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En lutte contre les CRA [Volume 1]



A l’heure où Darmanin veut augmenter le nombre de places en CRA (Centre de Retention Administrative) en créant 11 nouveaux centres de rentention à travers la France, dont un à Dijon, nous vous proposons un texte écrit par le collectif A bas les CRA ! Ce texte témoigne de la forme qu’a prit la lutte anti-CRA en France de décembre 2018 à février 2019. Révoltes, organisation collective, des grèves de la faim... En région parisienne, des personnes solidaires ont rassemblé dans cette brochure des communiqués de migrant.e.s en lutte, des lettres et des retranscriptions de coups de téléphone dans les centres, ainsi que des comptes-rendus d’actions menées à l’extérieur (manifs, parloirs sauvages, ...).

Article initialement sur infokiosques.net


Avertissement : cet article contient des descriptions de violences physiques et verbales.

Voix et combats de l’intérieur, solidarités à l’extérieur pour entraver la machine à expulser (décembre 2018 - février 2019)

Les centres de rétentions administratives sont des prisons

Lorsqu’on parle des CRA [1], il est important de commencer par cela : même si les textes juridiques ne les désignent pas comme tels, ce sont des lieux d’enfermement et de privation de liberté, où les violences policières, les menaces et les humiliations sont à l’ordre du jour. Les prisonniers et les prisonnières reclu.e.s derrière les murs des CRA ont été jugé.e.s coupables d’un crime particulier : celui de ne pas avoir les “bons papiers”. Pour l’Etat, seul le bout de papier compte, et son absence suffit pour enfermer et expulser.

C’est la raison d’être des CRA. Enfermer et expulser, toujours loin des regards. C’est pour cela que les CRA sont situés dans des coins paumés, éloignés de tout sauf des casernes ou des écoles de police, pour que les flics puissent intervenir rapidement en cas de révoltes. Il suffit de faire une visite à un.e copain.e détenu.e pour se rendre compte que l’isolement de ces lieux ne sert qu’à rendre davantage invisibles celleux qui y sont et dissuader la solidarité depuis l’extérieur. La solitude et l’absence des liens avec leurs proches sont calculées pour briser le moral des retenu.e.s afin de mieux les maîtriser. Dans cette brochure, nous montrerons que ce projet ne fonctionne pas toujours : les rébellions et les luttes à l’intérieur n’ont jamais cessé. A l’extérieur, des groupes s’organisent pour les soutenir, mais il reste beaucoup à faire pour que ces prisons disparaissent.

Les CRA sont des lieux d’isolement et d’abus. Mais il ne faut pas se tromper : ils ne sont pas quelque chose de complètement indépendant, d’exceptionnel par rapport au reste. Ils sont un maillon d’une chaîne bien plus large. Cette chaîne va des relations néo-coloniales qui règlent les visas et les accords bilatéraux, jusqu’aux frontières militarisées, des centres d’hébergement et d’accueil aux prisons, des préfectures à la commission d’asile, des tribunaux aux rafles et aux contrôles au faciès dans les rues et dans les gares.Une pluralité d’acteurs font partie de ce système. Certains se disent humanitaires, d’autres sont explicitement répressifs, mais que ce soit pour trier, expulser, ou “éduquer et intégrer”, ils participent tous au grand jeu de fichage et de contrôle des migrant.e.s, de leurs mouvements, de leur comportements, de leurs vies.

Les CRA sont le visage le plus explicite et brutal de la mise à l’écart des migrant.e.s “sans les bons papiers”. Mais ils ne produisent pas que de l’exclusion. Ils ont pour objectif de fabriquer des travailleurs et des travailleuses toujours plus exploité.e.s, soumis au chantage continu de la réclusion et de l’expulsion. Ils sont l’outil de l’État et des patrons pour discipliner et faire baisser la tête aux prisonniers-ères, certes, mais aussi à tou. te.s celleux qui, un jour ou l’autre, pourraient se faire contrôler par des flics dans une station de métro et être renfermé.e.s. Les CRA, comme toutes les prisons, sont une menace toujours présente.

Les CRA sont aussi une source de profit pour les grosses entreprises. L’enfermement paie, comme le savent bien les différentes boîtes qui collaborent avec les forces de répression dans les centres de rétention tout comme lors des expulsions. Les entreprises qui assurent la bouffe, la surveillance, le transport, mais aussi les guichets qui balancent les sans-papiers sont toutes des rouages de la machine à expulser. En permettant concrètement l’existence et le fonctionnement de ces lieux, elles en sont coresponsables. Pour lutter contre les CRA, on peut donc aussi s’attaquer à ces collabos.

