiques médicales des femmes ont prospéré au sein de mouvement de révolte de classe populaire qui ont lutté pour s’affranchir des autorités en place. Sur l’autre bord, les professionnels masculins ont toujours servi la classe dirigeante, à la fois médicalement et politiquement. Leurs intérêts ont été promus par les universités, les fondations philanthropiques et la loi, ils ne doivent leur victoire pas tant à leurs propres efforts qu’à l’intervention de la classe dirigeante qu’ils servaient.

 
 

Travail du sexe

« On s’est réveillé dans un cauchemar, abonde la présidente de l’association Acceptess-T Giovanna Rincon. On n’a pas les moyens financiers ou logistiques de faire face aux recommandations du gouvernement. De quoi vont vivre les travailleuses du sexe ? D’ici peu, elles vont devoir sortir et chercher un client pour subsister à leurs besoins. Et donc se mettre en danger. »
Les TDS ne sont pas éligibles au chômage partiel. Seules les rares déclarées pourraient prétendre au fonds d’aide pour les travailleurs indépendants. Comment payer alors ses factures, ses courses ou régler le loyer ?

Nous appelons Erika, travailleuse du sexe à Dijon, pour qu’elle nous raconte ce que le confinement a changé dans sa vie, et ce qu’elle sait des autres travailleuses du sexe dijonnaises.

 

5 - Travail du sexe

 

— J’ai arrêté depuis le début du confinement. J’ai fait ce choix-là parce que je pouvais me le permettre. Mais effectivement la situation devient de plus en plus précaire, je peux me le permettre mais à courte durée, arrivé un moment faut quand même réussir à manger, faire des courses, payer ses factures si on en a, son loyer, etc. Et du coup on peut pas rester sans activités du tout. Moi pour le moment j’ai fait le choix de faire attention et de pas prendre de rendez-vous.
— T’avais des demandes de clients réguliers ?
— Ouais, j’ai eu des demandes. Par contre, des gens continuent d’être demandeur de rendez-vous.
— De quelle manière ils prenaient ton refus ?
— Certains avec insistance, en comprenant pas tellement, en disant que c’est pas si grave, en disant qu’on peut faire attention. Là y’a clairement un non-respect de l’autre. Moi j’ai assez de caractère pour refuser ce genre de situation, mais clairement y’a des fens qui n’arrivent pas à le faire et donc y’a de la mise en danger de la part de certaines personnes qui peuvent être insistantes quand on leur répond non. Et sinon y’a aussi eu des personnes plutôt compréhensives, voire charmantes, qui en tout cas ont eu des messages de soutien assez compréhensifs et apaisants.

Erika, extrait de l’émission

Pour soutenir financièrement les travailleuses du sexe : Appel à don

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Précarité

Le site femmes en lutte 93 a lancé un appel à témoignages des femmes des quartiers populaires. Les récits témoignent de la dureté des situations, lorsque le confinement entraine toujours plus de précarité, de sexisme et de racisme.

Nous lisons des extraits de deux témoignages trouvés sur ce site.

 

6 - Précarité

 

