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De la peinture et de la colle, puis de la répression



Retour sur l’action d’Extinction Rebellion Dijon contre le projet EACOP financé par BNP Paribas et sur la répression disproportionnée qui s’en est suivie.

L’émanation dijonnaise de la violence d’état s’est abattue sur 8 citoyen·ne·s.

Le 10 mai après 22 h, 7 jeunes ont été interpellé·e·s et placé·e·s en garde à vue pour avoir aspergé de peinture des agences de la banque BNP Paribas du centre-ville de Dijon – une action revendiquée par Extinction Rebellion qui s’est déroulée dans plusieurs villes de France. Les détentions par les forces de l’ordre ont duré 42 heures et sont suivies d’un contrôle judiciaire jusqu’au procès le 16 août.

Nous affirmons la légitimité de l’action et la disproportion de la réponse judiciaire – symptôme d’une dérive autoritaire de l’état envers le mouvement écologiste et toute action critique de l’ordre dominant. Ce texte présente les motifs de l’action, la décrit, ainsi que la répression qui l’a suivie.

BNP Paribas est le 11e financeur mondial d’énergies fossiles [1]. Avec la Société Générale et le Crédit Agricole, BNP Paribas soutient notamment Total Énergie qui mène le projet EACOP – cet oléoduc qui, s’il est construit, balafrera des écosystèmes et villages d’Ouganda et de Tanzanie sur 1444 km, dans le but de transporter 216,000 barils de pétrole par jour [2]. Ce projet est le paroxysme du mépris du vivant par le monde de la finance fossile. Or, la trajectoire actuelle de réchauffement climatique devrait causer dès 2050 (+2°c) la migration d’un milliard d’êtres humains vivants dans des zones côtières [3], d’au moins autant vivant dans des zones chaudes et humides (par ex., en Inde) [4], et menace les productions agricoles y compris en europe [5]. Les pratiques de BNP Paribas et Total Energie sont meurtrières. Littéralement. Les personnes informées ont le devoir d’alerter leur concitoyen·ne·s et de faire pression sur les décisionnaires.

L’action dijonnaise a consisté à vider des extincteurs remplis de peinture noire sur la façade des agences, à inscrire au sol et sur les murs « stop EACOP » et « carnage Total », ainsi qu’à coller des affiches avec des explications et un QR à flasher (pour celles et ceux qui souhaiteraient plus de détails). De plus, de la colle a été insérée dans la fente de certains distributeurs de billets, les rendant temporairement hors service. La peinture noire symbolise le pétrole, et la façade salie des agences reflète l’état de propreté réel de leurs investissements – revendiqués « verts » (greenwashing).
Au moment de l’action, l’une des agences de la BNP était déjà surveillée par la police, qui a attendu que les activistes agissent pour les interpeller. Dans le cas d’une autre agence, les activistes ont été suivi·e·s via les caméras de surveillance avant d’être appréhendé·e·s. Au total, 7 personnes ont été placées en garde à vue le 10 mai au soir.

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Jusqu’ici – une garde à vue pour avoir peint un bâtiment à visage masqué – rien n’est choquant. Certes, il serait souhaitable que les actions de la sorte soient immédiatement reconnues d’intérêt général et que leurs auteur·ice·s soient remercié·e·s pour leur veille citoyenne. Toujours est-il que l’arrestation ne fût que l’apéritif des institutions judiciaires dijonnaises, lancées dans une entreprise d’intimidation grotesque. Après quelques heures en cellule, chacune des personnes arrêtées s’est vue informée de la perquisition de son domicile (peut-être le·a mandant·e pensait-il/elle trouver des pots de peinture au domicile des suspects…). Rendons-nous compte : des jeunes non-violent·e·s conduit·e·s par la police dans leur rue en plein jour, les mains attachées dans le dos, sous les regards médusés du voisinage. Les serrures de deux des personnes ont même été percées, récupérer les clés ayant été jugé trop chronophage. En parallèle, des agents de police ont trouvé bon d’interpeller, sans préciser le motif, un militant assis en terrasse. A ce moment-là, 8 personnes étaient gardées à vue en lien présumé avec le peinturlurage des agences bancaires.
Six heures plus tard, le jeune homme interpellé arbitrairement était libéré sans poursuite et la décision était prise que les 7 autres seraient déferré·e·s au tribunal judicaire le lendemain. Ainsi, c’est après une deuxième nuit en cellule, un transfert menottes aux mains et 5 heures d’attente au tribunal – en cellule à nouveau – que les 7 citoyen·ne·s ont appris leur contrôle judiciaire (iels devront pointer au commissariat de Dijon, plus ou moins fréquemment selon le cas) et l’interdiction de se côtoyer les un·e·s les autres, le tout jusqu’au procès 3 mois plus tard ! Cette dernière privation dont la finalité nous échappe était visiblement trop tentante pour le couple procureur-juge des libertés.

Quel autre terme pour décrire ces mesures judicaires – perquisitions, mises à distance – que « violence d’état disproportionnée » ? Celle-ci a pour conséquence de favoriser la logique du profit face à la défense du bien commun. Pourtant, celles et ceux qui mènent la répression auraient tout intérêt à soutenir la lutte écologiste, pour les quelques décennies qu’il leur reste à vivre et pour leur descendance. Pour notre descendance.

Extinction Rebellion Dijon



Notes

[1Banking on Climate Chaos, 2023

[2Pour plus de détails sur les dégâts d’EACOP, nous vous renvoyons au site internet stopeacop.net.

[3GIEC 2022, groupe de travail 2, TS p 66

[4Mora et al., 2017 (doi : 10.1038/nclimate3322)

[5GIEC 2023, rapport de synthèse, SPM figure 3

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