Si on replace les centres de rétention au sein d’un système plus vaste, basé sur le profit, l’exploitation et le contrôle des migrant.e.s, les actions concrètes en soutien aux luttes en cours dans les CRA doivent être pensées en continuité avec d’autres solidarités dans les combats des migrant.e.s : pour le logement, contre les frontières, contre les violences policières. Soutenir les résistances qui existent dans les CRA n’est que l’un des points d’entrée dans le combat contre les mécanismes du racisme d’État et de la guerre contre les pauvres.

Ces mécanismes ne sont pas figés : l’ennemi est capable de les affiner et de les adapter aux formes de rébellion qu’ils produisent, pour qu’il puisse y répondre de manière toujours plus efficace. Un exemple en est la nouvelle loi “pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie” (le titre en dit long). Parmi les mesures de confinement, tri et illégalisation des migrant.e.s : les demandes d’asile ne sont plus suspensives des procédures d’expulsion (ce qui arrivait déjà dans les faits), l’enfermement “hors les murs” - c’est à dire l’assignation à résidence - se durcit, les interdictions de territoire français sont facilitées pour toutes les personnes qui ont eu un refus de titre de séjour, la double peine est applicable à encore plus de situations...Par rapport aux CRA, la rétention administrative est allongée jusqu’à 90 jours. Trois mois derrière les barreaux, voire plus si le prisonnier ou la prisonnière passent directement du CRA à la prison, et de la prison au CRA, comme c’est de plus en plus souvent le cas, sous différents prétextes. Dans la logique de ces mesures, Macron annonce que plus de 400 nouvelles places seront créées pour enfermer les étranger.e.s - et donc pour engraisser aussi les entreprises qui en profitent.

En fait si la loi se transforme, les pratiques policières et celles des tribunaux évoluent aussi. Les actes de résistance des prisonnier.e.s sont réprimés avec une violence toujours grandissante, et la créativité de l’administration n’a pas de limites quand il s’agit de classifier toute tentative de se défendre en chef d’accusation. Ainsi, la décision de ne pas collaborer activement à sa propre expulsion, que ça soit par le refus de la prise d’empreintes, le refus de signer des déclarations qu’on ne comprend pas ou qui déforment la vérité, le refus de voir son consul, ou même le simple fait de dire “non” quand on se voit proposer un vol de retour vers son pays, sont des raisons suffisantes pour que l’État colle une garde à vue à la fin de rétention, et qu’elle s’ensuive d’un nouvel enfermement, en CRA ou en prison. Parler aux passager.e.s sur un vol où l’on est expulsé.e de force devient une “entrave à une mesure d’éloignement”, dénoncer les violences policières est de la “rébellion”, et juste rester ensemble et s’organiser un peu trop avec d’autres retenu.e.s suffit parfois pour être transféré.e ou déporté.e d’urgence sans être prévenu.e.

Malgré tout ça, malgré les humiliations et les violences quotidiennes des matons, malgré le risque constant d’être déporté.e, la bouffe pourrie et l’isolement, malgré tous les efforts déployés pour “pacifier” les CRA, les personnes enfermées se révoltent. A partir de décembre 2018 les résistances individuelles, qui n’ont jamais cessé, deviennent de plus en plus collectives, les grèves de la faim se multiplient, se développent la solidarité entre prisonniers-ères, l’organisation entre différents CRA et les liens avec l’extérieur.

Cette brochure raconte, de manière très partielle et non-exhaustive, des moments conflictuels des deux derniers mois. Non pas pour faire le récit d’une histoire qui n’est pas encore terminée, mais pour faire circuler la parole de c
elleux qui luttent à l’intérieur et relayer leurs revendications, pour renforcer la solidarité à l’extérieur, pour inventer d’autres moyens qui puissent entraver la machine à expulser.

Pour en finir avec ces prisons
et toutes les autres !

Témoignages

Nous avons décidé d’introduire les luttes en cours par quelques témoignages récents des personnes enfermées, afin de donner un aperçu des expériences qu’elles ont vécu et qui leur exigent, et nous exigent, de se révolter. Le choix de ces récits n’est pas basé sur un quelconque caractère exceptionnel de leur contenu, mais simplement sur les liens qui ont permis que ces histoires sortent de l’isolement carcéral et circulent aussi à l’extérieur.

« D’abord je voudrais parler d’un gars qui est devant moi.

