Réforme des retraites, 49.3 : la colère monte à Dijon !



Récit et photos de la manifestation du 18 mars 2023 contre la réforme des retraites et son monde !

Depuis l’annonce par Borne de l’usage du 49.3 pour faire passer en force sa réforme des retraites, et la manifestation mémorable qui s’ensuivit, la colère ne retombe pas ! Ce samedi, plus de 2000 personnes [1] ont manifesté dans les rues de Dijon, à l’appel de Solidaires 21. Une foule familiale et bigarrée, entre drapeau rouge, rose ou multicolores des syndicats, gilets jaunes et k-way noirs.

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En arrivant place de la République, tout le monde est dans l’expectative : une manif appelée la veille pour le lendemain, et boudée par les directions de plusieurs syndicats dont la CGT, c’est pas gagné d’avance. Pourtant la place se remplit petit-à-petit, jusqu’à dépasser en taille celle de jeudi dernier. Il faut croire qu’on est beaucoup à ne plus vouloir tendre l’autre joue, à vouloir rendre les coups, et à ne pas vouloir attendre jeudi prochain d’être 15 000 dans la rue pour ça.
On reste un bon moment à traîner sur la place, sans discours, à se regarder en chien de faïence, en attendant que quelqu’un lance le mouvement. Un groupe de drapeaux FO part finalement en direction du boulevard de la Trémouille et de la pref, et la foule emboîte le pas. Arrivé au niveau du conseil régional on se retourne : ouf, y a vraiment du monde !

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À cet instant, presque tout nous rappelle l’hiver 2018-2019, celui du soulèvement des gilets jaunes : la foule est joyeusement bordélique, et on retrouve les vieux automatismes, puisqu’on part directement droit vers la gare. On voit peu de flics le long du parcours, juste une maigre ligne de policiers nationaux vers la pref. En arrivant vers la gare, guère plus : trois camions, à peine une vingtaine de flics. L’ambiance n’est pas (pas encore) au choc frontal, le cortège tente donc de contourner le cordon pour se rendre sur les rails par le côté de l’Arquebuse. Peine perdue : les flics, à peine 6 ou 7 gazent allègrement, et tout le monde rebrousse chemin direction Darcy. Dommage, les bleus étaient à un contre cent, et même armés n’auraient pas pu faire grand-chose si on avait cherché à les titiller et à les faire courir un peu. Mais il n’est alors même pas 16h, et on en est encore qu’à l’échauffement.

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La « foule hostile » décrite par le préfet

Retour à Darcy, donc, et là encore, on rejoue un des poncifs des gilets jaunes dijonnais : le passage par la rue de la Lib’. On croise au passage le rassemblement hebdomadaire des réfugié·es ukrainien·nes et de leurs soutiens, qui honorent leurs morts sous la porte Guillaume.

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La tête dans les nuages

La manif de jeudi dernier est encore dans beaucoup de têtes, et on constate sur le chemin quelques uns de ses stigmates : panneaux de pubs en miettes ou cramés, vitrines de magasins de luxes étoilées, tags. Pourtant place de la Lib’ la situation est bien plus calme que la dernière fois : quelques jets de pétards, quelques chants et c’est reparti vers Théâtre et la rue Jean-Jacques.

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C’est là que la situation commence à se tendre. Arrivé au niveau de la rue d’Assas, une partie des manifestant·es appelle la manif à se diriger vers la préf, à portée de vue. Commence alors une série de gazages bien corsés, qui remplissent les rues d’un épais brouillard asphyxiant. La confrontation dure entre 15 et 20 minutes, jusqu’à ce qu’un ultime gazage éclate le cortège, et convainque tout le monde de se replier sur la place de la Rep avec les flics sur les talons.