L’épidémie trainait depuis un moment mais je m’en foutais jusqu’à ce que l’école ferme, ça a été la première claque. J’étais au bout de ma vie car je n’avais pas de solution de garde, je travaille et j’étudie donc ça a stoppé toute ma vie. Ma fille a trois ans et demi, elle est asthmatique sévère. Il y a à peine un mois et demi elle était en réanimation à Robert Debré où elle a encore failli mourir d’une crise d’asthme, encore à cause d’une mauvaise prise en charge médical, entre autres parce qu’on vient de Saint-Denis, qu’on est toutes les deux racisées, et que de ce fait on ne nous prend jamais au sérieux. [...] J’étais en panique et sans solutions, je me suis donc organisée avec une pote qui est aussi mère célibataire et qui faisait face au même problématique d’organisation que moi.On a donc décidé de se rejoindre pour s’organiser ensemble, aménager notre temps et gérer nos responsabilités ensemble.En tant que mère seule, qui plus est pauvre, je fais un grand nombre de tache différente dans la journée : j’emmène et récupère ma fille à l’école, je m’occupe des tâches administratives (e fais les courses, je vais à l’université, rdv médicaux, allers-retours à l’hôpital, etc. le tout en transport quand ma copine n’est pas là ou pas véhiculé. Et c’est évident que ce type de suractivité de pauvre ça décuple l’exposition. Le confinement était très compliqué parce que je n’étais plus chez moi. L’objectif c’était de s’organiser entre mère célibataire mais on s’est retrouvé hors de chez nous sans assez d’affaires, de jeux pour les enfants, sans machine à laver le linge, dans un appartement insalubre, qu’on s’est épuisées à nettoyer, à rendre le plus sein possible en arrachant des moquettes, en déplaçant des meubles lourds en même pas 24h, tout ça pour le corps c’était épuisant. Les risques de mort qu’ils soient sanitaires ou sociaux sont éminemment liés. Et la gestion raciste, sexiste, classiste de la crise poussent prioritairement les femmes, les minorités de genre, les pauvres et les personnes racisées vers la mort. Ce qui m’a sauvé ça a été d’avoir un réseau d’amis féministe, queer et antiracistes hyper réactifs, que j’ai appelé en chouinant et qui m’ont trouvé une solution de logement qui, hamdoullah s’avère idéale. On a fini par arriver là où nous sommes actuellement et l’adrénaline commence tout doucement à retomber.Le confinement fait ressortir tout ce qui est raciste et sexiste chez les gens. Quand t’es deux meufs seules, dans un village de vieux, t’as peur. Peur des racistes psychopathes, peur du crevard ne qui n’a rien baisé depuis la nuit des temps et qui ferait bien de toi son quatre heure… En plus, s’ils sont racistes, qu’ils te dénoncent aux gendarmes, t’as peur pour ta survie. On a moins peur du virus ici mais clairement j’ai eu plus peur pour les atteintes à ma vie ici qu’à Saint Denis.

La politique de Macron, c’est de la merde et du foutage de gueule. C’est comme s’il y avait le confinement pour le monde entier et nous. Mais nous ne faisons pas partie de ce monde, des gens à sauver. Par nous, j’entends les pauvres, les migrant.e.s. [...]
Pour eux, je ne suis qu’une une simple femme pauvre migrante, qui va donner à manger à d’autres migrants et qui doit fermer sa gueule et obéir. Je suis une hmara qui va au taf, je dois me taire et je ne peux pas lâcher pour me protéger, car sinon je n’ai plus rien pour vivre.

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Cyber-harcèlement

Un point rapide sur l’augmentation du cyber-harcèlement avec le confinement.

 

7 - Cyber-harcèlement

 

Pour lutter contre le cyber-harcèlement : le site Féministes contre le cyber-harcèlement

 
 

Transphobie au Panama

 

8 - Panama

 

On s’arrête rapidement sur la situation au Panama, où le gouvernement a décidé de laisser sortir les hommes et les femmes séparément pour... simplifier la fluidification des sorties !
Cette décision met les personnes trans dans des situations compliquées :

Des femmes étaient en train de filmer des amies transgenre qui étaient au supermarché et elles disaient ’Ce n’est pas leur jour, pourquoi sortent-elles si ce sont des hommes ?’ Elles étaient habillées en femme car c’est notre manière de nous habiller. C’est notre manière d’exprimer notre genre. C’était une erreur. Le président est sorti hier en disant qu’il analyse les choses avant de dire quelque chose. Moi je pense qu’il n’a pas analysé notre situation. Le Panama n’a pas de politique sur l’identité de genre, en ce moment.

Venus Tejada,
Présidente d’une association
pour les droits des personnes transgenres [3]

 
 

Avortement

 

9 - Avortement

 

  • En France

La durée de l’avortement médicamenteuse est passé de 5 à 7 semaines de grossesse, pour que l’on puisse plus longtemps avorté à la maison. Si c’est toujours chouette de voir les durée d’avortement allongée, ça fait aussi que c’est plus difficile d’avorter par aspiration, ce qui peut être choix préférable pour pas mal de femmes.
Il semblerait que les demandes d’IVG ont beaucoup diminué, ce qui pose des questions. Des médecins disent que c’est lié à la culpabilité d’avoir besoin de soin dans une période où les hôpitaux sont saturés. On continue à nous laisser en tête que l’avortement est un luxe...

