Les Soulèvements de la Terre : programme de la saison 3



Après les deux premières saisons qui ont permis aux différentes composantes des Soulèvements de la Terre d’apprendre à s’organiser et à composer depuis des positions et des cultures politiques très différentes et de franchir des seuils ensemble, il nous a paru logique et nécessaire de poursuivre cette expérience à travers une nouvelle saison de luttes à venir partout sur le territoire.

En 2021, il y a à peine plus d’un an, nous lancions l’appel des Soulèvements de la Terre, largement signé et appuyé dès sa publication. Plus qu’une énième tribune sur la catastrophe en cours, ce texte avait pour ambition d’enclencher une dynamique de résistance et d’organisation. Il annonçait un agenda d’actions concrètes à l’échelle nationale, agrégeant mouvements écologistes, habitant.es révolté.es, syndicats paysans, fermes et collectifs autonomes autour d’une série de rendez-vous.
Depuis, les Soulèvements de la Terre sont devenus une force, un mouvement qui s’installe peu à peu dans le paysage et trace son sillage au fil des occupations de terres, des blocages et des désarmements :

  • d’abord, en devenant une base d’appui à des moments souvent charnières, pour diverses luttes locales qui ont jalonné la route des deux premières saisons : la Prévalaye à Rennes, le jardin des Vaites à Besançon, l’occupation de Zaclay au sud de Paris, la lutte des Sucs contre la RNv88 en Haute-Loire ou encore la lutte contre la construction de carrières de sable à St-Colomban en Loire-Atlantique... Ces quelques mois derniers nous avons concentré nos forces à 3 reprises pour faire barrage aux chantiers-tests de méga-bassines dans le marais poitevin. On se rappellera longtemps de la foule courant à l’assaut de la bassine de Cram-Chaban le 6 novembre, et du débâchage intégral de cette dernière sous la protection des tracteurs restés en contrebas. Une mémoire commune se tisse peu à peu, joyeuse et réconfortante, et nous sommes alors de plus en plus nombreux-ses à se retrouver d’un acte à l’autre, traversant la France quand il le faut.
  • en organisant aussi des actions directes d’envergure nationale contre les industries responsables du désastre en cours, notamment l’occupation et le désarmement méticuleux de 4 sites du terminal cimentier du port de Gennevilliers en juin 2021 ou encore la tentative d’intrusion mouvementée dans une usine Monsanto à Villefranche-sur-Saône le 5 mars dernier, avec à chaque fois l’apparition subite et mordante de centaines de combis blanches au cœur de zones à démanteler.
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Après les deux premières saisons qui ont permis aux différentes composantes des Soulèvements de la Terre d’apprendre à s’organiser et à composer depuis des positions et des cultures politiques très différentes et de franchir des seuils ensemble, il nous a paru logique et nécessaire de poursuivre cette expérience encore naissante. À l’heure où l’écologie est dépolitisée par l’apologie des “petits gestes individuels”, à l’heure où la question fondamentale des conditions de notre vie sur terre est occultée par une offensive xénophobe et réactionnaire brutale, l’émergence d’une force politique non institutionnelle qui se donne les moyens d’agir sur certains champs clés du ravage capitaliste est d’autant plus précieuse.

En plus des actions, un travail politique de réflexions et d’enquêtes s’est ouvert sur la question foncière. On y explore les logiques de concentrations, les stratégies de détournements de la régulation publique par les grosses sociétés agricoles. On réfléchit aux moyens de s’y opposer concrètement sur le terrain, comme lors de la prise de vignes du Jura en janvier dernier. On tente de saisir par quel biais l’accaparement accru des biens communs que sont la terre et l’eau par l’agro-industrie pourrait enfin être stoppé.

Alors tandis qu’essaiment de nouvelles dynamiques sœurs, comme les Soulèvements de la Mer, la Coalition des Jardins populaires ou la journée d’actions coordonnées Retour sur Terres du 26 avril (https://resistanceslocales.org/ ) on a décidé d’enfoncer le clou et de continuer l’aventure en lançant une saison 3. Que ce soit pour revenir en nombre et arrimer les possibilités de victoire aux Vaîtes, à St-Colomban ou face aux Bassines, que ce soit pour faire rempart à une zone commerciale aujourd’hui Zone à Patates dans le Lubéron, à des retenues collinaires en Haute-Savoie déjà freinées l’automne dernier par une ZAD éphémère ou pour se déployer sur des terres face à la spéculation foncière dans le Var, nous vous invitons plus que jamais à nous rejoindre dans les prochains mois !

Acte 1 - 2 & 3 avril 2022 Manifestation et reprise de terres aux jardins des vaîtes à Besancon. Assises des jardins populaires en lutte.

