Ce sont plusieurs histoires en une que nous voulions aborder dans le récit qui va suivre.
Nous voulions rapporter comment Habellis, qui se prétend « entreprise sociale pour l’habitat », traite ses locataires, et nous voulions mettre en lumière le courage des locataires ainsi que la détermination d’un défenseur des locataires.
« Les élus ressassent rénovation ça rassure mais c’est toujours la même merde, derrière la dernière couche de peinture »
Il y a 15 jours à Nuits-Saint-Georges le ras-le-bol et la colère s’emparent des locataires HLM du bailleur social Habellis. Depuis que ce bailleur a enfin entrepris quelques travaux de rénovation, le minimum, pour le désamiantage par exemple il faudra encore attendre, la galère quotidienne est encore pire qu’avant. Les travaux ne sont toujours pas finis, on ne sait pas vraiment quand ils seront finis mais les loyers sont exigés plein pot.
Et tant pis si après vous êtes brossé les dents vous devez vider le seau placé sous votre lavabo, un système d’évacuation dont vous devez vous satisfaire en tant que locataire d’Habellis. Habellis qui a grand coup de pub s’affiche partout dans Dijon n’est pas capable de fournir des conditions de vie et d’hygiènes décentes à ses locataires. Les dits locataires s’organisent donc et font appel à un membre d’association de consommateur et de défense des locataires (la CLCV).
Le camarade est aussi élu des locataires et à ce titre administrateur chez Habellis pour la commission d’attribution des logements sociaux. Quand il arrive à Nuits St Georges, le camarade s’étonne, au téléphone la locataire lui avait exposé des faits et lui avait demandé de passer. Il ne s’attendait pas à ce que tous les locataires soient présents et aussi déterminés. L’ambiance est au braséro, les gestes barrières ne sont pas toujours très bien appliqués mais au point où on en est, et ce n’est pas la gendarmerie qui va venir dire quelque chose. Comme le raconte un locataire « ils passent, ils descendent même pas de leur bagnole, ils nous regardent comme des animaux... ils feraient mieux de ramener les gens d’Habellis ici pour qu’on s’explique. »
« Les murs de chez moi sont tellement fins que quand mon voisin chie, j’peux savoir si c’est des pâtes ou du riz. »
Passée la bonne surprise de voir autant de gens combatifs le camarade constate malheureusement qu’il n’a pas été appelé pour rien, la situation est catastrophique et pourtant il en a vu d’autres.
Une personne lui témoigne qu’elle est à bout, elle n’est pas locataire, elle est là pour ses parents qui eux le sont. Ils sont âgés, son père est dans un lit médicalisé.
Voilà 15 mois qu’elle se débat et se bat contre le bailleur. Ses parents subissent dégâts des eaux sur dégâts des eaux, lors du dernier les pompiers ont dû intervenir pour pomper l’eau.
Habellis a ordonné à ses parents d’enlever le papier peint et d’enlever le sol pour ne pas que ça pourrisse. Pour faire cela la mère de cette dame a dû faire hospitaliser son mari et faire appel à la solidarité de ses voisins. Problème qui ne semble pas être celui d’Habellis : « comment peut-on demander à des locataires d’enlever un sol sûrement bourré d’amiante et de l’emmener à la déchetterie sans mettre en danger la vie des locataires et celle des manutentionnaires de la déchetterie ? »
Le camarade demande a visiter le logement, la fille des locataires accepte mais dit qu’elle a trop honte qu’elle ne veut pas que d’autres personnes rentrent. Après avoir vu l’état du logement le camarade prend le temps de parler avec cette personne, la honte ce n’est pas à elle de la porter mais à Habellis, elle accepte que soient rendu publiques les conséquences de ce mauvais traitement. Il appelle la presse, un correspondant du BP [1] à Nuits St Georges. Le camarade remue ensuite à sa manière ciel et terre pour qu’une solution soit trouvée. Il appelle Habellis et leur promet un procès en référé notamment sur la situation du couple âgé. Le lendemain Habellis fait une proposition de remboursement de 15 mois de loyer, de loger les locataires à l’hôtel le temps de trouver un logement convenable et de payer leur déménagement.
Les locataires sont satisfaits, le camarade aussi, il admet qu’au tribunal il y aurait sûrement plus à gagner mais que l’urgence de la situation et la condition de vie des gens souvent précaires font que c’est déjà un bon dénouement.
L’histoire peut s’arrêter là, mais comme nous l’avons dit on voulait tirer notre chapeau au camarade en question, surtout qu’Habellis s’est vengé sur lui.
Habellis a fait voter une motion au conseil d’attribution des logements sociaux pour que ce camarade ne puisse plus y participer pour raisons qu’il aurait dit du mal d’Habellis dans la presse et été un peu virulent avec certains collaborateurs. La motion a été voté par FO consommateur et la représentante du MEDEF entre autres. Le camarade n’a jamais été tendre avec cette dernière pour qui le seul objectif dans l’attribution de logements sociaux est que les loyers soient payés. Tant pis si la demandeuse subit des violences de son compagnon il faut des garanties financières au MEDEF !
Le camarade possède ce que la classe dominante appelle avec mépris « une grande gueule », il fait du bruit et défend sa classe souvent avec classe et panache.
Là ou la bourgeoisie et la gauche moisie voudraient voir les plus précaires la fermer ou s’adresser à eux avec les « bonnes manières » (s’il vous plait et merci pour les miettes) il détonne.
On rappelle ici qu’il n’a aucun intérêt financier à faire ça et qu’il le fait le plus humblement possible.
Ca lui rapporte souvent des ennuis judiciaires, le mépris des puissants et de certaines élites (coucou Rebs…) mais aussi et surtout la reconnaissance de celles et ceux qu’il aide, ainsi que des camarades qui luttent.
Nous appelons donc à le soutenir devant Habellis (28 boulevard Georges Clemenceau) à partir du 7 décembre 2020 à 8h.
Pour terminer nous voulions affirmer qu’il n’était pas question dans ce texte de misérabilisme mais bien d’une réalité vécue par ces locataires.
Cette réalité a beau être dure et se dérouler dans une période moribonde, les locataires avec toute leur dignité n’ont rien lâché. Ils ont la classe, la vraie.
Respect à eux, merci à eux d’avoir appelé Habellis au 03 80 68 28 00 pour soutenir le camarade.
(si d’autres veulent le faire !)
Nous encourageons l’ensemble des locataires HLM à ce que la honte change de camp, les premiers responsables de nos conditions de vies sont ceux qui se gavent sur la misère, bailleurs sociaux, contrôleurs caf ou pôle emploi, huissiers…
C’est nous contre eux !
Précaires Solidaires
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