  • Aux États-Unis

Des réactionnaires profitent de la crise pour faire reculer le droit à l’IVG, en le faisant suspendre aux Texas, sous le prétexte que c’est un acte médicale secondaire.

  • En Pologne

Le gouvernement essaie de faire passer des lois interdisant les avortements pour malformation du foetus.

Avorter en Pologne n’est possible que dans trois cas : si la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste, si la vie de la mère est en danger, ou si le fœtus présente des dommages irréversibles. C’est cette disposition qu’Ordo Iuris, soutenu par le PiS, veut abroger. Or, plus de 95% du millier d’avortements légaux pratiqués chaque année en Pologne le sont sous cette condition. Le texte propose également de punir les femmes qui ont recours à l’avortement, et les soignants qui l’exécutent, d’une peine de cinq ans de prison.
Pour de nombreuses féministes polonaises, comme Klementyna Suchanow, fondatrice de Strajk Kobiet (« la grève des femmes »), l’examen des textes en plein état d’urgence sanitaire n’est pas une question de « valeurs religieuses ou morales, mais de pouvoir ». La présidente de la Diète, Elzbieta Witek, qui a décidé de mettre à l’agenda les deux textes cette semaine, était tenue légalement de le faire avant la mi-mai. Or, d’ici là, impossible de savoir si le déconfinement de la population aurait eu lieu.

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Charge mentale

Pour définir la charge mentale, on parle rapidement de la BD d’Emma « Fallait demander », qu’on vous conseille de lire !

 

10 - Charge mentale

 

Le confinement est une catastrophe pour les femmes. Le droit de sortir pour autre chose que pour des « achats de première nécessité », il faut dire, elles l’ont gagné il n’y a pas si longtemps. Prendre soin de son intérieur, se faire belle pour rester chez soi, sortir pour faire les courses et saluer Simone de loin avec la main si on la croise, ça nous ramène à un atavisme moins vieux qu’on l’aimerait.
Il n’y a qu’à sortir pour s’en rendre compte : dans les magasins, dans les rues, partout, une majorité de femmes, avec ou sans masque, trimballent des sacs de victuailles. Des hommes aussi, mais moins, quand même, si, si. Parce que quand on a une chance dans la semaine d’acheter les trucs qu’il faut pour la famille, il vaut mieux pas se louper, et il vaut mieux que ce soit la personne en « charge », vous savez cette fameuse charge mentale, qui se « charge » directement des achats, pour éviter les erreurs. Et devinez qui c’est, dans la majorité des couples hétéros ? Vous avez deviné : probablement la même qui s’occupe des enfants d’une main tout en télétravaillant de l’autre. Jean-Michel, lui, il va sûrement penser à acheter des choses hors du commun, des petits plaisirs pour rendre la vie plus belle, mais pas sûr qu’il pense aux œufs et aux couches. Héros, Jean-Michel, avec ses chips d’exception qui rendent la vie plus belle, mais qui torchent définitivement mal les fesses de bébé.

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3/ Que peut faire le féminisme à la crise ?

Nous avons déjà parlé un peu de la manière dont nous pouvons être solidaires les un·es des autres en cetté période, en étant attentives à nos voisines ou en donnant de l’argent dans les caisses de soutien aux personnes les plus précaires.
Dans cette dernière partie d’émission, nous voulons aussi essayer de décaler le regard sur la crise actuelle, en allant piocher dans quelques héritages féministes.

 

Repenser le soin

La science ne connaît comme remède que la séparation des corps plutôt que l’organisation de la solidarité et le partage du savoir.

Une longue histoire de pratique, de réflexion et de lutte autour des questions de soin marque l’histoire du féminisme. En cette période de centralisation autour de l’hôpital, n’oublions pas de questionner les rapports autoritaires et masculins qui traversent l’organisation du soin dans notre société. Réapproprions-nous nos corps, soyons capable de faire face aux institutions, de comprendre ce qu’elles nous disent, de nous émanciper d’elles quand c’est possible.