En mars 2021, nous avions entamé les mobilisations des Soulèvements de la Terre par une marche en défense des terres des Vaîtes à Besançon et des Lentillères à Dijon. Nous demandions alors l’abandon ferme et définitif du projet d’écoquartier des Vaîtes, menaçant 34 hectares de jardins, terres maraîchères et espaces naturels.

Un an après, ces terres sont toujours menacées. Dans un nouveau « projet revisité », la mairie présente comme un « progrès » et un « consensus » la destruction de plus de 11 hectares dans sa première phase d’urbanisation.

Dans cette lutte, hier comme aujourd’hui, s’entremêlent défense du vivant, question sociale et question paysanne. Nous défendons aussi les terres des Vaîtes pour participer de manière solidaire à un mouvement d’ensemble pour la défense de la biodiversité et d’une alimentation de proximité et de qualité. Nous réaffirmons que le projet de bétonisation des Vaîtes est un projet écocidaire, inutile, et qu’il doit être totalement abandonné, pas revu à la baisse ou réaménagé. Nous sommes à la croisée des chemins. L’écologie ne peut pas être un accompagnement de l’extinction du vivant, sous la forme d’un écoquartier « moins pire ». Elle doit être une écologie de lutte contre tous les projets destructeurs. L’époque l’exige. Le monde d’après doit advenir. Et ce projet d’écoquartier n’en fait pas partie. Il est temps pour les Soulèvements de la Terre de revenir aux Vaîtes avec une reprise de terres et mise en culture de plus grande ampleur, ainsi que pour se relier au niveau national autour d’une assise des jardins populaires en lutte avec les jardins d’Aubervilliers, les jardins joyeux de Rouen, le quartier libre des Lentillères, la friche St-Sauveur, les jardins de Tourcoing...

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Deux maraichères et une AMAPirate ont été installées suite à la reprise des terres menacées.
© Soulèvements de la Terre

Voilà une petite vidéo de la reprise de terres à Besançon : https://www.youtube.com/watch?v=yOeG5Zy7fto

Acte 2 - 14 & 15 mai Charivari contre l’artificialisation de terres agricoles à la ZAP de Pertuis

https://zappertuis.noblogs.org/

Charivari :
1. Bruit assourdissant, vacarme.
2. Bruit tumultueux de huées, de sifflets, de casseroles et d’autres objets, que l’on faisait jadis devant la maison de ceux dont on désapprouvait la conduite.

La ZAP de Pertuis (Zone à Patates) défend, avec de nombreuses associations et collectifs, 86 hectares de terres agricoles en plaine de Durance, au pied du Lubéron, dans le sud-est de la France.
Ces terres agricoles, fertiles, riches en biodiversité, et irriguées sont menacées par l’extension de la zone d’activité économique.
Ce projet est porté par la métropole Aix-Marseille, et surtout par le maire de Pertuis, Roger Pellenc, industriel puissant et influent, qui veut s’accaparer 30 hectares sur les 86 concernés.
Depuis 2019, la lutte s’organise dans différentes directions, mobilisations, manifestations, recours juridiques, occupations de terres, cultures de patates, fèves et blé... Et depuis fin novembre, 4 maisons expropriées sont occupées, créant ainsi une base de résistance très active.

Nous avons besoin de vous pour intensifier le rapport de force avant l’expulsion qui pourrait avoir lieu dès avril. Mais elle ne fera pas flancher notre détermination à nous retrouver encore plus nombreux.ses les 14 et 15 mai.
Venez rejoindre la lutte et participer au charivari.

Venez défiler, dans le bruit et la joie ce samedi, tou.te.s uni.e.s contre ce projet mortifère et ses promoteurs. Venez dormir sur place et participer aux surprises du lendemain !

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Acte 3 - À l’été, dates à préciser Mobilisation contre les retenues collinaires et l’artificialisation de la montagne à la Clusaz

https://extinctionrebellion.fr/blog/2021/11/12/a-la-clusaz-retenue-collinaire-projet-d-hier.html

Les retenues collinaires sont des lacs artificiels qui se multiplient dans les stations de ski. Souvent promues comme des réserves d’eau potable, elles sont en réalité la plupart du temps destinées à alimenter les canons à neige. À grand renfort d’argent public, le Plan montagne II porté par le président de région prévoit la construction de 100 retenues en Auvergne Rhône-Alpes d’ici fin 2022. En plus de leur impact dévastateur sur les écosystèmes et le cycle de l’eau, elles sont l’arbre qui cache la forêt : en garantissant l’enneigement artificiel des pistes, elles permettent à l’industrie du ski de poursuivre l’artificialisation massive de la montagne, au profit d’un tourisme toujours plus luxueux et déconnecté du monde vivant.

