Vous avez demandé Pôle Emploi ? Ne quittez pas…

Une histoire qui n’a rien d’une fiction - où il est question des contrôles à Pôle Emploi.

F. habite l’agglomération Dijonnaise, elle est en recherche d’emploi. Sans trop de formation ni de diplôme, elle galère à trouver un taf ; la pression que lui met sa conseillère ne l’aide pas vraiment. Les « conseils » qui lui sont donnés aux rendez-vous mensuels sont souvent les mêmes : en gros, « prenez ce qui vient même si c’est un emploi à chier, sous-payé, dans une boîte qui embauche des CDD à tour de bras, et ça vous fera toujours une expérience », ou alors quand la conseillère change de disque, rien de mieux qu’un « ça vous mettra le pied à l’étrier ».
F. en a marre de ces conseils, elle en a aussi marre d’écumer les formations à la con faites par des prestataires de service que Pôle Emploi paye grassement. « Formation CV », « Formation Internet », « Formation se vendre pour une bouchée de pain » … elles ne servent à rien à part manipuler les chiffres des demandeurs d’emploi.
F. flippe aussi : le gouvernement vient d’annoncer un renforcement des contrôles des demandeurs d’emploi, et même si comme beaucoup, elle n’a rien à se reprocher, elle a vite compris que par fraudeur, l’équipe à Macron entend toutes les personnes qui ne se soumettront pas à la première offre qu’on leur propose.

Alors quand F. voit sur le site internet de Pôle Emploi une annonce de vendeuse en boulangerie en CDI qui ne demande aucune qualification et qui promet un bon salaire, une mutuelle et un temps de travail acceptable, elle se dit que forcément il y aura des promesses non tenues, mais elle veut quand-même tenter le coup.
Elle postule donc via le mail laissé par l’employeur sur le site de Pôle emploi. Elle envoie CV et lettre de motivation, et très vite elle obtient une réponse, toujours par mail. L’employeur lui annonce que sa candidature est retenue, que l’entreprise est fière de bientôt la compter dans ses rangs. Ca fait bien longtemps que dans le domaine de l’emploi, on a pas été aussi attentioné avec F.
Chose pas ordinaire, la boulangerie est un peu haut de gamme, lui annonce son nouveau patron. Aussi, il lui faut un uniforme pour être vendeuse. L’uniforme est à la charge de F. , bien sûr il lui en faut plusieurs. F n’a que ses maigres allocations de retour à l’emploi pour faire le mois, soit 75 % de son dernier salaire brut (au smic) – les ministres ont beau communiquer sur le luxueux train de vie des chômeurs, ça fait pas assez pour payer l’uniforme. Inutile de demander une aide à Pôle emploi, il n’en existe aucune pour ça.

Le nouvel employeur de F. est arrangeant et lui propose de lui envoyer un chèque de 1600 euros qu’elle encaissera ; en échange, elle enverra le jour même à une troisième personne un chèque de 1200 euros, l’équivalent du prix des uniformes, et recevra en échange les tenues pour bientôt débuter son emploi. Les 400 euros restant, elle les gardera pour elle, c’est un bonus avant même de commencer.
Tout se passe très vite, le chèque arrive et F. l’encaisse, le nouveau patron lui met gentillement la pression pour que tout aille le plus rapidement possible, pour que la boulangerie ouvre et que F. puisse de nouveau se sentir utile et valorisée grâce à cet emploi. Avant que les 1600 euros soit bien crédités, F. envoie le chèque de 1200 euros. Elle pense déjà à ce que vont lui permettre les 400 euros qui restent et à tout le bonheur que va lui apporter son nouvel emploi.

Quelques jours plus tard F. reçoit un courrier de sa banque. Le chèque de 1600 euros était volé. Elle devra payer des frais de fonctionnement sur ce chèque. Dans la tête de F. tout se met en branle : en plus de cela, elle sait qu’elle n’avait pas les 1200 euros, elle va se retrouver à découvert, devoir payer des aggios et sûrement se retrouver inderdite bancaire. Elle appelle son banquier, prend directement rendez-vous.

