#Restonsàlamaison mais ne restons pas silencieux !

Nous sommes en train d’organiser la solidarité dans notre quartier, en distribuant du désinfectant, en nous mettant à disposition pour faire les courses des anciens, en cherchant à ne laisser personne seul, comme le font la plupart des gens dans ce pays : pas après pas, lieu après lieu. Mais le mutualisme ne peut pas suffire, nous devons trouver le moyen de prendre la parole.

Ce texte est la traduction pour dijoncter.info du texte italien #Rimaniamoacasa ma non rimaniamo in silenzio paru sur infoaut.org. Il est écrit par un groupe de quartier, et est sorti au lendemain d’une déclaration du premier ministre Conte à propos des mesures de confinement. En plus de nous apporter quelques nouvelles d’Italie, sa lecture nous a donné quelques perspectives de lutte collective en ces périodes compliquées.


Pendant que le gouvernement nous impose de rester à la maison et de limiter au maximum les déplacements, des milliers de personnes se révoltent dans les prisons, des personnes sont abandonnées à elles-mêmes dans les quartiers, les mesures de préventions ne sont pas appliquées pour les travailleurs, les expulsions continuent à être exécutées, tous ceux qui touche normalement des rentrées d’argent (en travaillant au noir, en étant déclaré ou sous différentes formes de contrat) reste sans salaire pour un temps indéterminé tout en devant continuer à payer un loyer, des médicaments, de la nourriture, du désinfectant, des masques et des gants.

L’état d’urgence fonctionne comme le lit de Procuste [1] : celles et ceux qui sont trop court ou trop long pour les mesures de prévention contre le coronavirus sont écarquillé·es ou mutilé·es. Une torture qui culpabilise toutes celles et ceux qui n’entrent pas précisément dans le lit du tortionnaire. Nous assistons à une violence sans précédent dont le discours du premier ministre hier soir dans les médias est la revendication explicite. Dans les paroles de Conte, les milliers de détenus en révolte dans les prisons italiennes, les plus de dix morts et les centaines de blessés, n’existent pas. Des personnes à qui la télévision rappelle tous les jours de ne pas fréquenter de lieux peuplés, mais qui sont contraintes dans des cellules surpeuplées, des personnes auxquelles on demande de tomber malade en silence sans pouvoir communiqué avec leurs proches. Des personnes qui ont été massacrées, des personnes dont l’existence est tout simplement ignorée.
 

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De toute une génération de barmans, de physiothérapistes, de guides touristiques, de remplaçants dans les écoles, de pizzaiolo, d’orthophonistes, de professeurs de sport, restée d’un jour à l’autre sans salaire, contraints de payer un loyer, de continuer à se soigner, de continuer à consommer, l’unique description qui a été faite est celle d’un peuple de divertissement. Les seules paroles les concernant les invitent à arrêter les apéros. Des parents qui ne peuvent plus confier leurs enfants aux grand-parents mais doivent continuer à travailler. Ceux-là non plus n’existent pas.

Des travailleurs encore plus stressés, sans aucune mesure de prévention, qui respectent les règles chez eux et sont ensuite exposés au risque de contagion dans les entrepôts, dans les usines ou au bureau, il n’y a aucune trace. Ils n’existent simplement pas. Hier matin nous sommes allés devant l’usine de Peroni à Tor Sapienza, les ouvriers étaient en grève pour demander l’application de l’accord de secteur, le patron a essayé d’imposer des briseurs de grève en profitant de la limitation des activités syndicale imposée par l’état d’urgence. À la fin les ouvriers ont réussis à imposer un accord mais ont du prendre des risques, se réunir, organiser un rassemblement : faire le choix en peu de mots entre risquer d’être licenciés et risquer d’étendre la contagion.

Le chacal qui leur a imposé ça bénéficiera probablement des déductions fiscales du gouvernement. Lui est bien représenté dans le discours du premier ministre Conte, il est de ceux qui vont être aidés, de ceux pour qui le lit de Procuste a été dessiné sur mesure.

Nous sommes en train d’organiser la solidarité dans notre quartier, en distribuant du désinfectant, en nous mettant à disposition pour faire les courses des anciens, en cherchant à ne laisser personne seul, comme le font la plupart des gens dans ce pays : pas après pas, lieu après lieu. Mais le mutualisme ne peut pas suffire, nous devons trouver le moyen de prendre la parole. Non ne sommes pas en mesure de construire des communautés auto-suffisantes, même si nous le voulons, nous devons commencer à nous poser la question de comment répondre à cette violence.

Respecter les mesures de prévention est dans l’intérêt de chacun·e de nous, nous devons trouver le moyen de ne pas rester silencieux sans pouvoir sortir de chez nous. Aujourd’hui, nous avons essayé avec une « lenzuolata » : nous avons exposé des draps blancs sur le rebords des fenêtres de nos maisons, comme le font les détenus aux fenêtres de leur cellules pour demander une amnistie immédiate. Cherchons d’autres idées, aiguisons la créativité.

Les camarades de Bagnoli ont produit ce décalogue pour empêcher que la crise sanitaire devienne aussi une crise sociale, nous le faisons notre, nous le diffuserons dans le quartier les prochains jours :

1. Illégitimité du licenciement si le motif est lié à l’état d’urgence du coronavirus. Maintien du revenu et du salaire pour tou·tes les travailleu·ses.

2. Maintien des mesures de sécurité sur tous les postes de travail. Fermeture immédiate des usines lorsque des collègues sont positifs au Covid, et maintien des paies à salaire plein.

3. Pas seulement des déductions pour les entreprises : création immédiate d’amortisseurs sociaux pour soutenir les travailleurs et les travailleuses. Institution d’un revenu sans contrainte pour supporter celles et ceux qui devaient travailler au noir ou de façon ponctuelle.

4. Embauche de nouveaux médecins et déblocage des classements pour les infirmières et les OSS.

5. Amnistie ou mesure alternative pour tous les détenus : il est impossible de garantir la santé à l’intérieur des prisons.

6. Distribution gratuite quartier par quartier de masques, de désinfectant et d’informations sur la prévention.

7. Arrêt immédiat des expulsions et suspension du paiement des loyers et des remboursement de crédit, suspension du paiement de toutes les charges pour les services publics.

8. Meilleure clarté sur les mesures de sécurité, sur les possibilités de déplacement et sur les formes de contagion.

9. Nettoyage de l’information : augmentons l’information scientifique. Fini des incompétents et des spéculateurs qui créent la panique et l’alarmisme ou sous-évaluent l’épidémie.

10. Stop à toutes les formes de racisme et de discrimination : la maladie a touché et peut touché chacun·e d’entre nous.

Depuis le début de cette épidémie, nous avons refait tous les scénarios de livres et de films apocalyptiques ou dystopiques : nous avons sorti des tiroirs Saramago et Resident evil, Artificial kid et Le cygne noir. Peut-être qu’il suffisait de regarder le sens politique d’un mauvais film de notre adolescence : quand le bateau coule il n’y a des canots de sauvetages que pour ceux qui ont pu payer la première classe.

Quarticciolo Ribelle

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Notes

[1Procuste est un personnage de la mythologie grec, qui proposait à tous les voyageurs d’être accueilli chez lui. « Mais, ensuite, ceux qui étaient petits de taille il les allongeait dans le grand lit et il leur déboîtait toutes les articulations jusqu’à les faire devenir aussi grands que le lit ; et les grands, par contre, il les mettait dans le petit lit, et il sciait les membres de leur corps, qui dépassaient. »

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