Nos parkours contre le leur

« Il ne s’agit pas de s’approprier un espace (privé ou public), mais de le traverser, de les traverser tous, de les découvrir, d’en explorer le mobilier urbain et les possibilités qu’ils recèlent. »

En cette rentrée prometteuse de révoltes logiques, de fuites et de désertions, de manières de faire exister des lieux, nous choisissons ici de ne pas faire le point sur les avatars de Parcours sup’. Ni sur les machineries de sélection et d’évaluation, ni sur la cruauté de plans de carrière alors même que toute projection sociale semble entretenir le désastre.

Nous nous intéresserons plutôt à des déambulations au plus près de l’aspérité de l’ordre inhospitalier du monde, à la transfiguration de l’espace striée que 50 ans d’architecture programmée pour le bonheur des hommes nous ont légué. Inhabitable bonheur des architectes. Contre les grilles d’évaluation générique de l’espace et de nos parcours, une perception aigüe des choses pour jauger les meilleurs gestes, des manières appropriées de faire prise. Ces autres parkours s’acharnent avec des façons aériennes à transfigurer le monde. Ils font corps avec les ruines de l’habitation. Non pas pour apprendre à vivre dans les ruines mais pour les annuler, le temps d’une déambulation où mouvement et attention se confondent.

François Jullien, dans La propension des choses, nous dit que dans d’autres contrées et dans d’autres temps le réel se présentait comme une infinie variation des dispositions sur lesquelles on peut prendre appui pour le faire œuvrer. Le réel n’existe pas. On le fait exister. Et il nous fait exister en retour, d’une certaine manière.

Ce qui suit est une proposition éthopoïétique au sein de la dystopie urbaine. Elle surgit dans des enchainements de gestes qui destituent l’ordonnancement de la surface du monde. Ces gestes sont aussi des manières de le réparer pour mieux nous en émanciper.

Ce texte a été écrit en 2013. Il continue à nous parler ?

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