300 personnes rassemblées contre les violences sexistes et sexuelles !



Ce samedi, notre collectif 25 Novembre, associé à d’autres collectifs et associations dijonnaises, avons appelé à marcher dans les rues de Dijon pour le 25 novembre, journée internationale contre les violences sexistes et sexuelles. Le rendez-vous a été fixé le samedi 27 novembre 14h place Darcy. Vous voulez tout savoir sur le déroulé de la manifestation mais êtes resté·e·s sur votre faim en lisant l’article de notre quotidien local Le Bien Public ? N’ayez crainte, nous avons ce qu’il vous faut sous la main.

Prologue : le choix de la date du samedi 27 novembre n’a rien d’anodin. Plongeons ensemble dans les coulisses du mouvement féministe contemporain en France.

Un appel à manifestation a été lancé par Nous Toutes Paris pour le samedi 20 novembre, causant des débats et protestations dans le mouvement féministe français. En effet, le 20 novembre est la journée internationale du souvenir trans ou TDoR, en honneur à Rita Hester, tuée le 28 novembre 1998 à Allston dans le Massachusetts, lors d’un crime de haine transphobe. Elle est instaurée en 1999 par Gwendolyn Ann Smith, une graphiste, éditorialiste et militante trans.

Les mouvements féministes français traditionnels sont réputés pour avoir de longue date invisibilisé les personnes trans, voire de les avoir tout simplement exclu·es des milieux féministes. Cette décision de Nous Toutes Paris sans concertation avec les personnes concernées par le TDoR a donc tout naturellement provoqué des remous. Le Collectif 25 Novembre a participé à des échanges avec d’autres collectifs féministes et trans via la coordination nationale féministe et nous avons décidé, en lien avec l’AG féministe dijonnaise, de manifester le samedi 27 novembre au lieu du samedi 20 novembre.

13 h 50 : nous arrivons sous l’arche de la place Darcy avec le matériel : des piles de pancartes chatoyantes, chants et slogants tonitruants imprimés, et percussions prêtes à vibrer. Nous avons hâte de nous retrouver avec les autres militant·e·s et les personnes qui vont venir manifester leur soutien à la cause féministe.

14 h 12 : quelques personnes commencent à se rassembler, nous distribuons les pancartes et surtout le chant féministe de lutte contre les violences sexistes et sexuelles qui a été composé par 3 militantes sur l’air de la chanson Penn Sardin de Claude Michel.

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14 h 35 : ça y est c’est le top départ ! Nous lançons le début officiel de la manifestation. Après quelques rappels technique et de sécurité, nous entonnons la chanson du 25 novembre. Nous voulons une manifestation festive, revendicative et pacifiste et que chacun·e puis se sentir en sécurité. Le but c’est de pouvoir porter nos voix, kiffer et prendre soin les uns les unes des autres.

Chanson de départ
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Batucada

14 h 41 : Le groupe de percussionnistes en mixité choisie sans mecs cis chauffe le groupe de manifestant·e·s et le cortège entame le parcours par la rue de la Liberté. La marche est cloturée par le super vélo-sono prêté par les copain.es des Tanneries avec une playlist soigneusement sélectionnée pour l’occasion. Nous avons fait le tour des artistes qui nous touchent, qui nous enjaillent et surtout qui ont des textes qui pèsent lourd !

14 h 59  : Premier arrêt place du Bareuzai pour une lecture d’un extrait de l’excellente série créée par Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, “H24, 24 heures dans la vie d’une femme”, diffusée sur la plateforme Arte TV. La série égraine 24 épisodes tirés de faits réels qui pointent du doigt les violences faites aux femmes. L’épisode que nous avons choisi est en particulier « 12h – Le Cri Défendu » dans lequel s’illustre la brillante Déborah Lukumuena (César de la meilleure actrice en 2017 pour Divines). Nous avons donc lu le texte de l’écrivaine Jo Güstin sur lequel est basé l’épisode afin de souligner l’importance de soutenir les victimes de violences sexistes et sexuelles.

