Appel à manifester : le méga-méthaniseur de Cérilly, symbole de la folle dérive industrielle de l’agriculture


Yonne

La confédération paysanne 21 appel à participer à la manifestation festive prévu le samedi 3 juin à Châtillon-sur-Seine contre le méga-methaniseur de Cerilly.

Voici le communiqué qui explique les raisons de son engagement dans le collectif mega-méthaniseur, ni ici ni ailleurs opposé à ce projet qui symbolise le folle dérive de l’agriculture industrielle sur le plateau du châtillonnais.

Dans un contexte de développement de nombreux méthaniseurs un peu partout, le mégaméthaniseur de Cérilly sera l’un des plus gros de France et même d’Europe quasi-exclusivement alimenté par des produits agricoles. La Confédération paysanne ne s’oppose pas à la méthanisation pratiquée à l’échelle paysanne. Mais elle s’oppose à ce projet industriel qui entraînera par son échelle et sa nature tout un vaste territoire, ses agriculteurs et ses habitants, vers une dérive industrielle mortifère au détriment d’une transition agroécologique vertueuse pourtant nécessaire. Nous nous concentrerons dans cet article sur la dimension agricole de ce projet, les autres dimensions seront traitées par d’autres organisations de notre collectif « Méga-Méthaniseur, ni ici ni ailleurs »

Une folie agronomique :

Alimentée à 90% de CIVES (seigle fourrager) produits sur 5000 ha par tracteurs et camions, cette usine à gaz qui par son emprise artificialisera au passage 16 ha de terres agricoles, à quoi s’ajoutent la bétonisation des silos de stockage décentralisés, est un exemple déplorable de l’agriculture extractiviste. L’extractivisme agricole exploite et s’accapare toujours plus de ressources pour non plus produire des légumes, des céréales ou de la viande, mais du minerai, c’est à dire une matière première destinée à la production industrielle, agroalimentaire ou ici énergétique.

Nous arrivons ici au bout du bout de l’industrialisation avec une agriculture de machines qui avale tout. Dans un contexte de réchauffement climatique de plus en plus concret, et comme l’admettent ses promoteurs, le seigle une fois récolté et exporté en mai, ne permettra pas de produire dans de bonnes conditions la culture principale à vocation alimentaire qui devra le succéder, participant ainsi à la fragilisation de la souveraineté alimentaire. D’ailleurs, parmi le peu de choix de cultures qui pourraient être envisagées avec des dates d’implantation aussi tardives, aucune ne s’avérera réellement intéressante faute de productivité et de débouchés. Celles-ci seront en sorte des alibis pour la PAC. Et que penser des risques de dégradation et de pollution des sols et eaux souterraines que représentera l’épandage mal-connu et mal-maîtrisé des digestats sur plus de 30 000 ha alentours ?! Ces digestats ne remplaceront pas les engrais chimiques. Il est d’ailleurs regrettable que les CIVES implantées soient mises à la place des CIPANS (Cultures Intermédiaires Piège à Nitrates) qui elles enrichissent les sols par leur incorporation sous forme d’engrais verts, au contraire des CIVES qui seront exportées.

Des agriculteurs qui rentrent dans un marché de dupes aux risques considérables et embarquent avec eux tout un territoire agricole  :