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La boucle est bouclée, c’est donc reparti pour un 2e tour. Les syndicats laissent la tête de la manif et, rangent pour certains les chasubles et les drapeaux, sans forcément quitter le cortège, qui, encore une fois à la mode gilets jaunes, va droit sur la rue de la préf. De nouveau, plusieurs salves de gaz lacrymo alternent pendant une vingtaine de minutes avec les flux et reflux des manifestant·es. Le cortège repart enfin vers Godrans, laissant derrière lui quelques poubelles brûlées et une rangée de grilles de chantier pour bloquer la rue de la préf.

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Corps-à-corps

La manifestation prend alors une autre tournure. Alors qu’on s’engage dans la rue des Godrans pour regagner les rues commerçantes, des flics postés plus bas dans la rue tirent une nouvelle salve de lacrymo. Vu de l’arrière du cortège on voit tout de suite à l’ampleur du mouvement de foule qu’il se passe autre chose, et on aperçoit effectivement le reflet des boucliers et des matraques qui s’agitent au dessus des têtes des dernier·es manifestant·es. Les flics chargent violemment la foule et tout le monde y passe, badauds comme manifestant·es, syndiqué·es ou non. L’espace de quelques secondes, la haine que cette corporation voue à tout ce qui n’est pas soumis prend corps.

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Arrivés au bout de leur charge, les flics tentent de voler une banderole au niveau de l’arrêt de tram. Une simple banderole, sortie à toutes les dernières manif, pas même renforcée, mais la détermination des personnes qui la tiennent leur permet de tenir face aux coups de matraques, jusqu’à ce qu’une contre-charge de manifestant·es les tire d’affaire. Dans un corps-à-corps comme on en voit rarement à Dijon la banderole a été sauvée et ses porteurs et porteuses sont chaudement applaudi·es par la foule. Les flics retentent d’avancer et gazent toute la place Saint-Bernard, mais sont à nouveau repoussé par des contre-charges et jets de projectiles.

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Pourtant le cortège est largement éclaté, et beaucoup ont dû le quitter face aux gaz et à la violence de flics déchaînés. Les condés finissent par avancer sur la place, et par chasser les dernier·es manifestant·es. Un jeune homme a semble-t-il été interpellé, rue Devosges à ce moment-là, après des jets de cailloux visant les porcs, si on en croit le Bulletin Préfectoral. Si a tout hasard des personnes qui le connaissent lisent ces lignes, on les invite à prendre contact dès que possible avec la caisse de solidarité contre la répression.
Un dernier groupe d’une centaine de personnes est quand même arrivé à se regrouper en haut de la rue de la Pref pour être honoré du dernier gazage de la journée avant de se disperser pour de bon.

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Ce mouvement, bien qu’entamé il y a maintenant deux mois, ne cesse de monter en puissance. Aux manifestations de masses se sont ajoutées les grèves, les blocages, et maintenant des manifs sauvages très largement rejointes et soutenues. La fable des « casseurs infiltrés » ne trompe plus personne : face à l’autoritarisme du gouvernement la colère et partagée, et tout le monde est conscient que les manifestations policées ont atteint le sommet de leur force, donc leur limite. Nous ne nous laisserons plus diviser entre les « bon·nes » et les « mauvais·es » manifestant·es.
À Macron qui a cru plusieurs fois être venu à bout de ses oppositions populaires, nous avons montré que notre rage n’est pas perdue.
Nous sommes nombreu·ses, nous sommes déterminé·es, nous irons jusqu’au retrait et au-delà !

Prochains rendez-vous :

  • lundi soir à 18h place de la rep’
  • jeudi à 14h place de la lib’

Des manifestant·es plus chaud·es que les lacrymos

Manifestations et actions contre la réforme des retraites du samedi 18 au jeudi 23 en Bourgogne Franche-Comté

La coupe est pleine ! Des manifestations et actions tous les jours à deux pas de chez vous, jusqu’au retrait de la réforme et la retraite de Macron !

24 mars 2023

P.-S.

Erratum : Solidaires 21 annonce finalement « plus de 2000 manifestant·es », on corrige.


Notes

[12500 selon FO, plus de 2000 selon Solidaires, « plus de 1000 » selon le BP, 600 selon les flics, beaucoup quoi qu’il en soit.

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