L’université d’été du MEDEF 21 aura à nouveau lieu sur le campus de Dijon

Pour la troisième année consécutive, l’Université de Bourgogne va céder une partie de ses locaux au MEDEF 21 afin que celui-ci puisse y organiser, début septembre, son université d’été. Décryptage de la nouvelle donne universitaire.

Pour la troisième année consécutive, l’Université de Bourgogne va céder une partie de ses locaux au MEDEF 21 afin que celui-ci puisse y organiser, début septembre, son université d’été. Comme les années précédentes, cette mise à disposition d’amphithéâtres est assortie d’un chèque de 10 000€ offert à l’organisation patronale. Le MEDEF 21 vient quant-à-lui de modifier ses statuts pour permettre à l’Université de Bourgogne de siéger à son conseil d’administration. Rappelons que le MEDEF 21 est déjà présent au conseil d’administration de l’UB, au même titre que la CGPME, autre organisation patronale.

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Les personnalités extérieures du Conseil d’Administration de l’UB

La logique derrière ce rapprochement entre une université et un syndicat patronal est à chercher dans la loi LRU (ou loi Pécresse) sur l’autonomie des Universités. À la suite de cette loi votée en 2007, sous Sarkozy, l’État se désengage petit à petit du finançement des Universités, alors que le nombre d’étudiants est en constante augmentation. Les Universités sont donc contraintes de trouver d’autres moyens pour boucler leurs budgets. Assez logiquement elles vont donc se tourner vers des finançeurs privés, qui voient en retour l’opportunité de débouchés, d’une mise à disposition des moyens de la Recherche et d’un vivier de main d’oeuvre sur-mesure. Début de l’idylle.
Pour les étudiants - qu’on appelle maintenant des « usagers » - les conséquences sont moins reluisantes, et pour cause, ils ne pèsent plus grands chose face au besoin de rayonner auprès de ces finançeurs. On observe ainsi dans toutes les universités de France une explosion des budgets dédiés à la communication, aux filières d’excellence, ou comme ici, au copinage avec le patronat. Restriction budgétaires oblige, cela entraine un abandon des filières les moins intéréssantes en termes marchands. À l’UB, les filières de Sciences Humaines et Sociales voient leurs budgets fondre, et avec eux le nombre d’heures de cours de langue, de TD, ou de soutien scolaire. D’autres sont tout simplement abandonnées (Lettres classiques, Master de musicologie).

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Infographie publiée sur le site internet de l’UB

Avec cette nouvelle orientation politique, l’objectif des Universités a cessé d’être la diffusion du savoir, ou l’émancipation des étudiants. Pour elles, il s’agit maintenant d’obtenir les meilleurs positionnements dans le classement de Shangaï (l’UB l’a intégré pour la première fois en 2017), d’attirer les étudiants à forte valeur ajoutée (les étudiants internationaux qui payent leurs inscriptions au prix fort), ou de faire publier à leurs chercheurs un maximum de publications dans les grandes revues de la Recherche pour soigner leur image de marque.
Au milieu de tout ça, les étudiants ne sont plus envisagés que comme une contrainte - ils sont trop nombreux et coûtent trop cher, il faut les sélectionner ! - ou comme de la main d’oeuvre à formater aux besoins du monde de l’entreprise.

On laisse faire ou on s’organise ?



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