Extraits choisis :

"Je n’ai plus aujourd’hui l’excuse de la stupeur. On va faire comme on a dit, comme on s’était promis la fois où on a eu peur. Il nous faut ce réflexe quand c’est une femme qui crie, de sauver notre espèce, qu’elle soit transgenre ou cis."
"Ma chérie, tu le veux comment ton mari ? Bien saignant, ou à poingts par centaines dans la gueule ? Un peu de mayo pour te redonner la frite ? Ah y’a du ketchup bio, il en produit tout seul ! Ce sera tout ? Vraiment ? Tu veux même pas de boissons ? Voici un filet-o-fiche le camps. Cadeau de la prison."
Lecture
Texte de Jo Güstin
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15 h 07 : Revigoré·e·s, nous nous enfonçons dans les rues du vieux Dijon pour rejoindre la rue de la Préfecture.

Slogan
« Pas de féminisme sans les trans ! »

15 h 10 : La rue de la Préfecture interdite à la manifestation, nous faisons donc un arrêt devant l’église Notre-Dame pour une nouvelle prise de parole de l’association bisontine PDA (Putains Dans l’Âme). Cette association a pour objectif de faire émerger de la solidarité entre travailleurs·euses du sexe ou TDS, les sympathisants·es et les associations. Iels luttent contre l’exclusion et le jugement portés sur le travail du sexe, la victimisation et toute forme de violence ou de contrôle des corps. Iels apportent du soutien aux TDS et organisent des événements pour informer un large public.

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La prise de parole de PDA résonne sur le parvis de Notre-Dame pour défendre une parole qui est trop souvent ignorée et enfouie. Rappelons que les décisions législatives concernant le travail du sexe en France sont systématiquement prises sans discussion avec les premiers·ères concerné·e·s. Mais pas ce samedi à Dijon. Ce sont elleux qui parlent et qui racontent leurs joies, leurs déceptions, leurs colères et qui surtout énoncent leur revendications pour permettre un exercice de leur métier en sécurité et dans le respect de leurs choix. Vous avez pris des notes les député·es ?

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15 h 35 : Nous continuons à serpenter dans les ruelles pavées, puis la rue Jean-Jacques Rousseau afin de rejoindre la place de la République, prochain arrêt.

Slogan
« Mon corps, mon choix et ferme ta gueule »

15 h 52 : Place de la République, une nouvelle prise de parole du collectif Trans Comté, un jeune collectif de personnes trans* vivant en Franche-Comté ou alentours proches. Leur but est d’apporter du soutien et de l’entraide, mais aussi des moments de sociabilisation entre personnes trans* et de faire avancer leurs droits.

Leur prise de parole ce samedi 27 novembre permet de souligner les violences, les inégalités et l’invisibilisation dont les personnes trans* sont victimes localement, de la part d’asso féministes et de l’administration. Cette prise de parole a également permis de rendre hommage à Amelia :

« Cette année, une amie à nous s’est suicidée. Elle avait vécu à Besançon quelques temps. La manifestation du 20 novembre va-t-elle prononcer son nom correctement là où sa famille a honteusement commémoré son prénom de naissance pourtant mort depuis longtemps ? Nous en doutons. Eh bien, soit. Comme d’habitude, nous ferons notre propre bruit. Elle s’appelait Amélia, elle était trans, elle était une femme et nous l’aimions, n’en déplaise à tous les transphobes de la ville ! »
Lecture
Communiqué Transcomté

Vous pourrez trouver le texte intégral de Trans Comté sur le site de Dijoncter.

16 h 20 : derniers collages avant d’arriver au dernier point de la manifestation. Un message monumental prend place sur le mur d’un immeuble bourgeois : « protégez vos filles » est barré en rouge, corrigé par l’affirmation « éduquez vos fils », rappelant que le problème de la responsabilité des violences sexistes et sexuelles repose sur les hommes cisgenres et leurs choix.

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16 h 30 : le cortège est arrivé place du Théâtre. Nous prenons place sur les marches pour une lecture de texte du groupe féministe antifasciste de Dijon. Le groupe tient à mettre en garde sur la montée des attaques fachistes, comme celle du groupe « féministe » et fasciste Nemesis qui a attaqué la manifestation Nous Toutes de Paris contre les violences sexistes et sexuelles. Le collectif de 20 femmes venues de toute la France était accompagné d’une trentaine d’hommes armés appartenant à des groupuscules d’extrême droite. Ils ont déployé une grande banderole raciste et islamophobe. Hué·es par la foule, ils ont frappé des manifestantes avec ceintures et barres de fer et sont repartis. Comme en janvier dernier où notre cortège féministe & queer a été agressé par des petits nazis en plein Dijon.

