Conte de l’été



A Dijon, c’est la canicule. Tout le monde s’inquiète, sauf le maire devenu conseiller spécial à la densité heureuse.

Nattie sonna au domicile de Fanfan. Il faisait une chaleur étouffante en cette fin juin et au bout de trois minutes sur le trottoir, elle était déjà couverte de sueur. Finalement une travailleuse de première ligne, un balai à la main, vint lui ouvrir. En entrant dans le coquet pavillon Nattie eut la même impression que lorsqu’elle entrait sous des frondaisons avec son canoë-kayak, après avoir traversé un lac scintillant des reflets du soleil. Le logement était climatisé à l’exacte température nécessaire au confort.

La travailleuse de première ligne désigna un fauteuil : « Monsieur va vous recevoir. » Au bout de dix minutes une porte s’ouvrit, livrant passage à Fanfan, un téléphone à l’oreille. Il lui fit signe de le suivre. Il discutait apparemment avec un ministre. Après avoir contourné son large bureau, il lui intima de s’asseoir.

La conversation dura encore un moment, puis il raccrocha en soupirant « Nattie, je suis tout simplement dé-bor-dé ! Heureusement que tu as pris rendez-vous. Je ne suis que rarement de passage à Dijon. Alors, ma petite Nat, qu’est-ce qui t’amène ? »
- Fanfan, je viens te voir au sujet de la chlorophylle.
- Quelle chlorophylle ?
Nattie resta interloquée.
- Heu… les espaces verts. Souviens-toi, on a lancé une nouvelle campagne de communication sur la promenade chlorophylle. J’ai besoin de ton aide.
- Ah oui, les espaces verts. Excuse-moi j’avais totalement oublié… Mais… ne le prend pas mal mais c’est quoi ces tâches vertes sur ta peau ?
- Ah, cette saloperie de peinture ! C’est la faute des services techniques. Je passe mon temps entre inaugurations et discours à peindre en vert le béton, les entreprises, le plan local d’urbanisme… Mais je ne sais pas où ces branquignoles ont trouvé la peinture. Elle s’écaille partout sauf sur moi. Je prends des douches trois fois par jour mais ça ne part pas.
Fanfan éclata de rire : « Je comprends pourquoi les anarcho-zadistes t’appellent « vernis chlorophylle » ! »
Nattie n’avait pas du tout envie de rigoler.
- C’est justement au sujet de l’opposition que je viens te voir. Les Dijonnais sont en train de se rebeller.
- Les extrémistes ?
- Non. Les bourgeois ! Menés par des « citoyens éclairés ». Regarde le genre de publication qui circule sur les réseaux.
Elle tendit son téléphone par-dessus le bureau. Fanfan ajusta ses lunettes et lut tout haut : « Le printemps est là. La sève monte. La température aussi. La Ville rafraichît. Pas avec de l’eau. Avec du béton ! »
Le maire rejeta le téléphone sur le bureau. « C’est débile ! Tu es adjointe et voilà où tu en es ? Te défendre contre des bourgeois qui sont à ma botte depuis 2001 ? »
- Mais je ne fais qu’appliquer ton plan local d’urbanisme ! Et je ne reçois pas beaucoup d’aide des autres. Tiens, Francis est plus préoccupé par son SUV et par la réparation de sa piscine enterrée que par l’étuve qui sévit à la Cité de la Gastro !
- D’abord c’est NOTRE plan local d’urbanisme. Tu as signé. Ensuite je te mets en place de nombreux partenariats pour apporter la modernité : la ville connectée, les écoles venues d’ailleurs, l’hydrogène. Mais Dijon, en fait, je m’en fous.
Nattie sursauta. « Mais tu es maire ! »
- Maire de quoi ? Souviens-toi de mes vœux 2017 : « Soit Dijon demeure une petite préfecture de province, soit Dijon devient une capitale régionale à vocation européenne. » Cette ville de ploucs n’a pas compris ce que je voulais dire. C’est de moi et de moi seul que je parlais. Je ne voulais pas être le maire d’une petite préfecture de province. Certes quelques progrès ont été faits, mais au fond, Dijon, c’est un tas de notables provinciaux qui ne m’ont jamais mérité. Là, je suis conseiller spécial à la densité heureuse en ligne directe avec le ministre. Je m’épanouis pleinement en travaillant avec des gens qui adhèrent à mes idées. Tu m’aides bien, certes, et tu es une excellente numéro deux pour inaugurer les jardinets et les brumisateurs. Mais pour le reste, Dijon et toi pouvez sombrer dans le Suzon, cela m’est indifférent.

Fanfan se leva. Nattie eu besoin de s’appuyer sur les accoudoirs pour se mettre debout. Elle était liquéfiée et ce n’était pas à cause de la chaleur. Le maire la raccompagna à la porte.



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