En difficultés agronomiques et économiques, beaucoup d’agriculteurs de ces « zones intermédiaires à faible potentiel » ont vu dans ce projet, tel qu’il est présenté par les promoteurs, une bouée de sauvetage. C’est un mirage. Les contrats que ceux-ci ont pu signer avec Secalia les emmènent dans la voie de l’intégration : ils deviendront de simples exécutants du cahier des charges sans pour autant avoir les avantages de leurs prises de risques (crédits d’investissements, heures de travail illimitées…). Surtout, qui est derrière Sécalia ? Dijon Céréales, une énorme coopérative agricole dans notre département qui va étendre davantage encore son emprise sur les agriculteurs. Et pire encore, à travers Nature Energy, Shell et ses actionnaires, ses fonds de pension, une multinationale du pétrole dont on peut douter de la motivation écologique et aussi de sa bienveillance si les engagements de récoltes ne sont pas tenus années après années comme cela est prévisible. Et à défaut de seigle, si les sécheresses hivernales se succèdent, comment alimenter ce monstre de méthaniseur qui ne doit pas s’arrêter ?
Avec ce qui pourra bien pousser de productions principales tiens ! Ou sinon avec les herbes alentours, les foins, la paille, tout ceci permis par de prévisibles dérogations à la pelle de l’État… Occasionnant par ailleurs une raréfaction de ces aliments et une montée de leurs prix. Il va ainsi devenir difficile d’alimenter les troupeaux dans la région, alors que par ailleurs l’élevage ovin y est plébiscité par la chambre d’agriculture (pourtant favorable au méga-méthaniseur) dans la perspective des changements climatiques qui présagent de difficultés encore plus accrues de mener des grandes cultures… Nous ne sommes plus à une contradiction près. Possible que l’État subventionne alors l’achat de fourrages aux éleveurs en difficulté ?… Tout cet argent public (sans parler des aides financières importantes à la création de l’usine) au bénéfice finalement de Shell et Dijon Céréales, la boucle est bouclée. Notons au passage que Nature Energy (Shell donc) vient tout fraîchement de dévoiler ses résultats financiers, déficitaires de plusieurs millions d’euros, ce qui montre que l’activité de bio-gaz n’est pas rentable : nous pouvons émettre de sérieux doutes sur la rentabilité de ces méthaniseurs à base de CIVES et le risque, corroboré par l’expérience de la Belgique et de l’Allemagne, d’abandon de ces infrastructures. Que deviendront les « coopérateurs/trices » dans tout ça ?..

L’agriculture paysanne est la solution :

Il ne s’agit pas de nier les difficultés et la détresse des agriculteurs du territoire. Et nous comprenons que certains essaient de s’en sortir selon les opportunités qui se présentent à eux. Nous dénonçons le fait que ces agriculteurs aient été accompagnés, conseillés et peut-être même forcés de s’engager dans ce projet par la galaxie agro-industrielle qui tient tous les pans de l’agriculture : institutions, formations, banques, assurances, coopératives, industries… co-gestionnaires depuis l’après-guerre et donc dépositaires de la crise agricole généralisée que nous connaissons, les mêmes continuent dans une fuite en avant qui avale et détruit tout sur son passage. A la fin, de cette usine à gaz qui n’a rien de vert et qui ne fera que brasser beaucoup d’air sans répondre à la nécessaire transition énergétique, ni au problème paysan, il ne restera plus rien.

Pourtant, une autre voie serait possible s’il n’est pas trop tard. Celle de l’Agriculture paysanne, de l’agroécologie : 5000 ha de cultures de CIVES pourraient être plutôt 50 fermes de 100 ha, 100 fermes de 50 ha, 200 fermes de 25 ha. La Confédération paysanne souhaite 1 000 000 de fermes paysannes, toutes diversifiées, créant de la valeur ajoutée et des emplois, alimentant et faisant vivre le territoire local (et le Châtillonnais en a bien besoin !), résilientes et sobres face au changement climatique, respectueuses de leur environnement et des biens communs. Certes cette projection ne serait envisageable qu’en cas de changement structurel profond du système agricole, avec une PAC ambitieuse agroécologique favorisant l’actif humain, en redonnant accès à une alimentation de qualité à tous et toutes en mettant notamment en place la sécurité sociale de l’alimentation, avec des réglementations adaptées aux fermes paysannes ou encore avec la fin du libre échange ultra-libéral.

Ce sont des choix politiques qu’il revient à chacun d’entre nous, paysans et citoyens, de faire aboutir collectivement et rapidement, pour une autre agriculture, une autre société. A commencer ici et maintenant en se mobilisant contre ce projet de méga-méthaniseur. A très bientôt, le 3 juin prochain prochain à Châtillon-sur-Seine pour le grand rassemblement contre ce projet fou !

La confédération paysanne cote d’or

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Plus d’infos sur le collectif ici : https://nonmegametha.noblogs.org/

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Communiqué de la Conf


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  • Le 27 mai 2023 à 22:26, par Collectif Scientifique National Méthanisation raisonnable

    Le CSNM soutien 100% la Confédération Paysanne et les Collectifs se levant contre ce méthaniseur, ineptie agronomique, paysanne, énergétique, environnementale.
    Les paysans seront les premiers à pâtir de son installation.

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