Lecture
Communiqué du collectif féministe antifasciste

Les percussions retentissent une dernière fois avant de laisser la place à la prise de parole de fin de manifestation, lue à plusieurs voix par notre Collectif 25 Novembre Dijon.

Extraits choisis :

« Comme le disait une tendre amie, prénommée Louise Michel : »Nous rêvons au bonheur universel, nous voulons l’humanité libre et fière, sans entrave, sans castes, sans frontières, sans religions, sans gouvernements, sans institutions« . Que rêver d’autre dans une société où les médias cultivent et entretiennent gaiement le terreau fasciste nourri par le capitalisme ? »
"Nous défendons une société à l’exact inverse du projet néolibéral fasciste. Nous voulons une société plus solidaire et moins violente, où nous pourrions nous construire dans la confiance au lieu d’avoir peur des autres.
Nos genres, nos sexualités, nos colères, nos désirs mettent déjà le feu aux poudres. Notre autonomie hérisse. Nos revendications offensent. Nos libertés ulcèrent. Nos désirs font désordre. Alors OSONS-LE ! FAISONS GRILLER LE CIS-THEME ! ENFLAMMONS CE PATRIARCAT MORTIFÈRE !
"
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16 h 55 : La sono se déchaine et nous dansons sur le parvis du théâtre, exalté·e·s. Une belle manifestation s’achève et nous sommes ravi·e·s d’avoir crié notre colère aux côtés des Orageus·e·s, des Rainettes, des Tanneries, des Lentillères, des Colleur•euses Dijon, des Acablantes, de PDA, de Trans Comté, du groupe « Des robes oranges et noires », de la batucada en mixité choisie, et des autres. Nous avons pu aussi voir de nouvelles têtes, des personnes qui manifestaient pour la première fois, nous donnant espoir d’un lendemain de plus en plus féministe.

Nous repartons fier.es d’avoir manifesté, d’avoir réussi à animer un cortège où l’énergie primait plus que le nombre. Dijon aura senti les secousses de nos rages, de nos peines, de nos chants, de nos solidarités, de nos sourires, de nos joies, ses rues englouties pendant quelques heures par la déferlante féministe .

Chanson
À bas l’État policier, à bas l’État policier.

Nous réinventerons le monde d’après en dansant sur les cendres du capitalisme hétéro-cis-patriarcal, que nul·le n’en doute. Féministes tant qu’il le faudra !

PS : Si tu lis cet article et que tu as envie de rejoindre les espaces féministes en lutte de Dijon, tu peux nous rencontrer à deux moments. Le mardi 7 décembre, pour un apéro féministe avec Les Orageus.es, au BAM JAM rue jean jacques rousseau, à côté de République). Ou le jeudi 9 décembre en Assemblée Féministe, à 18h aux Tanneries (espace activités). Si jamais tu t’inquiètes de venir seul·e, écris nous à collectif25novembredijon@riseup.net, et on s’arrangera pour que tu nous rencontres en plus petit groupe un peu avant, histoire que cela soit plus facile.

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    Documents joints

  • Lecture (MP3 – 2.7 Mo)

    Texte de Jo Güstin

  • Documents joints

  • Chanson de départ (MP3 – 3.5 Mo)
  • Documents joints

  • Slogan (MP3 – 713.7 ko)

    « Mon corps, mon choix et ferme ta gueule »

  • Documents joints

  • Slogan (MP3 – 235 ko)

    « Pas de féminisme sans les trans ! »

  • Documents joints

  • Batucada (MP3 – 535.7 ko)
  • Documents joints

  • Chanson (MP3 – 349.5 ko)

    À bas l’État policier, à bas l’État policier.

  • Documents joints

  • Lecture (MP3 – 2.2 Mo)

    Communiqué Transcomté

  • Documents joints

  • Lecture (MP3 – 5.2 Mo)

    Communiqué du collectif féministe antifasciste

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