Tout ceci lui arrive un vendredi. Le week-end est très long pour F., et les nuits sont très courtes. Elle se rend dès le lundi à Pôle emploi, persuadée qu’il doit bien y avoir une explication à tout ça, que ça va s’arranger. Là, une conseillère lui annonce que l’offre d’emploi à laquelle elle a postulé était sûrement une arnaque, qu’il en existe pas mal sur le site de Pôle emploi et que Pôle emploi ne peut pas tout contrôler. Elle lui dit « quand même ça ne vous a pas paru un peu gros tout ça ? ». C’est sans doute ce que les personnes les plus vigilantes peuvent constater après coup, sauf qu’à F., comme pas mal de gens, il lui arrive de croire encore aux discours qu’on lui a trop servi. Il lui arrive de tomber dans le panneau du « si vous traversez la rue vous trouvez du boulot » ou du « très bien payé évidemment, si vous le méritez ». Le pire dans tout ça, ce n’est pas forcément l’argent, c’est sûrement l’humiliation qui envahit F. depuis ce moment. Loin de nous de vouloir tomber dans le misérabilisme, mais nous voulons aussi mettre en avant cette réalité.

L’autre réalité, c’est les chiffres annoncés par ce gouvernement pour lutter contre les "abus" des demandeurs d’emploi. Sur la Bourgogne-Franche-Comté, le nombre de contrôleurs a été multiplié par 8. Visiblement rien n’est fait pour contrôler les annonces, qu’il s’agisse d’arnaques comme dans le cas de F. ou d’annonces mensongères publiées par beaucoup d’employeurs.

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Combien d’annonces de ce type avez-vous déjà vu ? Tandis qu’on multiplie les contrôles des allocataires, rien n’est fait pour réduire les arnaques.
À combien d’annonces promettant un CDI pour un poste qualifié avez-vous déjà répondu, pour au final, être mis·e devant un CDD payé au SMIC ? Tandis que certain·es se font priver de leur seul moyen de subsistance, aucun employeur n’est jamais sanctionné pour avoir publié une annonce mensongère.
Combien de fois avez-vous entendu ce même discours d’un « conseiller » qui ne sait plus conseiller que d’accepter tout, même l’insupportable ? Combien de fois avez-vous signé pour des emplois sous-payés, difficiles, inadaptés à vos connaissances ou à vos envies, juste pour que ce même conseiller vous lâche la grappe, avoir un peu plus d’argent que d’habitude, et ne pas vous faire sucrer les maigres revenus qu’on vous concède, auxquels vous avez le droit ?
Nous, ça nous est beaucoup trop arrivé, et ça risque de ne pas se terminer maintenant, vues les politiques prévues ou déjà mises en place. Alors on a décidé de s’organiser, pour ne pas se retrouver seul·es faces aux répressions et au chantage à l’emploi, face aux humiliations et à la culpabilisation permanentes des chômeur·euses, des précaires, des « assisté·es », de « ceux qui ne sont rien ».

S’organiser, pour nous, ça passe entre autres par se retrouver tous les jeudis, à partir de 14h, pour notre permanence bordélique et juridique . Bordélique et juridique, parce qu’on n’est pas des professionnels du droit du travail, on ne connaît pas tout sur toutes les situations possibles. Donc cette « permanence », c’est un moment de conseil, mais aussi d’(auto-)formation, où on essaye de connaître nos droits, et d’imaginer comment se défendre face à Pôle Emploi, la CAF ou toute autre administrration.
S’organiser ensemble, c’est d’abord trouver tous les moyens nécessaires à faire en sorte que chacun·e de nous ait une vie digne, que chacun·e de nous soit le plus libéré possible de la pression des institutions et idéologies et puisse décider pleinement de ce qu’il veut, de ce dont sa vie doit être faite. Et ça passe souvent par se battre.



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