Gazette des Lentillères #1



Le premier numéro de la gazette des Lentillères, feuille de choux/chroniques du quartier à l’intention du bon voisinage, est sortie en automne.

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Gazette des Lentillères #1

Edito

Certain·es d’entre vous le connaissent déjà, d’autres pas encore : le quartier libre des Lentillères, qui se situe au sud de Dijon, a déjà 11 années d’existence ! En mars 2010, nous défrichions les premières parcelles, afin d’occuper des terres maraîchères menacées par la phase 2 de l’écoquartier. Depuis, à coup d’autogestion, de solidarité et d’imagination, et grâce à d’autres logiques que celles du capitalisme, nous avons bâti tout un monde en habitant les vieilles fermes abandonnées sur la friche, en construisant un bateau-pirate – ou même une grande maison commune à la charpente en chêne, en organisant des fêtes loin des logiques commerciales, en réparant nos caravanes, en rebouchant des trous causés par la mairie, en prenant soin du sauvage (saviez-vous que le Quartier fait partie du couloir écologique qui connecte le parc de la Colombière au stade des Poussots ?). Aujourd’hui, si nous cultivons aussi des tonnes de légumes (sans pesticide ni label !), c’est ce monde que nous souhaitons vous faire découvrir à travers cette petite gazette d’information.

Mais ce souci de vous transmettre ce qui se passe au Quartier libre des Lentillères est aussi animé par de l’inquiétude : en novembre 2019, le maire de Dijon François Rebsamen déclarait l’abandon de la phase 2 de l’écoquartier et l’interdiction de l’urbanisation des terres - nous en avions sauté de joie. Mais en 2021, c’est le rétropédalage ! En juin, il annonce vouloir dresser des immeubles sur 2 hectares entiers de la friche, qui font face à l’écoquartier actuel. Ce qui menace le terrain de BMX, une trentaine de jardins partagés, 4 champs de pommes de terre et de courges, ainsi que les lieux de vie de dizaines de personnes. Il veut du « maraîchage », des jardins « partagés » cloisonnés et bien administrés, pas « des bidonvilles », lance-t-il avec mépris contre nos manières d’habiter.

Il est vrai que rien (ou presque) n’a changé sur le nouveau PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal) : ces terres sont encore classées comme « zone à urbaniser ». Alors nous avons attaqué ce PLUI en justice, et nous continuons à défendre ce Quartier, ouvert et sans barrière ni pass sanitaire, qui n’attend que vous pour vivre et s’épanouir ! Venez pour une balade, pour admirer un vieux tracteur encore en marche ou un escalier en colimaçon fraîchement fabriqué, venez pour récolter des patates, pour s’enjailler lors d’un concert, filer la main lors des marchés à prix libre [1], ou regarder les écureuils, assis·es sur un banc.

Nous contacter : gazettedeslentilleres@riseup.net
https://lentilleres.potager.org/

Micro-trottoir : Le terrain de BMX le plus WILD de tout Dijon !

À l’est du quartier des Lentillères, le long de la rue Bertillon, sur une zone (grandement) menacée de bétonnisation, tous les jours, des afficionados s’y exercent à coup de figures acrobatiques aux noms anglais compliqués. Nous en avons rencontré quelqu’un·es.

J’habite pas loin, de l’autre côté de la rue. En 2016, j’ai commencé à construire ce terrain. J’ai fait la première bosse à la pelle et à la brouette ! Puis j’ai fait des bosses pour les gamins, j’ai planté des aromates, un copain a mis des arbres. Avant c’était une grosse dalle plein d’agglo, c’était pas chouette ! Sans ce terrain, j’aurais jamais rencontré tous les gens que je connais maintenant. On y voit des gamins de l’écoquartier, des fans de BMX, des harkis du foyer qui s’assoient sur les bancs qu’on a construit. D’autres promènent leurs chiens. C’est un lieu de loisir libre, un lieu qui était ouvert pendant le confinement, alors que le skate parc de Dijon était fermé.

