Procès des malfaiteurs de Bure : Récit de la deuxième journée



Deuxième journée de procès pour « l’association de malfaiteurs » de Bure, rythmée par l’audition des témoins appelé·es par la défense, l’écriture de cartes postales pour des prisonniè·res et toujours un grand vide du côté du dossier...

Ce matin, l’audience aura duré 30 minutes chrono. Chacun·e des prévenu·es ayant refusé de répondre aux questions du juge, celui-ci n’a eu d’autre choix que de lever la séance. Pas de réponse, pas de question !

L’après-midi était consacrée à l’audition des témoins, avec en guest-star et cité par la défense : le juge en charge de l’instruction !
Peut-être était-il temps de faire témoigner le principal acteur de cette mascarade judicaire ? Interroger sur différents points absurdes de l’enquête (collecte de numéro de téléphone en pagaille, perquisition de brochures en tout genre, etc.), celui-ci s’est refugié derrière quelques entourloupes pour garder le silence.

La matinée avait commencée par un réveil « Gym Tonic » plein de paillettes sur la place devant le tribunal.
Un débat sur les luttes paysannes a ensuite laissé la parole à plusieurs paysans en lutte. Un marché paysan l’accompagnait : fraises, salade, rhubarbe, plants de basilic et de tomates.
Plusieurs centaines de personnes ont ainsi profité tout au long de la journée des stands d’un camp de soutien aux allures de village éphémère de festival d’été. En milieu d’aprem, après une averse rafraîchissante, et pour chasser une pointe d’ennui qui planait, une mini manif improvisée s’est formée pour aller crier son soutien aux incarcérés de la maison d’arrêt qui, à Bar-le-Duc, fait cyniquement face au tribunal.

À l’ombre de barnum, un atelier géant de confection de « cartes postales » était installé. Des dizaines de lettre de soutien ont été écrites à des détenu·es emprisonné·es dans le monde entier. Parallèlement des lettres ont été rédigées aux mairies qui se sont positionnées récemment contre le projet d’enfouissement en s’opposant à la DUP [1] (Mandres en Barois, Ribeaucourt, Horville-en-Ornois, Bure).

Pour s’occuper, on pouvait se restaurer au stand de la confédération paysanne d’Alsace, manger une crêpe ou choper de l’info sur les nombreux infokiosques ou stands d’asso présents (greenpeace, stop Cigeo, sortir du nucleaire, distros...) ou aller se faire sérigrapier un t-shirt au motif humoristique.

Pendant ce temps-là, les policiers morts de seum à rôtir au soleil ont tenté pour l’heure du goûter de faire la queue au stand de crêpes. Hués par la foule, leur commandant est venu leur rappeler que ce genre de rapprochement n’entrait pas dans les directives de maintien de l’ordre pour ce procès. Bien essayé, mais faudra changer de camp pour déguster nos supers crêpes !

18h : Fin de l’audience. Les prévenu·es, avocat·es et soutiens sortent sous les applaudissements et livrent un compte-rendu à chaud. Savament interrogé par les avocat·es de la défense, Kevin Le Fur, juge d’instruciton de son état, s’accrochait de plus en plus fort à la barre au fur et à mesure que les questions pleuvaient. Il s’est refusé à tout commentaire arguant que « tout est écrit dans l’ordonnance de renvoi ». Étrange de ne pas défendre un dossier constitué de plus de plus de 22 000 pages !

Trois autres témoins cité·es par la défense sont venu·es à la barre pour chacun·e apporter des élements de compréhension, ils et elles ont été copieusement remercié·es et applaudi·es également.

  • Bernard Laponche est venu rappelé au juge l’absurdité des projets de stockage des déchets nucléaires et les échecs auxquels se sont confrontées les expériences de ce genre. Les déchets s’accumulent partout où il y a du nucléaire sans aucune solution. Les tentatives d’enfouissements sont des échecs.
  • Vanessa Codacioni a travaillé sur l’exceptionnalité du droit dans les procès politique. Elle a décrypté le dispositif d’assocation de malfaiteurs qui vise à criminaliser l’action politique.
  • Le troisième témoin était Claude Kaiser, élu local qui lutte depuis 28 ans contre ce projet. Il est venu raconter l’humiliation et le mépris qu’il a subi au cours de sa lutte, et a conclu en disant qu’il aurait très bien pu se retrouver sur le banc des accusé·es.

Demain la journée commencera par les réquisitions d’un procureur peu présent jusqu’alors, puis se tiendront les plaidoiries des avocat·es de la défense en fin de matinée et pendant l’aprem. La journée se terminera par une boom à Bure !!!!

Retrouver encore plus d’info sur le fil info du site Nous sommes tous des malfaiteurs

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Notes

[1Déclaration d’Utilité Publique du projet d’enfouissement.

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