Entre détachements et attachements, le logement des migrant.e.s



Séance proposé par l’atelier d’écologie politique Penser les transition :
Organisée par Jérémy Sauvineau et Lucie Dupré.
Avec les interventions d’Emmanuelle Hellio et Jérémy Sauvineau
le Jeudi 24 novembre – 14h à 17h, Salle Chevrier /// 3e étage, bâtiment Droit-Lettres, côté Droit /// Université de Bourgogne
 

Le terme de « migration » recouvre des réalités à bien des égards disparates. Il peut d’une part s’apposer aux migrations encadrées par les pouvoirs publics, dans le cadre de la gestion des flux de main-d’œuvre des travailleurs saisonniers et des travailleuses saisonnières par exemple (que l’on pense aux récolteurs et aux récolteuses d’agrumes ou de raisin provenant du Maghreb) ; d’autre part, il peut également qualifier les migrations écologiques ou de guerre, comme le sont les demandeurs et les demandeuses d’asile, ces derniers et ces dernières se jouant parfois subtilement des régulations instaurées par les politiques publiques européennes et françaises."

Ces deux « catégories » de migrants et de migrantes font l’expérience de prises en charge hétérogènes de la part des pouvoirs publics, mais qui ont pour point commun l’expérience de la précarité et de l’indignité. Qu’il s’agisse des travailleurs saisonniers et des travailleuses saisonnières, et des requérants et requérantes de l’asile, une même crainte semble hanter l’esprit des décideurs et des décideuses : celle de voir ces migrants et ces migrantes se fixer à leur aise sur le territoire. Pour faire face à ces velléités d’installation, les pouvoirs publics déploient tout un arsenal de réponses qui se rejoignent dans la figure de la dissuasion : en accueillant de manière inhospitalière, en empêchant qu’ils et elles s’attachent à l’espace alentour, il est postulé que les migrants et les migrantes (re)partiront. C’est ainsi que les travailleurs saisonniers et les travailleuses saisonnières sont les victimes d’une hospitalité utilitaire, alliant accueil minimal, contrôle et effets d’aubaine économique. Ils et elles subissent les injonctions d’une police les assignant et les rivant à un habitat indigne, surveillé, voire confiné en période épidémique (baraquement, camping, mobiles-home, etc.). D’autre part, les demandeurs et demandeuses d’asile font face à une hospitalité immunitaire, caractérisée par le sous-dimensionnement chronique du parc d’hébergement, laissant les requérants et les requérantes à la rue, dans des camps de fortune ou, au mieux, dans les hébergements d’urgence.

En mettant en regard deux situations d’immigration, de circulation et d’immobilisation des personnes, cette séance vise à interroger les formes d’attachements, empêchées par les pouvoirs publics et recherchées par les migrants, au cours de leurs déplacements. Comment créer des liens d’attachement nécessaires au déploiement de toute forme-de-vie (et de survie sociale), alors même que l’on est sans logement et dans un pays étranger ? Comment tisser des attachements – et lesquels – lorsque le logement est conçu comme un dispositif supplémentaire de contrôle et d’isolement ?

Quelques repères bibliographiques

Belkis D., Haeringer A.-S., Pecqueux A., Peroni M., « Habiter : la part de l’être », Les Cahiers de Rhizome, n°71, 2019, pp. 11-24.

Bernardot M., « L’habitat non ordinaire et les hospitalités. Utilités, immunités et sociétés », SociologieS, Dossier « HospitalitéS. L’urgence politique et l’appauvrissement des concepts », 2018. URL : https://journals.openedition.org/sociologies/6810

Breviglieri M., L’usage et l’habiter. Contribution à une sociologie de la proximité, Thèse de doctorat en sociologie, sous la direction de Laurent Thévenot, Paris, EHESS, 1999.

Emmanuelle Hellio, avec Juana Moreno Nieto, 2018, Les fruits de la frontière, Plein Droit, 116 (21). Reproduit dans le n°19 de la revue Passerelle, (Dé)passer la frontière / Beyond border, Ritimo, 2019. 

Hellio, Emmanuelle, 2013, Saisonnières à la carte : Flexibilité du travail et canalisation des flux migratoires dans la culture des fraises andalouses. Cahiers de l’URMIS, Unité de recherches « Migrations et société » Université Côte d’Azur, 2013. ⟨hal-01621327⟩

Hellio, Emmanuelle, 2008, Des mains délicates pour des fraises amères. Plein Droit, GISTI, Saisonniers en servage, pp.34-38. ⟨hal-01621319⟩

Emmanuelle Hellio. 2008, Importer des femmes pour exporter des fraises (Huelva). Études rurales, Éditions de l’École pratique des hautes études ⟨hal-01621275⟩



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