Nico

« Ça fait quelques semaines que je me suis mise au BMX, moi j’aime les sports extrêmes. Ici c’est un terrain »nature« , ça change, mais il faut avoir du niveau ! »

Marie, 27 ans

« Là, je m’entraîne sur la même bosse depuis tout à l’heure pour réussir à faire une figure, je sens que je vais bientôt y arriver. »

Arthur, 12 ans

« Ici on rencontre des gens, on prend l’air, ça fait du bien à la tête. »

Cyril, 54 ans

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Le chiffre de l’automne : 4,5 tonnes

C’est le poids de la récolte de cette saison sur les champs situés à l’angle de la rue Abrioux et Bertillon (en bordure de l’écocité des Maraichers) ! 3 tonnes de pommes de terre et 1,5 tonnes de courges (potimarrons, butternut, bleues de Hongrie). Les maraîcher·es bénévoles ont également planté 8000 poireaux, qui seront récoltés durant tout l’hiver... Cette merveilleuse production a été vendue* sur les marchés qui se tenaient tous les jeudis jusqu’à fin octobre et permet aussi de fournir des légumes de base pour les habitant·es de la friche, pour des repas lors de grosses fêtes, des cantines de lutte ou des soupes populaires distribuées par exemple aux livreurs Deliveroo.

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Le problème !
On fait des frites pour la prochaine fête ! Sachant qu’une caisse de patates pèse 30 kg, et qu’un cornet de frites pèse 150 gr, combien de cornets de frites peut-on faire avec 2 caisses de patates ? Comme nous attendons 500 personnes à la fête, aura-t-on assez de cornets de frites pour tout le monde ? Si non, combien de caisses de patates a-t-on besoin pour que chaque personne ait un cornet de frites ?

Problème envoyé à la classe de CM1-CM2 de l’école Champollion qui vient faire des visites sur le quartier

Petite annonce

Tu aimerais jardiner aux Lentillères et faire pousser légumes et fleurs en tout genre, mais comment faire alors ? Tu peux envoyer un mail à tierraylibertad@potager.org et faire une demande d’attribution de parcelle et on aura plaisir de te répondre. Il y a parfois des parcelles libres qui peuvent être données à l’usage mais il faut être patient·es.

Il y a aussi le pot’col’le ou « Potager collectif des Lentillères » qui est un collectif et lieu d’expérimentation, d’apprentissage, de réappropriation et de partage des savoirs, tu peux leur écrire à potcolle@potager.org.

Au plaisir de se croiser, La commission d’attribution des petits jardins.

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Ça pousse ici : l’églantier

Églantier
Rosa canina
Rose sauvage, Rosier des chiens, Gratte-cul, poil à gratter.
Petit rosier sauvage aux fleurs dotées de cinq pétales roses claires. Ses baies rouges appelées cynorrhodons sont connues par les enfants comme « poil à gratter ».

Cynorrhodons (frais ou sec, en décoction) :

  • Riches en tanins, ils resserrent les tissus : très utiles en cas de diarrhée
  • Riches en vitamines A, B, C (20 fois plus que les agrumes). La vitamine C disparaît en chauffant, faire infuser les fruits dans l’eau froide ou conserver la pulpe fraîche dans du miel.
  • Antiseptiques et diurétiques.

Fleurs : en infusion, légèrement laxatives en cas de constipation.

Graines : en infusion, sédatives, en cas d’insomnie, de nervosité ou d’anxiété.

Usage culinaire : On consomme les baies qu’on ramasse en hiver après les premières gelées lorsqu’elles sont molles. Leur chair est sucrée et acidulée. On peut la manger sucrée (en confiture, sirop, tarte) ou salée (comme un coulis de tomate).

Confiture de cynorrhodons
Cuire les fruits dans l’eau jusqu’à ce qu’ils deviennent très mous (45 minutes). Pour débarrasser la pulpe des poils et des pépins on peut soit les passer avec l’eau de cuisson dans un moulin à légumes avec une grille à gros trous, puis une grille plus fine, soit les mixer avec l’eau de cuisson et les passer dans une passoire fine. Ensuite cuire la pulpe avec du sucre (30 minutes environ) en remuant très régulièrement, elle a tendance à attacher. Compter 700 gr de sucre par kilo de pulpe. Mettre en pot bouillant, fermer hermétiquement et retourner le pot jusqu’à complet refroidissement.

Source : Les sauvages des Lentillères, avril 2020, Trouhaut. Tu peux trouver le livre sur les marchés du Quartier Libre ou à La librairie de la fleur qui pousse.

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Sortez nous de ce mauvais pass !