À La Clusaz, petite station dans la chaîne des Aravis, la commune suit le mouvement. Asséchant source et tourbière, condamnant 8 hectares de forêt et l’habitat de 58 espèces protégées, elle a pour projet de construire l’une de ces retenues (la 5e !), sur un plateau encore préservé. Un mouvement citoyen s’est élevé contre la destruction de ce haut lieu de biodiversité. Après une occupation de 15 jours qui a permis de repousser les travaux jusqu’à la prochaine période de coupe, nous appelons à une mobilisation et des actions de masse au mois de juin, pour faire vivre une montagne radicalement différente.

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Exemple de mutilation de la montagne par retenue collinaire à Courchevel

La lutte à La Clusaz vise à endiguer définitivement le projet, tout en impulsant un mouvement plus large contre les retenues collinaires et le modèle qu’elles portent. Plus encore, cette mobilisation doit permettre de lever l’omerta qui règne sur la question du développement économique en montagne pour laisser la place à des processus démocratiques créateurs d’imaginaires désirables. Que vive la montagne libre émancipée de la domestication capitaliste !

Acte 4 - juillet - St-Colomban - Action contre l’annexion du bocage au profit des carrières de sable Lafarge GSM

https://latetedanslesable.fr/

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L’été dernier, nous avions co-organisé un rassemblement de trois jours à St Colomban contre l’extension des carrières de sable (Lafarge et GSM) et des maraîchers industriels intensifs. Nous avions alors engagé un premier rapport de force et une action de blocage contre la destruction pure et simple du bocage de cette commune du Sud-Loire au profit de gigantesques cratères d’eau bordés d’immenses mers de plastique. En réaction à ce premier acte de résistance posé par l’association locale “La tête dans le sable” et le mouvement des “Soulèvements de la Terre”, les pouvoirs publics ont organisé une consultation bidon en vue de relégitimer le projet et d’endormir la contestation.

Avec 30% seulement de participation, le “oui” à l’extension des carrières l’a emporté à une poignée de voix près. Ce résultat est non seulement mitigé mais véritablement biaisé via l’emploi déloyal par Lafarge d’une entreprise privée de porte-à-porte sonnant chez chaque colombanais.e. Cette consultation pseudo-démocratique a ouvert la voie à la mise en œuvre du projet mais tout autant renforcé la détermination de nos camarades des environs à l’arrêter. Première étape pour les pouvoirs publics : exclure les terres agricoles de St-Colomban du statut qui protège leur intégrité. Nous ne les laisserons pas faire ! Nous n’en sommes qu’au tout début du projet et de la lutte. Dans les mois qui viennent, les Soulèvements de la Terre se tiendront aux côtés de “La tête dans le sable” pour envisager et organiser toutes les actions nécessaires (manifs, blocages, désarmements, prises de terres) pour stopper ce projet absurde.

Une prochaine action commune aura lieu courant juillet !

Acte mouvant - Marais poitevin - et l’arrêt des chantier de bassines ? what’s next ?

https://bassinesnonmerci.fr/

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Quand des chantiers tests sont en cours, quand une mobilisation prend son envol, quand un bras de fer aussi décisif est engagé, que les rencontres dans le marais sont belles et la détermination locale sans faille, il faut pousser, pousser et pousser encore ! Jusqu’à gagner et obtenir l’arrêt des projets de bassines dans les Deux-Sèvres avant qu’ils ne s’étendent ! Alors que nous sortions tout juste de la plus grosse mobilisation anti-bassines jamais organisée le 26 mars dernier, des projets de nouveaux rendez-vous et actions se profilaient déjà en pagaille et ne demandaient qu’à se préciser. Pour un été sans méga-retenue, tenez-vous au courant sur nos canaux des prochains grands rendez-vous No Bassaran !

La vidéo du Printemps Maraichin le 26 mars dernier :

Acte 5 - septembre - Var action paysanne et plus, contre l’accaparement

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En janvier dernier, nous convergions à plusieurs centaines dans le Jura, l’ardeur de l’hiver et des grands chantiers collectifs arrosés de comté pour occuper et remettre en état une vigne pentue annexée par une société du bâtiment et laissée pour morte. Cette action marquait le lancement d’une série d’initiatives contre les logiques d’accaparement des terres par l’agro-industrie, les logiques spéculatives et les montages sociétaires aux dépens de l’installation paysanne.

Nous allons continuer à nous retrouver régulièrement sur ce front de libération foncière, les mains dans les terres jusqu’à bouleverser le rapport de force.

...

À bientôt dans les champs, sur une zone indus, ou à la montagne...
Retrouvez plus d’info sur les actions à venir :
https://lessoulevementsdelaterre.org/

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