 

11 - Repenser le soin

 

Voici une bibliographie féministe non exhaustive sur les questions de soin

À propos d’accouchement

Atelier du groupe soin de Lyon
Atelier publique une à deux fois par mois, sur l’idée que tout le monde a fait l’expérience de la maladie et de la guérison, donc tout le monde a son avis sur la question. Faire se rencontrer le savoir qu’il y a dans toutes les expériences et le savoir scientifique. Plusieurs brochures sont issues de ce groupe, et rassemble des connaissances et des retours d’expériences. Elles sont disponibles sur Infokiosques.net.

Autres brochures en ligne

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Repenser la peur

Les mouvements féministes sont souvent marqués par la volonté de faire quelque chose de nos émotions les plus cachées, les plus compliquées à assumer. C’est ce qui marque les groupes de parole, qui ont souvent l’envie de partir de nos expériences, et de les transformer en force collective.
Pendant cette période d’angoisse très forte quant à la maladie, la mort, la répression policière, ou l’autoritarisme du pouvoir, nous nous sommes tournées vers l’histoire de l’éco-féminisme, dont certains groupes avait fait de la peur leur ressort d’action, en l’exprimant et la transformant en force collective.

Nous appelons Sarah, qui nous raconte ce qu’elle a appris du livre Des femmes contre des missiles de Alice Cook et Gwen Kirk.

 

12 - Repenser la peur

 

Les femmes de Greenham nous apprennent qu’il n’y a pas de résistances sans pressentiment de la menace qui guette. Il n’y a pas de révoltes sans attachement, seul le chagrin et la peur de perdre ce qui est cher peut susciter la colère et la conviction que la lutte est nécessaire.

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4 / Conclusion

Les petits + du confinement

Pour presque finir l’émission, on liste les trucs chouettes du confinement et on apprend à se faire un câlin à soi-même.

 

13 - Les petits plus du confinement

 

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Rien ne remplace la sororité

Que les crises passent, que les lois reculent, que le mépris et la violence des hommes cis varient, la solidarité politique entre nous est bien la seule chose sur laquelle nous pourrons compter contre vent et marée.
Ne nous lâchons pas, resserrons nos liens, et construisons un mouvement féministe toujours plus fort, plus hétérogène et plus dense !

 

14 - Rien ne remplace la sororité

 