Avec la généralisation du pass sanitaire, la plupart des gens se sont habitué·es à montrer leur QR code pour tout et n’importe quoi – et à n’importe qui. La fonction de police est désormais sous-traitée à d’autres professions. Aujourd’hui on l’accepte au nom d’une urgence sanitaire, mais demain ? Un gouvernement autoritaire pourrait bien le réactiver pour des motifs moins humanitaires...
Celles et ceux qui animent des lieux camarades en Suisse parlent d’"apprentissage de la soumission imposé par l’État". Un truc bien plus facile à faire passer tant "l’incertitude et l’anxiété poussent à accepter des mesures qui nous aurait révoltées il y a quelques mois".
Mais il y a encore celles et ceux qui résistent. Alors, on voulait les saluer. Bravo à toi, la bibliothécaire grenobloise en grève depuis fin août pour que ton lieu de travail reste un espace ouvert. Bravo à toi, serveur démissionnaire, qui n’a pas pu supporter de devoir contrôler les clients. Clin d’oeil à vous, les salles de cinéma qui ont réduit leurs jauges pour se soustraire à la règle et clin d’oeil aussi à tous ces lieux qui permettent l’esquive (on donnera pas les noms ;). Enfin, soutien à toi, salariée en galère qui ne peut pas tout lâcher, et qui doit travailler dans ces conditions alors que chaque contrôle te fait violence.

Cabane, mon amour !

Ma maison, c’est une CARAVANE (et elle casse la baraque !)
On irait au bout du monde, si son châssis n’était pas rouillé.
On passerait des hivers torrides si elle avait le double vitrage.
« Avec des si, on referait le monde » .
Là, juste besoin d’isolant, de rustol et de mastic.
C’est vachement moins romantique, N’EMPÊCHE QUE
Quand le soleil passe par le gros érable
avant de percer les rideaux
Je la trouve grande grande grande !
Et elle est aussi très, très, très belle !
Et j’y suis si confortable que c’est parfois
toute une histoire, pour me lever le matin !

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Les bonnes recettes du quartier : la charpente levée.

  • 2 poignées de personnes motivées dont 1,5 de passage et 3 enfants
  • 2 sachets de débrouillardise
  • 1 casserole de tchitchous
  • 1 paquet de bois récupéré ci et là

1. Dans un lieu spacieux et couvert, mélangez les personnes intéressées. Ajouter y un zeste de motivation matinale. Secouez bien.
2. Dans le mélange ainsi obtenu incorporez doucement un peu de débrouillardise et beaucoup d’imagination. Passez à la gamberge collective. Ici, n’hésitez pas à faire goûter le délicieux mélange aux plus petits. Vous obtenez le plan de votre cantine.
3. Dans la casserole, ébouillantez les tenon-mortaises déjà préparés et ajouter le bois coupé en morceaux. Utilisez le plan comme liant de cette 2e préparation. Attention ! N’oubliez pas de faire tchouktchouk avec le tchitchou, ou vous aurez raté l’essence même du chantier collectif. Laissez reposez à plat.
4. Le jour J, bordez joliment votre met des personnes présentes et laissez lever la charpente ainsi toute la journée. C’est prêt !
Couvrez, ou laissez dorer au soleil !

Cette recette a été élaborée lors de la fête d’automne 2021 : une centaine de personnes a déambulé pour amener ensemble une charpente sur une petite parcelle encore en friche des Lentillères. Elle abritera bientôt une cantine de quartier à prix libre !

Rubrique « Mais qu’est-ce que c’est ? »

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Ce bel écusson était cousu sur les shorts de 33 femmes zapatistes lors d’un match mémorable au stade des Bourillots, le 11 octobre dernier !! Mais qu’est-ce qu’elles faisaient là ? Les Zapatistes sont des indigènes du Chiapas, territoire du sud du Mexique, organisé·es en "armée de libération" depuis 1994, pour se réapproprier leurs terres et former des villages autonomes de l’Etat, malgré une répression impitoyable. Cet automne, ils et elles ont lancé un « grand projet d’invasion de l’Europe », qui s’appelle « le voyage pour la vie » afin de rencontrer des territoires en lutte. Et iels sont passé·es à Dijon, aux Tanneries (espace multi-culturel autogéré situé au 37 rue des Ateliers) pour organiser la suite de leur voyage, après avoir déjà visité plusieurs pays européens de l’est et du nord. Et donc, il se trouve que l’Armée zapatiste a une équipe de foot féminine, et que les membres étaient toutes dispatchées depuis le début du périple. Du coup si elles voulaient jouer au foot au moins une fois en Europe au cours de leur voyage, c’était maintenant ou jamais ! Mais elles ont été battues 3-1 par l’équipe dijonnaise, à quand la revanche ?

Pour en savoir plus, rdv sur dijoncter.info, Chronique "Sur l’onde" #33 L’invasion zapatiste à Dijon

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Notes

[1Le prix libre permet à chacun·e de donner ce qu’iel peut ou ce qui lui semble juste, selon ses moyens. Parfois, un prix indicatif permet de donner une information sur le coût d’un produit, car ce n’est pas toujours facile de se rendre compte.

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8 1/2 rue Amiral Pierre, Dijon

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