Mon pote il est malade, il est cardiaque. Toute sa famille est en France, son seul problème c’est celui des papiers. Et ça c’est la préfecture qui lui refuse année après année.Aujourd’hui il a demandé à aller à l’hôpital, ils l’ont emmené, escorté et menotté. Ils se sont mis devant la porte de l’hôpital George Pompidou (Meaux). Comme un vrai terroriste. Même le médecin de l’hôpital, D., s’est plaint du traitement des policiers.

Ici, l’infirmerie elle donne juste des dolipranes, ou des trucs psy. Si il rate le rdv de 14h avec son fils, le gars en face de moi il a pas son traitement.En plus le gars vient de me dire qu’on lui donne pas ses médocs, on lui donne pas les médocs prescrits par le docteur. [...] A cause des médicaments qu’ils lui ont donnés il a eu des problèmes. Mais du coup tous les jours son fils lui fait la visite et lui ramène des médocs mais l’infirmière lui donne pas...

Puis pour parler de l’intérieur : ça fait deux jours que les toilettes sont bouchées. Quand je me suis plaint à la Police, on m’a dit ‘demande à tes amis d’arrêter de boucher les toilettes’. Les cellules sont crades, le ménage est pas fait tous les jours. [...] La douche c’est dégueulasse.

Même la bouffe pour chien est meilleure que nous ce qu’on bouffe. Au centre de rétention, même on a pas le droit de ramener de la bouffe dans les visites, on peut pas cantiner a l’offi, on peut pas acheter du shampoing. Si tu t’es pas fait arrêter avec du shampoing bah t’es dans la merde. Ici le shampoing du CRA il sert à rien. Même mon chien je le lave pas avec.

Nos vêtements ils les lavent avec de l’eau. On les met à la laverie tous ensemble. Donc si un de nous a la gale... on l’aura tous. Parce que quand nos vêtements ils nous les rendent ils sentent toujours mauvais.

L’offi ils sont toujours en retard et ça finit toujours plus tôt que c’est annoncé - 16h au lieu de 18h30. Pour la cantine : normalement c’est à 7h, mais ça à jamais commencé a 7h pile y a toujours 10 ou 20m de retard. Mais 7h30 ensuite si t’as 5m de retard, on te dit ‘là c’est chaud ça va fermer, aller presse-toi et la prochaine fois tu viens à l’heure !’

Une fois le gars en face de moi il a demandé un verre d’eau pour prendre ses médocs, on lui a refusé. Une fois, mon co il a commencé a pleurer tellement il a mal (crise de foie). Ils voulaient pas l’emmener à l’hôpital. Après le départ des infirmiers, on a dû appeler les pompiers. Les pompiers au début voulaient pas trop venir ils ont proposé aux keufs de l’amener à l’hôpital. Avant de pouvoir partir il a dû gueuler, taper au mur etc.... faire tout un film pour qu’il parte. Et en plus, si on avait pas appelé les pompiers il serait jamais parti. Après, ils ont cherché à savoir qui avait appelé les pompiers. ‘Qui a appelé ? Qui a appelé ?’ On leur a dit personne, juste y a un malade, faut l’amener.

Moi j’avais une tubeuse, je l’ai ramenée avec moi dès mon arrestation. Après la fouille, on m’a autorisé à la prendre avec moi. Après y a eu une fouille y a une semaine où ils ont tout retourné, tout démonté. Et là on me dit c’est interdit la tubeuse. D’où tu changes la loi en 3 semaines ?

Les policiers ils disent ‘ouai ça pue ça pue’. Ils lavent pas nos vêtements, leur savon sert à rien et après ils disent on pue ?

Avant la grève de la faim ils fermaient la porte à 20h. Maintenant ils re-respectent la règle. Mardi soir on a manifesté et depuis c’est à nouveau 22h comme quand je suis arrivé.

Aujourd’hui ils ont ramené une meuf avec son fils de 3 mois... et son fils est malade.. ils l’ont mis en centre de rétention. Aujourd’hui je l’ai vu dans le couloir j’ai eu le cœur brisé. Je l’ai vu dans le couloir j’ai joué avec le petit... Qu’est ce qu’elle a fait ? Elle est pas humaine ? Elle est pas née en France c’est tout. Ils mettent un petit de trois mois en prison. Il va devenir quoi ? C’est sûr pas président...

Y a des choses qui font mal...

Ici, ils font des vols cachés... ils attachent comme des chiens... ils scotchent... j’ai vu des trucs ça choque. Je connais un gars, le 45e jour ils l’ont amené de force... cagoulé, casqué, scotché de la tête aux pieds...



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