Quand Safran et son « Made in Dijon » tuent au Yemen

Retour sur la vente illégale de la technologie d’armement française, responsable des bombardements contre des civils au Yémen.

Avions de combat Mirage 2000, chars Leclerc, canons Caesar, drones, systèmes de visée… sont un petit échantillon des armes « made in France » qui se retrouvent au cœur du conflit au Yémen depuis 2015. L’Arabie Saoudite et une coalition d’États (Maroc, Koweit, Emirats Arabes Unis, Egypte…) participent au conflit armée pour mater les rebelles Houthis et rétablir le Président Hadi à la tête du pays. Suite à l’insurrection populaire qui a mis en fuite la dictature, la réponse de ces pays a pris la forme de la pire ingérence qui soit : bombardements de population, conflit armé d’une rare violence et strict blocus alimentaire et sanitaire.

Résultats : le nombre de civils yéménites tués se compte en milliers, celui des déplacés en millions. En 2017, Stephen O’Brian (secrétaire général adjoint à l’ONU) considérait déjà que : « C’est la pire crise humanitaire au monde. 18,8 millions de personnes ont besoin d’assistance et 7 millions de personnes souffrent de faim. » Face aux crimes de guerre commis au Yémen, l’Allemagne ou la Norvège ont annoncé le gel des ventes à la coalition, des recours sont en cours en Angleterre et le Parlement européen a déjà voté 3 résolutions demandant un embargo des ventes d’armes pour l’Arabie Saoudite.

En continuant d’exporter ce matériel de guerre à l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Chine, la Russie ou encore Israel, l’industrie française bafoue clairement le Traité sur le commerce des armes (TCA) signé en 2014 et interdisant les transferts d’armes s’il y a des risques qu’elles servent à commettre des crimes contre l’humanité (ex : attaques contre des civils) ou à faciliter de graves atteintes aux droits humains. Passée sous silence, cette violation du TCA se révèle bien évidemment particulièrement lucrative. En 2016, la France a notamment exporté pour 8,3 milliards d’€ de matériel de guerre partout dans le monde… faisant d’elle le 3e plus gros exportateur d’armes (derrière les USA et la Russie).

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Comment Macron & sa clique continuent par la CIEEMG (Commission Interministérielle pour l’Etude des Exportations de Matériels de Guerre) de bafouer le droit international humanitaire ?

Les ficelles se révèlent être les mêmes que pour mater les luttes sociales : communication mensongère et chantage à l’emploi. Ainsi le Gouvernement parle « d’exportation de défense » pour disposer d’une « autonomie stratégique » avec pour objectif de « donner à nos forces, qui se battent au travers le monde pour notre sécurité et notre liberté, les équipements les plus sûrs et les plus perfectionnés ». Ces éléments de langage suivent souvent l’argument économique lié aux 200 000 emplois de l’industrie de l’armement.

Délégué CGT et salarié de Nexter (producteur des chars Leclerc), Jean-Pierre Brat balaie pourtant d’un revers de main cette carotte salariale : « Les salariés des industries de défense n’ont pas à faire le choix d’être marchands de canons ou chômeurs. Il n’est pas utile d’avoir une politique de tout à l’export pour garantir l’emploi. Les moyens de production et les technologies industrielles peuvent servir pour le civil, dans l’aéronautique, dans le ferroviaire, là où il y a des besoins. La France a signé un certain nombre de traités sur le commerce des armes, la moindre des choses, c’est qu’ils soient respectés ! Ce qui n’est manifestement pas le cas pour l’Arabie Saoudite. »

Et le rapport avec Dijon ?

Le site dijonnais de Safran conçoit entre autre les « boules optroniques » sur les drones « Patroller » qui servent au Yémen. Comme nous l’explique le groupe au 24 640 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 : « Safran Electronics & Defense propose des équipements de haute performance pour la recherche, la localisation, l’identification et la désignation de cibles, à distance de sécurité et de discrétion, ainsi que pour l’aide au pilotage. Les systèmes et équipements optroniques de Safran contribuent à la réussite de vos missions de surveillance, de sauvetage ou de combat dans les conditions les plus difficiles ». Bref... une visée laser pour ensuite bombarder du ciel, fabriqué en toute impunité au 45 avenue de Stalingrad à Dijon.
Les cibles militaires n’étant pas assez efficientes pour mettre à mal une population yéménite sous embargo (interdisant toute aide en nourriture ou médicament), la « coalition » a reconnu avoir bombardé une prison (à Dhamar, 2019), un bus scolaire (à Dhayan, 2018) ou encore des structures médicales civiles. Ainsi, les hôpitaux et centre de choléra de Médecin sans frontière (MSF) ont été frappés à 5 reprises !

Si jamais vous souhaitez appeler Safran, on vous donne le numéro du standard à Dijon : 03 80 74 55 00

Sources :




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