Il suffit d’un peu de connaissance historique pour savoir que les progrès qui nous sont promis, et les droits qui nous sont déjà garantis sont tous suspendus à une richesse sociale géographiquement limitée, historiquement récente et menacée ; de façon régulière par les crises économiques et dans un futur proche par une possible guerre atomique ou une crise écologique.
Dans ces conditions une liberté est déjà en soi très précaire. Mais il ne s’agit même pas réellement de liberté, parce qu’il suffit d’un peu d’imagination pour voir, soit dans le passé, soit de nos jours dans les pays moins riches, que l’existence d’une femme demeure sous la menace d’une violence négatrice qui la détruira, si c’est ce que la société exige. Cette menace n’est pas extérieure. À l’intérieur de notre société marquée par l’émancipation féminine, quand elle n’est pas au service des hommes, une femme perçoit tout de suite que sa différence humaine constitue une particularité tout aussi visible qu’insignifiante. Elle est née femme, mais elle pourrait être un homme, et par mille indices la société lui fait comprendre qu’il aurait été préférable pour elle de l’être vraiment. [...]
Pour que la liberté féminine soit d’elle-même garantie – sans quoi il ne s’agit pas de liberté mais d’émancipation, comme elle est justement appelée – il est indispensable que les circonstances historiques qui ont favorisé extérieurement notre libération soient, pour ainsi dire, rendues superflues. Qu’elles soient traduites ou remplacées par la liberté même qui se reproduit à partir d’elle-même, et qui produit les conditions matérielles nécessaires à son exercice.
S’il est vrai, comme il a été écrit, que la pasteurisation du lait a davantage contribué à la liberté féminine que les luttes des « suffragettes », il faut faire en sorte que cela ne soit plus vrai. Et il faut dire de même pour la médecine qui a réduit la mortalité infantile ou inventé les contraceptifs, ou pour les machines qui ont rendues le travail humain plus productif, ou pour ces progrès de la vie sociétale qui ont amené les hommes à ne plus considérer les femmes comme des êtres de nature inférieure. D’où vient cette liberté qui m’arrive à l’intérieur d’une bouteille de lait pasteurisé ? Quelles racines a la fleur qui m’est offerte en signe d’éducation supérieure ? Qui suis-je si ma liberté se trouve dans cette bouteille ou dans cette fleur qu’ils ont déposé dans ma main ?
Ce n’est pas tant la précarité du don qui est en question – bien que ce soit une circonstance à ne pas négliger – que son origine. Il faut se trouver à l’origine de sa propre liberté pour en avoir une possession sûre, qui ne signifie pas une jouissance garantie mais la certitude de savoir la reproduire même dans des conditions moins favorables. [...]
Nous ne repoussons pas les fruits de la civilisation quand ils nous sont utiles. Au contraire, nous les apprécions vivement, d’autant plus que derrière eux se cachent non seulement le travail d’hommes libres mais aussi celui de beaucoup de femmes qui ont désiré être libres. Nous apprécions la science médicale qui a réduit la mortalité infantile, les machines qui substituent ou allègent le travail manuel, les règles sociales qui interdisent aux hommes l’agression sexuelle, les réformes qui ouvrent aux femmes l’exercice de tous les métiers et professions, les théories philosophiques et scientifiques selon lesquelles la différence anatomique entre les femmes et les hommes n’est pas interprétable comme une infériorité des premières.
Mais ce sont seulement des fruits, et la liberté, comme on le sait depuis toujours ou au moins depuis la Révolution française, est un arbre. [...]
Nous ne ferons pas dépendre la liberté féminine, la nôtre et celle de nos semblables, des progrès d’une culture qui s’est nourrie du mépris pour notre sexe depuis des temps immémoriaux. Nous ferons l’inverse. Nous nous lions dans un pacte de liberté avec nos semblables et, à travers elles, avec le monde ; et à partir de là, lorsque notre existence sociale libre sera garantie, nous ferons ce qu’il reste à faire pour que la société se libère de son mépris pour le sexe féminin.

Extrait de Ne crois pas avoir de droits,
de la librairie des femmes de Milan
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Au revoir

Vous pouvez retrouver toutes les émission de Radio Talweg dans l’onglet Réécouter du site web radiotalweg.com.

 

15 - Au revoir

 

Pour nous contacter : radiotalweg [at] riseup.net


P.-S.

Sinon, on vous conseille de regarder « Rebelles », c’est toujours ça de pris !

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Notes

[1C’est-à-dire des hommes dont le genre correspond au genre qu’on nous a assigné à la naissance. Cis-genre s’oppose fréquemment à « trans-genre ».

[2Quand nous parlons de masculinité ici, nous pensons à la masculinité incarnée par les hommes cis.

[3extrait d’une vidéo de BFM.

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[Strasbourg] Appel à textes pour célébrer nos mort-es

Nos mort-es sont politiques ! Chaque année, nous comptons nos mort-es suicidé-es, assassiné-es, silencié-es par féminicides, crimes racistes, transphobes, queerphobes et putophobes. Écrivons pour les célébre, iels n’auront pas nos mort-es, iels n’auront pas nos vies !

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Pratique méconnue, la réduction des risques (RDR) fait partie, entre autres, des pistes de la « stratégie de déconfinement respectueuse des droits et des populations les plus fragiles », élaborée par l’association AIDES, qui lutte depuis de nombreuses années contre le VIH notamment.

[MàJ] 17 juin : action à Dijon !

« Mercredi 17 juin nous répondrons à l’appel national à agir contre la réintoxication du monde. Nous souhaitons mettre en avant d’autres manières de vivre la ville, de ne pas nous laisser déposséder de nos quartiers et des quelques espaces de respirations qui subsistent. »