[GJ Acte V] Le débordement tranquille

Récit à chaud de l’acte V des Gilets Jaunes à Dijon. Loin des coups d’éclats des semaines précédentes, c’est une force tranquille et inattendue qui s’est répandue dans les rues.

Alors que les pages facebook annoncaient le rassemblement à 14h, une bonne foule s’était rassemblée dès 13h, et avait décidé de prendre la rue assez vite.
C’est sacrément le bordel à 14h.
Des flopées de gilets jaunes zonent partout, des gens sortent de leur voiture rapidement, endossent leur gilets et se mettent à chercher partout autour de la place de la République.
Le cortège fuse en direction de Wilson, et débarque dans l’enceinte de la cité Dampierre - les bureaux annexes de la préfecture. Vite repoussé, ce petit détour fait plaisir pour commencer la manif’ !
Les gens peinent toujours à se trouver, et quand tout le monde se rejoint en bas de la rue Chabot-Charny c’est un grand étonnement : on est largement autant que la semaine dernière ! Une marée humaine se déverse depuis toutes les rues avoisinantes.

[GJ Acte V] Suivi de la journée

Suivi de la manifestation de ce jour !

5 mars

L’effet post-attentat « restez chez vous » a l’air d’avoir franchement échoué. Les seules traces qu’on en trouve sont quelques remarques d’un complotisme de haut vol : « Le mec de Strasbourg, ils l’ont butté parce qu’il en savait trop ! »...

L’ambiance est un peu plus drôle que d’habitude, les slogans sur les gilets font plaisir (justice climatique, ne ris pas bourgeois ta fille peut être dans la rue, Macron c’est la chienlit). Les gens s’arrachent les tracts de Mamie Manif’. Alors qu’une sorte d’assemblée bancale s’organise place Wilson, une bande de mamies lance « Suquet [1], on file à Suquet ! ».

Certain·es ont l’air d’être au taquet pour stopper le moindre « casseur » à l’horizon. Le mythe de l’infiltré tient bon... Un gilet jaune s’en prend même violemment à une bande de 5-6 personnes, jeunes, masquées et sans gilets jaunes : « Dégagez, vous avez rien à faire là ! Ils sont où vos gilets jaunes ? »
Les jeunes s’offusquent.
Des personnes interviennent « C’est pas en virant tous les jeunes de la manif’ qu’on va gagner ! »
Une femme : « C’est mon fils, on est venu ensemble, on a juste pas de voiture. »

D’autres ont l’air de bien vivre l’idée que la manifestation déborde. On parle des premiers gaz, on commente les lancés de pavés des semaines précédentes comme des exploits sportifs. Et puis sur les murs apparaît le cynique « Sans casseur, pas de 20h ».

Des streets medic se sont organisés par dizaine, et sont venus à l’aide de nombreuses personnes. Ils ont même des tee-shirts sérigraphiés !
C’est super quand ils soignent les gens, mais c’est moche quand quelques un·es se permettent de donner des leçons de morale sur la bonne manière de lutter.

Des autocollants fleurissent : « Féministe en gilet jaune », « Notre colère n’a pas de frontières », « Moins de banquiers, plus de banquise ».
Un homme lit « Sans la Marseillaise, on est plus à l’aise », et a l’air étonné, comme s’il n’y avait jamais réfléchi...
Elle est pourtant reprise par tout le cortège, comme d’habitude. Mais on croise de-ci de-là des groupes qui soupirent en l’entendant, et certains autres qui tentent l’Internationale, ou un « Tout le monde déteste la Marseillaise ».

Quelques tags apparaissent, tantôt acclamés, tantôt hués.

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Alors qu’on a traversé des rues jamais visitées dans les dernières manifestations, on finit par se retrouver de nouveau rue de la Préfecture. Un petit air de déjà-vu, et peu d’espoir que ce soit une bonne idée de s’échoire sur les grilles des flics.
Mais aux premiers gazs, tout le monde recule et des gens essaient de lancer un mouvement pour aller ailleurs. Beaucoup semblent partager l’idée que le rapport de force est plus en notre faveur dans le débordement que dans la seule confrontation directe - surtout face à des grilles infranchissables.
Plusieurs centaines de personnes repartent donc vers la Place Darcy et s’engouffrent dans la rue de la Liberté, celle-là même que les flics avaient soigneusement gardé tout l’après-midi ! Au rythme d’une batucada d’enfer, le cortège défile donc dans le « plus grand centre commercial de Bourgogne ». Shop’in Dijon tremble devant ce « Yellow block » qui va pourtant se contenter de danser devant les Galeries Lafayette...

C’est sur cette dernière touche joyeuse que le cortège va se dissiper, alors que la place de la République est encore sous les gazs, et que des arrestations ont lieu.

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Une envie d’organisation semble poindre.
Un homme cherche en vain les auteur·e·s d’un tract intitulé « Faché·e mais pas facho, fauché·e mais pas fichu·e » [2]. Il ne l’a pas lu, mais c’est signé « Des gilets jaunes qui s’organisent » et ça l’intéresse, il a plein d’idées, mais il ne sait pas avec qui les mettre en pratique.
On a vu aussi des tas de tracts pour le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). On s’en méfie. Ça nous rappelle le système suisse, pas franchement un progrès... Et puis on nous le martèle tellement sur les réseaux sociaux que ça prend une tournure dogmatique. Ça nous fait penser à Chouard, à sa mollesse éthique qui lui permet d’être ami avec n’importe qui. Et à son tour de passe-passe qui présente le tirage au sort comme la solution miracle à tous les problèmes.
Être « pour la démocratie » n’est pas une position politique, la démocratie n’a jamais éliminé les inégalités, le racisme ou le patriarcat. Bien sûr qu’il faut trouver des moyens de prendre collectivement des décisions, mais nos luttes politiques doivent partir de nos convictions éthiques, pas d’un gadget institutionnel de plus.

L’envie de s’organiser peut nous emmener ailleurs. Nous ne sommes pas contraints à reproduire les vieilles formes des partis politiques pour être conséquents. Des assemblées populaires naissent, des maisons du peuple s’ouvrent.

Il est joyeux que cette manif’ ait retrouvé le goût de l’aventure, continuons le débordement, explorons hors des sentiers battus, défrichons, sans attendre samedi prochain !

[GJ Acte IV] Brouillard et possibles

Comment on sait quand on vit un évènement de l’ordre du soulèvement ou de la répétition ? Qu’est-ce qui fait un soulèvement ? Et jusqu’où est-on prêts à composer ? Après 4 semaines de mobilisation, retour critique sur la manifestation dijonnaise du samedi 8 décembre.

5 mars
[GJ Acte III] L’assaut de la préfecture

Pour son troisième samedi de mobilisation, le mouvement des gilets jaunes a laissé s’enflammer sa colère. Plusieurs centaines de personnes ont assiégé la Préfecture, occasionant plusieurs heures d’affrontements intenses avec les forces de l’ordre.

4 mars


Notes

[1Le commissariat de police de Dijon se trouve place Suquet

[2tract que vous pouvez lire dans le suivi de la journée : https://dijoncter.info/?fil-info-acte-v-avant-la-manif-748

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